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L'ÉNERGIE INTRA-ATOMIQUE

M. Gustave Le Bon a, le premier, appelé l'attention sur Ténorme provision d'énergie que renferme l'atome d'un corps matériel quelconque, qui possède, atténuées, les propriétés de l'atome radioactif : Il a donné à cette provision d'énergie mise en jeu dans la dissociation de l'atome le nom d'énergie intra-aiomique, et a fait, de l'existence de cette énergie, une notion familière, par ses livres suggestifs, ettout spécialement par son Évolution de la matière, à laquelle il a donné pour exergue : « Rien ne se créé; tout se perd ».

La chaleur totale qu'émet 1 gramme de radium pendant sa « vie » est de 1.600.000 grandes calories, d'après Rutherford. Or, la chaleur dégagée par la combinaison de l'hydrogène et de l'oxygène pour former 1 gramme d'eau est d'environ 4 grandes calories, et cette réaction dégage, à poids égal, plus de chaleur qu'aucune autre réaction chimique. L'énergie intra-atomique que renferme 1 gramme de radium, et qu'il est susceptible de libérer en se détruisant, est donc environ un million de fois plus grande que l'énergie mise en jeu dans les changements moléculaires. Cette simple comparaison de chiffres a pu légitimement suggérer l'idée que l'énergie intraatomique est le grand réservoir d'énergie de l'univers.

Peut-être l'expression de cette idée a-t-elle été, parfois, un peu trop associée à la proclamation de la faillite des anciens principes de la physique. Ce qui est incontestable, c'est que la découverte des phénomènes de radioactivité a rendu plus délicate la définition môme du mot énergie, en nous offrant des exemples de particules dont l'énergie de mouvement augmente plus vite que le carré de leur vitesse ; elle rend, par conséquent, plus difficile un énoncé qui

reste rigoureux des principes de la conservation et de la dégradation de l'énergie. Mais il ne semble pas qu'elle porte atteinte au principe de la conservation, ni, à plus forte raison, à celui de la dégradation. Un principe, à la vérité, paraît sérieusement atteint par l'existence des phénomènes de radioactivité : c'est celui de la conservation de la matière. Il paraît bien qu'eu certains cas, la matière peut disparaître, pour se résoudre en corpuscules « impondérables », — au sens usuel de ce mot, — et que la conservation du poids dans les réactions chimiques ne constitue qu'une loi approchée, largement suffisante assurément pour les besoins de la pratique, mais n'ayant plus ce caractère de loi absolue qu'on s'est plu si souvent à lui donner. C'est tout spécialement la loi de la conservation de la masse individuelle de chaque corps simple dans les réactions chimiques qui serait mise en question, si le temps venait déiinitivement confirmer ces expériences de Ramsay, sur la transmutation du cuivre en lithium, qui sont bien faites, suivant la -pittoresque expression d'Ostwald, pour faire dresser les cheveux sur la tête aux chimistes orthodoxes, — den orthodoxen Chemiker die Haare zu stràuben.

Mais, quelle que soit l'étrangeté des faits nouvellement acquis à la science et la difficulté réelle qu'il y a souvent à les faire rentrer dans les anciens cadres, il nous semble que certains étonnements prouvent surtout à quel point la confusion entre l'énergie totale et l'énergie utile, répandue dans le grand public, a pénétré jusque dans l'esprit de certains savants.

« Supposons qu'un coffre-fort contenant plusieurs milliards en poudre d'or, dit M. Gustave Le Bon, soit fermé par un mécanisme tel qu'on ne puisse extraire chaque jour qu'un milligramme du précieux métal. Malgré sa grande richesse, le possesseur d'un tel coffre sera en réalité très pauvre, et il le restera tant que ses efforts n'auront pas réussi à lui faire

trouver le secret du mécanisme qui lui permettra de l'ouvrir 4 . »

Réflexion à coup sûr très judicieuse, dont je dirai seulement qu'elle eût pu être formulée avant la découverte de la radioactivité de la matière; — réflexion familière, sinon sous cette forme, du moins sous une forme équivalente, à quiconque n'a pas l'habitude de répéter la formule mensongère : « Rien ne se perd ».

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