‹ La dégradation de l'énergieChapitre 108 sur 124 · LA NOTION MODERNE DE LA « LOI · texte numérisé non relu

LA NOTION MODERNE DE LA « LOI

ET DU a FAIT » SCIENTIFIQUE.

Parmi les considérations que Ton peut faire valoir pour limiter la portée du principe de la dégradation de l'énergie, il en est une qui est particulièrement spécieuse : c'est celle que suggère la « logique des sciences », telle qu'elle a été constituée dans les vingt dernières années.

Les principes de la thermodynamique sont des lois scientifiques : quelle part de réalité objective renferment-elles? Les travaux contemporains sur la critique de la science, non contents de s'attaquer à la notion de théorie scientifique, ont voulu passer au crible l'idée de loi scientifique, et celle même de fait scientifique. On a été jusqu'à soutenir qu'il faut voir dans toute loi scientifique une production de notre esprit, au moins autant que de la réalité qu'il étudie.

Le besoin de mettre de l'ordre dans nos connaissances nous amène à formuler des propositions qui nous permettent l'application du calcul et nous donnent prise sur la nature : ce sont « des postulats créés en vue de l'action, » et s'ils sont vraiment féconds et utiles, c'est qu'ils possèdent la souplesse suffisante

pour se plier à tous les phénomènes et ne jamais redouter l'épreuve de la contradiction avec les faits.

Le fait lui-même, du moins le fait scientifique, n'est pas une chose aussi objective que le vulgaire le croit.

M. Duhem n. très clairement, montré qu'« une expérience de physique est l'observation précise d'un groupe de phénomènes, accompagnée de V interprétation des phénomènes; cette interprétation substitue aux données concrètes, réellement recueillies par l'observation, des représentations abstraites et symboliques qui leur correspondent en vertu des théories que l'observateur admet ».

Quand on dit, par exemple, que, dans une expérience, tel gaz a été soumis à telle pression, ce qu'on a vu et constaté, c'est que, dans un viseur, l'image d'une surface de mercure affleurait à certains traits ; bien plus complexe est l'idée abstraite de la pression supportée par le gaz; or, ce que l'expérimentateur nous a transmis de son expérience, ce n'est pas le récit pur et simple des faits qu'il a observés, ce sont « des symboles abstraits que les théories admises lui ont permis de substituer aux documents concrets qu'il avait recueillis 4 ».

Il y a donc, déjà, élaboration opérée par l'esprit sur la matière amorphe du « donné », dans le simple énoncé des faits scientifiques.

A plus forte raison en est-il de même dans l'énoncé de6 lois. « Les lois, dit M. Le Roy, sont relatives aux conditions de maniabilité de notre pensée. » Et plus loin : « La contingence des lois ressort enfin de la façon même dont elles sont obtenues. Le physicien veut des constantes : c'est parce qu'il en veut qu'il en trouve, grâce à une violence ingénieuse qu'il fait subir à la Nature. Il veut des constantes, parce qu'une con-

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