‹ La délicatesse dans l'artChapitre 13 sur 28 · La gloire du Val-de-Grâce · texte numérisé non relu

La gloire du Val-de-Grâce

Il est clair qu'avant tout il faut savoir peindre, et qu'avant tout aussi le spectateur doit être sensible à l'art de la peinture. Nous comprenons la généreuse impatience de Zeuxis exposant son chef-d'œuvre, la Centauresse allaitant ses petits f quand le public ne s'extasia que sur la nouveauté de la conception, sans considérer l'art des détails : « Allons, Micion, dit-il à son élève , roule cette toile et rapportons-la chez nous! * » Mais si la science du dessin, de la couleur et l'adresse de la main sont le principal de l'art , est-il interdit à l'artiste d'avoir une pensée, une intention, d'éveiller en nous quelque chose, je ne sais quoi, de mettre, si peu que ce soit, notre esprit ou notre âme en mouvement? Qu'un tableau ne ressemble pas à un rébus, qu'il ne soit pas composé comme une phrase artificieuse de Marivaux ou de Fontenelle, qu'un peintre soit plus peintre qu'homme d'esprit, nous le voulons bien, mais encore faut-il qu'il fasse entendre quelque chose audessus ou à côté de l'image, et qu'il n'occupe pas seulement les yeux par la plate imitation d'une réalité connue; car les yeux sont vite rassasiés et n'ont que de courts plaisirs.

d. Lucien, Zeuxis^ 3.

Si les arts plastiques, qui vivent de formes et de couleurs et qui ont le droit et le devoir d'occuper les yeux, sont pourtant obligés de solliciter l'esprit, à plus forte raison cette nécessité s'impose à la littérature, qui ne s'adresse qu'à l'esprit. C'est là qu'il s'agit de ne pas tout dire, de laisser beaucoup à faire à l'imagination du lecteur. La simple photographie littéraire, les interminables descriptions des choses matérielles qui n'apprennent rien, parce que ces choses nous sont familières, la peinture des passions qu'on ramène à leur expression physique, qui, dès lors, se font comprendre du premier coup et où il n'y a rien à pénétrer, ajoutons la violence uniforme d'un style sans nuance qui ne nous laisse démêler aucune délicatesse, tout cela est aussi contraire à l'art qu*à nos

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