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LA PHYSIQUE THÉORIQUE DE OESCARTES

Quand nous parlons ici de la physique de Deseartcs, il s'agit de sa métaphysique de la nature. Il ne s'agit, ni de relever ses erreurs nombreuses et parfois grossières, ni de lui attribuer, d'après quelques membres de phrases choisis avec soin, la divination ou l'intuition de tout ce qui s'est fait après lui. Ce qu'il importe, c'est de voir quelle conception il avait de la physique, en quoi il a réellement donné une orientation nouvelle aux recherches de physique théorique, et dans quelle mesure la physique théorique d'aujourd'hui a conservé cette orientation.

C'est en effet en physique théorique, et là seulement, que Descartes est novateur. A la même époque, un peu antérieur à lui, vivait Galilée, qui, le premier peut-être, eut avec une netteté parfaite le sens de la science expérimentale. Non, certes, que Galilée dédaignât le raisonnement et le calcul : il ne s'est pas fait faute d'entremêler ses Dialogues de considérations métaphysiques et théologiques ; mais le raisonnement reste pour lui, semble-t-il, un auxiliaire ; c'est l'instrument de coordination qui permet de ramener les phénomènes naturels à des combinaisons de phénomènes plus simples, susceptibles d'être reproduits artificiellement : la nécessité de répondre aux objections sérieuses contre la rotation de la terre le conduit à l'étude du mouvement relatif, et la théorie du mouvement relatif lui permet de deviner les lois de la chute des corps ; l'artifice du plan incliné, en modifiant la force qui fait tomber le corps pesant sans modifier les lois de la chute, assure un contrôle rigoureux de l'exactitude de ces lois : c'est proprement

ici Y expérimentation, au sens moderne du mot. Elle est au couronnement de l'édifice qu'a construit Galilée, comme l'observation était à la base.

Pascal, autre contemporain, un peu postérieur à Descartes, a compris aussi, au point de paraître l'exagérer, le rôle capital de l'expérience. « Les expériences qui nous donnent l'intelligence de la nature, dit-il dans la préface du Traité du vide, multiplient continuellement ; et comme elles sont les seuls principes de la physique, les conséquences multiplient à proportion. » On pourrait prendre cette phrase pour celle d'un pur empiriste, si elle n'était sous la plume du théoricien de génie qui sut préciser, pour en extraire tout son contenu, une notion vulgaire comme celle de corps fluide à molécules parfaitement mobiles, et bâtir ainsi toute l'hydrostatique sur le « principe de Pascal ». Ni Galilée, ni Pascal, n'eussent refusé sans doute de souscrire à la déclaration de principes que Fourier a mise en tête du Discours préliminaire de sa Théorie de la chaleur : « Les causes primordiales ne nous sont point connues ; mais elles sont assujetties à des lois simples et constantes que l'on peut découvrir par l'observation, et dont l'étude est l'objet de la philosophie naturelle. »

Descartes est plus ambitieux. Il fait précisément consister la philosophie naturelle à découvrir, non seulement les lois simples et constantes, mais avant tout les causes primordiales, A l'innombrable variété de phénomènes que la physique nous présente, il se refuse à concevoir d'autre cause primordiale que le mouvement, — mouvement de la matière ordinaire dans les corps pondérables, — mouvement d'une matière « plus subtile et plus pénétrante » dans les interstices des corps et dans les espaces interplanétaires, car il ne saurait y avoir de vide dans la nature. Pour établir ces vérités essentielles, pas n'est besoin de faire appel à l'expérience. De même qu'en

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géométrie, de même qu'en métaphysique, le seul besoin de simplifier les notions jusqu'à y voir clair, et Thabitude de l'analyse, permettent à l'esprit de tirer la vérité de son propre fonds. L'expérience n'intervient même pas à titre de contrôle indispensable des conséquences « déduites des premiers principes de la nature ».

« Et toutes ces choses suivent si clairement des principes qui ont esté cy-dessus exposez, que je no laisserais pas de juger qu'elles sont telles que je viens de dire, encore que je n'aurais aucun égard aux propriétés qui en peuvent êlre déduites : mais j'espère faire voir que toutes celles de ces propriétés que les plus curieuses expériences des admirateurs de l'aymant ont pu découvrir jusques à présent, peuvent si facilement estre expliquées par leur moyen, que cela seul suffirait pour persuader qu'elles sont vrayes, encore qu'elles n'auraient point été déduites des premiers principes de la nature 4 . »

Quant à ces principes, dont la recherche constitue « ce qui se nomme proprement philosopher », ils doivent avoir deux conditions :

« L'une, qu'ils soient si clairs et si évidents que l'esprit humain ne puisse douter de leur vérité lorsqu'il s'applique avec attention à les considérer ; l'autre, que ce soit d'eux que dépende la connaissance des autres choses, en sorte qu'ils puissent être connus sans elles , mais non pas réciproquement elles sans eux 2 . »

Ce n'est donc pas sur une base expérimentale que Descartes établira le mécanisme universel. C'est sur l'impossibilité pour un esprit clair de comprendre le monde autrement. C'est sur l'absurdité des explica-

1*. Principes, IV, § 145.

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