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PREMIÈRES, MÉCANIQUES OU NON

Cest cet idéal de réduction réelle des phénomènes physiques à un nombre minimum de phénomènes fondamentaux, — c'est, si l'on veut, un cartésianisme généralisé, — qui ne me paraît pas aussi infécond que le déclare M. Duhem, et que ne saurait suppléer la simple recherche d'.une classification naturelle. En rendant compte, en 1894, de la traduction française des Conférences scientifiques et allocutions de lord Keloin, que venait de publier M. Lugol, j'opposais cette manière de voir sur l'intelligence du phénomène, à la conception du « modèle mécanique » de lord Kelvin.

Je citais d'abord un passage de lord Kelvin :

« Je ne suis jamais satisfait, tant que je n'ai pu faire un modèle mécanique de l'objet ; si je puis faire un modèle mécanique, je comprends; tant que je ne puis pas faire un modèle mécanique, je ne comprends pas; et c'est pour cela .que je ne comprends pas la théorie électromagnétique de la lumière. Je crois fermement en une théorie électromagnétique de la lumière; quand nous comprendrons l'électricité, le magnétisme et la lumière, nous les verrons comme des parties d'un tout; mais je demande à comprendre la lumière le mieux possible sans introduire des choseSi que je comprends encore moins. Voilà pourquoi je m'adresse à la Dynamique pure 1 . »

Et j'ajoutais :

« Si l'on arrive à établir définitivement cette proposition qui résume la théorie électromagnétique:

1. Lord Kelvin. Conférences scientifiques et allocutions (Constitution de la matière), traduites et annotées par M. P. Lugol, avec des notes de M. Brillouin. Paris, Gauthier-Villars, 1893."

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« La cause des sensations lumineuses est un phénomène électromagnétique d'un genre spécial », il me semble qu'on aura compris la lumière, aussi bien qu'on a compris le son quand on a prouvé que la cause des sensations auditives est un mouvement de la matière ordinaire qui satisfait à des conditions spéciales.

« Si l'optique devenait un chapitre de l'électromagriétisme comme l'acoustique est un chapitre de l'élasticité, il resterait à comprendre l'électricité et le magnétisme, comme aussi bien il reste à comprendre la matière élastique, mais il ne resterait plus à comprendre la lumière*. »

La théorie électromagnétique est, pour moi, explicative au sens cartésien du mot, en ce sens qu'elle réduit réellement des qualités secondes à des qualités premières. Et elle est très préférable, non certes à la théorie des ondulations lumineuses proprement dites, — car elle n'est que cette théorie des ondulations ellemême, à laquelle se superpose un sens particulier donné aux grandeurs qui y interviennent, — mais à la théorie mécanique que l'on confond trop avec la théorie des ondulations, non sans avoir pour excuse de cette confusion l'exemple de Fresnel lui-même.

En définitive il faut savoir gré à M. Duhem d'avoir montré le rôle et la fécondité, trop méconnus, de. la théorie physique indépendante de toute hypothèse explicative, et qui ne vise qu'à être synthèse de lois et classification naturelle ; il faut lui savoir gré d'avoir, dans des pages définitives, revendiqué les droits de la logique contre le droit à l'incohérence qui commençait, en certains milieux, à s'afficher. Mais en contestant les services rendus à la science par la conception métaphysique et objectiviste de la théorie explicative, qui prétend résoudre réellement les

1. îhiUvtin fies Sciences mathématiques, 2 e série, t. XVIII, p. 31: février 18D4.

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