‹ La dégradation de l'énergieChapitre 69 sur 124 · Thomson et Tait. Energy. Good Works · texte numérisé non relu

Thomson et Tait. Energy. Good Works

2. Ramcinb. On General Law of the Transformation of Energy, Philos. Magaz., vol. V, p. 106, 1853.

que cette classification esl très arbitraire. Il a, incontestablement, l'intuition de deux grandes catégories de formes d'énergie ; et il sent que les transformations de l'énergie se font toujours dans le sens du passage d'une catégorie à l'autre. Mais, dans la recherche de la catégorie où il faut placer telle ou telle forme d'énergie, il tâtonne visiblement.

Toutes les énergies qu'il classe comme énergies potentielles sont des formes supérieures d'énergie, réserve faite pour l'affinité chimique, qui n'est pas de l'énergie entièrement libre. Mais, par contre, un certain nombre de ses énergies actuelles et, en première ligne, « la force vive de la matière en mouvement » sont des énergies de forme supérieure- Si toutes les formes, supérieures de l'énergie pouvaient être classées au nombre des énergies potentielles, et les formes inférieures au nombre des énergies actuelles, la loi de transformation serait très simple à formuler; on aurait tendance continuelle au passage d'énergie potentielle sous la forme actuelle. Par malheur, il n'en saurait être ainsi, dès que Ton range dans la même catégorie des énergies actuelles à la fois l'énergie cinétique dune masse matérielle en mouvement, et la chaleur thermométrique. Sa tentative de classification en deux catégories de toutes les formes d'énergie est donc une tentative très intéressante, mais seulement prématurée. Et nous retrouvons son idée fondamentale à la base de tout essai ultérieur tendant à formuler une loi générale de transformation de l'énergie.

Ce n'est pas à l'idée même de formuler cette loi de transformation, ni à l'erreur de point de vtie qui la frappée de stérilité, que s'adressèrent, au début, les objections : c'est à la notion même et à l'expression d'énergie potentielle.

Je ne sais si, à l'époque même de Rankine, on

dénonça, comme on l'a fait depuis, dans le recours à l'énergie potentielle, une tentative de retour aux qualités occultes de la scolastique. Sans insister sur ce procès de tendance, on peut faire remarquer à ceux qui s'étonneraient de cette tournure d'esprit chez un physicien anglais que, si Rankine appartient à l'École de Physique anglaise, il n'est pas, à parler strictement, un Anglais, mais un Écossais : celui qui a, le premier, proposé de remplacer la « théorie mécarniquede la chaleur », concrète, et, parlant à l'imagination, par la science abstraite et synthétique de l'Energie, ou « Énergétique », écrivait bien en anglais : mais c'est un compatriote de Thomas Reid et de Dugald Stewart, et non un compatriote de Stuart Mill et d'Herbert Spencer.

On pourrait observer que Tait était, pareillement, un Écossais; et s'il n'était pas ridicule de vouloir tout expliquer par la race, surtout quand il s'agit des travaux de savants dont la personnalité est si marquée, il pourrait être intéressant de rechercher dans l'œuvre de lord Kelvin lui-même comment l'influence de ses origines écossaises s'allie aux caractères qui en font un des représentants les plus typiques de la physique anglaise. D'ailleurs, toute comparaison générale entre leB manifestations de l'esprit anglais dans la physique d'une part, et d'autre part, dans la législation, la philosophie ou la politique, demanderait à être complétée par une comparaison des caractères qui différencient, dans ces divers domaines d'activité, l'esprit écossais de l'esprit proprement anglais.

Quoi qu'il en soit, dés los premiers écrits de Rankine, il se vit reprocher par sir John Herschel d'avoir, par son expression d'énergie potentielle, réduit à Une tautologie le principe de la conservation de l'énergie et « substitué un truisme à un grand fait dynamique ». Rankine répondit que l'on doit, au contraire, toujours

viser à « noter les relations physiques par des mots spécialement adaptés à exprimer les propriétés de ces relations». — « Dans le cas présent, par exemple, énergie actuelle et énergie potentielle sont définies de manière à vérifier cette proposition : que quand un corps ou un système de corps éprouve un gain dans une forme d'énergie, il en perd sous une autre forme, en d'autres termes, que la somme des énergies actuelle et potentielle est « conservée »; — cela résulte des définitions, de manière à sonner comme un truisme ; — mais quand il est prouvé par l'expérience et l'observation qu'il y a des relations conformes entre les objets réels répondant à la définition, ce qui, autrement, eût été un truisme, devient l'expression d'un fait. Une définition ne peut être vraie ou fausse; car elle n'affirme rien, elle se borne à dire: « tel mot ou telle expression doit être employée en tel sens », mais elle peut être réelle ou fantastique, suivant que la description qu'elle contient correspond, ou non, à des phénomènes réels. Quand, par l'aide de l'expérience et de l'observation, on a trouvé un système de définitions qui possède la réalité, la précision et la qualité d'être complet (the completëness), la réduction d'un fait physique à l'apparence d'un truisme est souvent une conséquence inévitable de l'usage du terme ainsi défini ». Rankine conclut que « le fait de donner à une loi physique l'apparence d'un truisme, loin d'être matière à objection, est la preuve que la définition choisie est en étroite harmonie avec la réalité* ».

Sans doute, il est exact que la définition n'est pas vraie ou fausse; elle est « réelle ou fantastique ». Mais le seul fait qu'on a donné un nom à une grandeur u fantastique » peut la faire prendre pour une grandeur réelle. Et ce qui est grave, ce ne serait pas, comme le reprochait Herschel à Rankine, d'avoir

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