‹ La dégradation de l'énergieChapitre 70 sur 124 · Scienlific papers, p · texte numérisé non relu

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donné à une grande loi physique, vraie, l'allure d'un truisme, mais d'avoir donné V allure d'un truisme à une fausse loi physique.

M. Henri Poincaré remarquait, dans sa Thermodynamique, que. si l'on a admis si longtemps l'indestructibilité du calorique, c'est parce que Ton parlait du « fluide calorique » ; on avait beau, dès lors, définir correctement le calorique, on sous-entendait qu'il se conservait. Le terme d'énergie a donné lieu à une confusion aussi grave et qui dure encore : or, il n'est pas douteux que, plus que personne, par l'addition des deux épithètes symétriques : actuelle et potentielle, Rankine a travaillé à le populariser.

La confusion, nous sommes maintenant en mesure de préciser en quoi elle consiste. Lord Kelvin avait, à coup sûr, le droit de définir comme il l'a fait « l'énergie mécanique » ou, simplement, « l'énergie » d'un corps matériel ; et sa définition est devenue la définition admise par l'unanimité des physiciens. Mais déjà, par ce mot énergie on sous-entendait autre chose : Rankine lui-même en témoigne de la façon la plus formelle, puisque, dans la phrase où il croit pouvoir affirmer que le mot n'ayant jamais été employé dans des écrits scientifiques, <« tout danger d'ambiguïté est écarté », il donne au mot énergie le sens de « capacité de produire du travail. »

Ce qu'on peut reprocher au créateur de l'Énergétique, quand il a, par son terme d'énergie potentielle, si fortement contribué à concrétiser une idée scientifique, ce n'est donc pas d'avoir donné l'apparence d'un truisme à la grande loi de la conservation de l'énergie; c'est, au contraire, d'avoir donné l'apparence d'un truisme à la fausse loi de la conservation de la « capacity for performing work ».

Les mauvais exemples sont contagieux. Harcelés par des interlocuteurs qui exigeaient en très peu de

mots une définition de V énergie, combien d'auteurs, depuis Rankine, ont répété que Y « énergie » d'un système, c'est le travail qu'on en peut extraire, c'est sa « capacité de produire du travail? » La définition a l'avantage d'être courte, claire, conforme à Fétymologie : elle a l'inconvénient d'être fausse.

La définition est juste s'il s'agit de Yénergie utilisable ou de la puissance motrice; mais Yénergie n'est pas l'énergie utilisable ou la puissance motrice. M. Gouy 1 , dans son mémoire sur l'énergie utilisable, M. Le Chatelier 2 , dans son mémoire sur l'énergétique, le rappellent expressément, et dénoncent, une fois de plus, la confusion trop courante. Une définition correcte de ce qu'est réellement Yénergie est nécessairement un peu longue et compliquée : c'est la définition de lord Kelvin (v. p. 249). // n'y en a pas d'autres. Il faut à tout prix faire intervenir la notion, de chaleur dans la définition de l'énergie, sous peine de sacrifier la vérité à une fausse simplicité.

Dans un système matériel isolé, l'énergie se conserve, la capacité de produire du travail ne se conserve pas. En certains cas particuliers, énergie et capacité de travail se confondent; mais ce sont, en général, des grandeurs fort différentes. Employer l'une pour l'autre ces deux expressions est, en général, une faute d'autant plus grave, qu'il y faut chercher la raison capitale de la lente diffusion de la loi qui régit les transformations de l'énergie. Pour des personnes habituées à ne pas mettre en doute la conservation de la capacité de produire du travail, le sens dans lequel se font les échanges d'énergie n'a pas d'intérêt. Sur cette lenteur de la diffusion du second principe, nous aurons occasion d'entendre, un peu plus tard, les doléances de Rankine lui-même.

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