‹ La définition de la philosophie:Chapitre 20 sur 44 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

75. La philosophie peut être l'objet d'une définition expérimentale.

La philosophie a été l'objet de définitions nombreuses, diverses et souvent opposées, au moins en apparence. La diversité de ces définitions tient beaucoup à ce que les auteurs exposent ce que la philosophie peut être ou doit être dans leur opinion, La divergence des opinions personnelles se traduit alors par les différences de définitions. On peut suivre une autre voie en se demandant, non pas ce que la philosophie peut être, ou doit être, dans l'opinion de celui qui parle, mais ce qu'elle a été et ce qu'elle est. Mais comment reconnaître cette chose qu'il s'agit de définir, et qu'on ne peut pas montrer comme on montre une pierre, une plante, un animal ? La difficulté est réelle mais elle n'est pas insurmontable. Dans le catalogue d'une bibliothèque

il y a une place réservée aux ouvrages philosophiques. Dans les programmes des universités il y a des cours de philosophie. Dans les dictionnaires biographiques, un certain nombre d'hommes sont désignés comme étant spécialement des philosophes. L'histoire de la philosophie se distingue des autres récits relatifs aux destinées de l'humanité. Il existe assurément de grandes divergences pour le classement des livres, pour la matièi*e des cours universitaires et pour celle des histoires; mais on ne saurait pourtant méconnaître qu'il est des cas où la diversité ne se montre pas. Personne n'hésite à compter Aristote, Platon, Descartes, Leibniz, Kant, dans le rang des philosophes, et nul ne songerait à y placer César, Raphaël ou Beethoven. On hésitera sur la place d'un livre dans un catalogue, mais on ne placera pas un traité d'agriculture ou un essai de critique purement littéraire sous la rubrique de la philosophie. Il y a donc une idée de la philosophie qui demeure incontestée dans son fond, sous des divergences relatives à sa surface ; et c'est cette idée qu'il faut discerner et préciser pour arriver à une définition qui résulte de la nature de la chose, et non pas des idées personnelles de tel ou tel penseur.

76. Pour préciser' Vidée de la philosophie, nous étudierons successivement sa matière, son objet, sa méthode, ses postulats, son programme, et les prévisions que Von peut former sur son avenir.

Déterminer la matière de la philosophie, c'est

dire quelles sont les choses, les êtres, les idées dont elle s'occupe. Déterminer son objet, c'est indiquer ce qu'elle cherche, ou le rapport spécial sous lequel elle étudie sa matière. La question principale relative à la méthode est celle de savoir si la philosophie a des procédés qui lui soient propres, ou si sa marche est la même que celle des autres sciences. Quant aux postulats, il faut chercher ce que la philosophie suppose en vertu de sa nature spéciale, car elle a du reste les mêmes postulats que la science en général, puisqu'elle appartient à la science comme une espèce à son genre. Tracer le pro gramme de la philosophie, c'est indiquer les parties dans lesquelles elle se divise. Les prévisions que l'on peut former sur son avenir apparaîtront comme la conclusion naturelle et la conséquence des considérations précédentes.

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