Loc. cit., p
2. G. Mouret, Sadi Carnot et la Science de l'énergie. — Rev. gén. des sciences, 1892, p. 469.
224 LA DÉGRADATION DE i/ÉNERGIE
démontre que deux machines, utilisant des agents différents, d'ailleurs quelconques, si elles sont toutes deux parfaites et si elles fonctionnent entre les mêmes températures, produisent nécessairement la même puissance motrice; car, s'il en était autrement, il suffirait d'associer à Tune de ces machines l'autre machine renversée, pour réussir à tirer de la puissance motrice de rien.
Le raisonnement de Carnot supposait l'indestructibilité du calorique. Ou plutôt il était écrit dans la langue scientifique en usage au moment où Ton pensait encore que le calorique se conservait.
« Quand on s'aperçut, dit M. H. Poincaré, que la chaleur n'est pas indestructible, mais qu'elle peut être transformée en travail, on abandonna complètement les idées de Carnot ; puis Clausius y revint et les fît définitivement triompher. La théorie de Carnot, sous sa forme primitive, exprimait, à côté des rapports véritables, d'autres rapports inexacts, débris de vieilles idées ; mais la présence de ces derniers n'altérait pas la réalité des autres. Clausius n'a eu qu'à les écarter comme on émonde des branches mortes 1 ».
M. G. Mouret, le traducteur de la Theory of Beat de Maxwell, est allé beaucoup plus loin dans l'appréciation du mérite de Carnot. Très judicieusement, il a fait voir que Ton pourrait énoncer et démontrer ce qui fait le fond du théorème de Carnot sur les machines thermiques, — à savoir la constance du rendement d'une machine parfaite fonctionnant entre deux températures données, quel que soit l'agent employé ; — et cela sans invoquer ni l'Jiypothèse inexacte de Vindestructibilité de la chaleur, comme Ta fait Carnot, — ni, au contraire, l'hypothèse exacte de V équivalence de la chaleur et du travail, comme l'a fait Clausius.
1. Rapports présentés au Congrès international de physique, réuni à Paris en 1900, t. I, p. 18.
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Cette remarque n'enlève rien à la portée historique de l'œuvre de Clausius, à qui reste l'honneur d'avoir concilié les deux principes de la Thermodynamique, qui, avant lui, paraissaient contradictoires, et que Mayer, en particulier, avait déclarés incompatibles. Mais elle diminue la portée logique de cette œuvre de Clausius, en faisant voir qu'il n'a pas suffisamment mis en lumière ce qu'il y avait de plus général, — et aussi de plus génial, — dans la doctrine de Sadi Carnot.
C'est en reprenant cette doctrine même de Carnot, du déséquilibre nécessaire à la création de puissance motrice, ou, réciproquement, résultant d'une dépense de puissance motrice, que M. Le Chatelier a été conduit à l'énoncé de ses lois du déplacement de V équilibre. Et c'est cette doctrine du rôle du déséquilibre qui reste profondément vraie, quelle que soit l'hypothèse, vraie ou fausse, qu'on adopte sur la chaleur : conservation du calorique, ou équivalence de la chaleur et du travail.