KEPLER
Astronome allemand, né à Weil (Wurtembery).
Fac-similé d'une gravure de Thomas de J-eu.
astres particuliers qu'on appelle les planètes; il résuma cette histoire dans les trois phrases immortelles dites « lois de Kepler d (1), car on nomme lois naturelles les formules dans lesquelles Thomme résume les résultats de son expérience et de celle de ses ancêtres. On put penser à cette époque que l'astronomie du système solaire était finie ; c'était une science purement descriptive, mais néanmoins, malgré sa complexité apparente, susceptible* d^étre résumée en trois phrases qui ne s'appliquaient à rien qu'à Tastronomie planétaire ; on n'avait' encore aucune raison à ce moment de croire à l'unité de la science.
— Nous arrivons donc à ce nouveau caractère de l'unité dont vous nous avez déjà parlé, dit avec satisfaction le président.
— C'est le plus important de tous, répondit Fabrice, du moins si le rêve des monistes se réalise. Entre temps, continua-t-il, d'autres chercheurs avaient étudié le mouvement des solides à la surface de la terre ; en particulier, la chute des corps, phénomène familier depuis l'origine, avait été ramenée, elle aussi, à des formules tellement simples qu'elles furent rapidement connues partout.
— Nous les enseignons dans les classes supérieures, dit M. Gaudet, du moins les formules applicables à la chute des corps dans le vide, car les phénomènes dus à la résistance de l'air sont plus compliqués; nous faisons faire couramment le problème de l'évaluation de la profondeur d'un puits étant donné le temps que met une pierre à tomber dedans ; les résultats sont d'ailleurs loin d'être parfaits, car il y a de l'air dans les puits, et cela complique la question.
(1) Voici les lois de Kepler : 1» Les orbites planétaires sont des ellipses dont le soleil occupe l'un des foyers.
20 Le temps employé par une planète à décrire une portion de son orbite est proportionnel à la surface de Taire décrite pendant ce temps par son rayon vecteur.
30 Les carrés des temps des révolutions planétaires sont proportionnels aux cubes des grands axes de leurs orbites.
47 LA jDÉFINIÎ'ION DE LA SCIENCE
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— Mais il n*y a pas d'air dans les espaces astronomiques, reprit M. Tacaud, et c'est précisément à la chute des corps dans le vide que Newton put comparer le mouvement des planètes et de leurs satellites. Parun trait de génie, il ramena les trois formules de Kepler et la formule de la chute des corps à une formule unique ; il fit entrer l'astronomie dans la mécanique, et fonda la mécanique céleste.
— On nous apprend, dit M. Escudier, que Tidéede Tattraction universelle vint à Newton en voyant tomber une pomme.
— C'est possible, quoique cela ait été inventé après coup; pour un penseur comme Newton, préoccupé de certains problèmes généraux, tout est matière à réflexion; c'est peutêtre la chute d'une pomme qui a déterminé chez lui le dernier effort, et a fait éclore, dans son esprit depuis longtemps préparé, la formule de l'attraction universelle. Quoi qu'il en soit du plus ou moins de vraisemblance de cette anecdote, la formule de Newton marque une date des plus importantes dans l'histoire des sciences.
— Newton nous a donné l'explication du monde, dit M. Alexis Gaudet.
— C'est justement là qu'est, à mon avis, répondit M. Tacaud, le danger de la formule de Newton ; il l'a bien senti luimême, et il aénoncé sa loi, non pas sous cette forme affirmative: « Les corps s'attirent, etc...,» mais sous une forme plus prudente: « Tout se passe comme si les corps s'attiraient proportionnellement à leurs masses et en raison inverse du carré de leur distance. » Au point de vue mathématique, les deux formules sont équivalentes ; au point de vue philosophique, la seconde est bien préférable, justement, monsieur Gaudet, parce qu'elle ne prétend pas donner d'explication;
.^ la science se compose de constatations précises; les explications, au sens où l'entendent les métaphysiciens, n'ont pas de valeur scientifique.
— Ohl ohl voilà du nouveau, dit M. Escudier : la science
ne nous donnera pas les explications dont notre nature a besoin ; vous proclamez à votre tour la banqueroute de la science !
— La science, reprit Fabrice, est une série de constatations bien faites, un çnsemble de mesures exactes entre lesquelles des esprits généralisateurs ont établi des relations mathématiques. Envisagées à ce point de vue, ses conquêtes sont inattaquables et définitives. Les lois de Kepler sont un exemple admirable des formules purement descriptives. Newton a eu le grand mérite d'en tirer une formule unique qui, s'appliquant en outre à la chute des corps sur la terre, a embrassé dans son cadre si restreint un ensemble formidable de phénomènes; mais il faut se défier de la folle du logis, même chez les plus grands hommes, et vous savez que Newton attribuait autant de valeur à son explication de TApocalypse qu'à la gravitation universelle. Il était hanté comme tous les hommes par ce besoin de comprendre, d'expliquer, qui résulte dans nos cerveaux actuels de la croyance, commune à nos ancêtres préscientifiques, qu'il y avait des explications de tout; ces explications c'étaient les dieux; ils sont en dehors du domaine des choses constatables depuis que le déterminisme est établi; la science n'a rien à faire avec eux; mais les hommes ont tous une tendance métaphysique, et si Newton est devenu si vite illustre, c'est parce que la formule concise dans laquelle il avait résumé les mesures des astronomes et des mécaniciens avait en outre ud caractère d'explication qui satisfaisait notre besoin de comprendre. Il l'a bien senti lui-même, car il était métaphysicien comme nous le sommes tous; c'est justement parce qu'il a cru avoir trouvé l'explication du monde quau lieu de dire simplement: « Les corps s'attirent, » il a dit avec modestie: « Tout se passe comme si les corps s'attiraient. » Au fond, rien qu'à cause de cette restriction dans sa formule, je suis convaincu qu'il aboyait aux attractions et aux répulsions; les /brcw sont nos dieux d'aujourd'hui. C'est parce qu'il s'ima-