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CXIV. Kul corps armé ne peut délibérer

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Des conventions nationales.

CXV. Si dans )a moitié des dëparteiiients, plus un, le dixième des assemblées primaires de chacun d'eux, régulièrement formées, demande la révision de Tacte constitutionnel , ou le changement de quelques-uns de ses articles, le corps législatif est tenu de convoquer toutes les assemblées primaires de la République, pour savoir s'il y a lieu à une convention nationale.

GXVI. La convention nationale est formée de la même manière que les législatures, et en réunit les pouvoirs.

GXVII. Elle ne s'occupe, relativement à la constitution, que des objets qui ont motivé sa convocation.

Des rapports de la République française avec les nations étrangères,

G XV III. Le peuple français est l'ami et l'allié naturel des peuples libres.

GXIX. Il ne s'immisce point dans le gouvernement des autres nations. Il ne soufB^e pas que les autres nations s'immiscent dans le sien.

GXX. Il donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour la cause de la liberté.

Il le refuse aux tyrans.

G XXI. Il ne lait point la paix avec un ennemi qui occupe son territoire.

De la garantie des droits.

GXXII. La constitution garantit à tous les Français l'égalité, la liberté, la sûreté, la propriété, la dette publique, le libre exercice des cultes, une instruction commune, des secours publics, la liberté indéfinie de la presse , le droit de pétition , le droit de se réunir en sociétés populaires, la jouissance de tous les droits de l'homme.

GXXIII. La République française honore la loyauté, le courage, la vieillesse , la piété filiale, le malheur. Elle remet le dépôt de sa constitution sous la garde de toutes les vertus.

GXXIV. La déclaration des droits et l'acte constitutionnel sont gravés sur des tables au sein du corps législatif et dans des places publiques.

Signé Gollot-d'Herbois, président; Duraud-Maillane, Ducos, Méaulle, g h. Delacroix, Gossuih, P. A. Laloy, secrétaires.

Dimanche 11 août, — Dans la séance de ce jour, la Convention décréta , pour leurrer encore les assemblées primaires, C|ue chaque commune de la République dresserait, dans le plus bref délai, un état de sa population effective, avec mention du nombre des citoyens ayant droit de voter. Cette opération terminée, les directoires de département devaient faire parvenir, aussi dans le plus bref délai, tous ces recensements au comité de division de TAssemblée conventionnelle , pour préparer Félection des nouveaux députés au corps législatif. Personne n'ignore que cette assemblée était bien déterminée à entraver et à rendre nulles ces élections.

On reçut diverses nouvelles de Marseille et de Lyon : les commissaires Gauthier et Dubois-Grancé écrivaient que les Marseillais , après avoir été entièrement chassés du Comtat, étaient rentrés dans leur ville, qu'ils appelaient leur repaire.

Les mêmes 'représentants faisaient passer à leurs collègues deux proclamations faites, Tune par eux-mêmes, et l'autre par le général Kellermann, pour sommer les Lyonnais d'ouvrir leurs portes à Tarmée républicaine dans une heure pour tout délai, sous peine d'être déclarés rebelles et traités comme tels. La proclamation des représentants portait pour conditions que les traîtres qui avaient égaré les citoyens de Lyon devaient être livrés aux commissaires. Les administrateurs lurent cette lettre en présence du peuple, qui rejeta avec indignation une pareille demande. Dubois-Crancé prétendit que ces administrateurs avaient craint de communiquer sa proclamation au peuple. Les Lyonnais déclarèrent, par vingt mille signatures apposées au bas de la réponse qui fut faite à Dubois-Crancé, que leurs administrateurs avaient toute leur confiance. Il serait difficile de trouver un trait plus sublime de courage et de dévouement depuis l'époque où nous nous mêlons d'être républicains.

Lundi 12 août, — Les envoyés de toutes les assemblées primaires étaient venus en corps dans le sein de l'Assemblée conventionnelle, lire une adresse pompeuse, dont Robes-

pierre voulut qu'on décrétât la traduction dans toutes les langues, l'impression et l'envoi dans toute l'Europe.

Les commissaires déposèrent dans la salle de l'Assemblée le faisceau de Tunité, de l'indivisibilité de la République, avec l'acte constitutionnel. A cet aspect, la Convention se leva tout entière, et resta découverte devant son souverain, que bientôt elle devait envoyer en détail à la guillotine.

Un instant après, David fit décréter que le comité des inspecteurs de la salle était chargé de faire placer dans le sein de l'Assemblée le faisceau de l'unité et l'arche constitutionnelle : on y renferma religieusement la sainte constitution de 1793, qui n'en est pas sortie depuis.

Dans la séance du 12, on annonça que les Lyonnais avaient repoussé Tavant-garde de Tarmée républicaine, en déclarant qu'ils ne céderaient qu'à la mort. On apprit en même temps que les Marseillais et les Toulonnais persistaient dans leur révolte ; qu'il s'était formé à Aix une armée de quatre mille hommes, composée d'émigrés et de déserteurs; qu'à Bordeaux l'esprit public était plus perverti que jamais; qu'on y répandait qu'à Paris les prisonniers avaient été assassinés une seconde fois dans leurs tristes asiles. D'un autre c6té, les Autrichiens s'étaient avancés sur le territoire français ; Cambray était cerné ; Saint-Quentin demandait des secours ; enfin de toutes parts on apprenait les plus désastreuses nouvelles. Il était naturel que de grandes mesures suivissent d'^aussi grands événements. Pour nationaliser, en quelque feçoo, celles qu'on voulait faire passer, on fit venir à la barre quelques commissaires jacobins des assemblées primaires (ds l'étaient presque tous), par lesquels on fit demander l'arrestation de tous les gens suspects. Aussitôt Robespierre, qui avait fait vingt fois cette motion , et qui peut-être lui-même l'avait dictée aux commissaires, la fit passer en loi. Les mêmes individus furent chargés , sur la demande de Danton , de requérir, dans leurs départements, les hommes et les armes nécessaires pour repousser l'ennemi.

Mardi 13 août, — Dans la séance du 12, Lecointre (de Versailles) avait insisté longtemps pour qu'on mft au nombre des grandes mesures un décret qui ordonnât la mise en jugement de la Reine dans le terme de huit jours pour tout délai. Lacroix pensa qu'il était impolitique de traiter publiquement une pareille question; il la fit renvoyer au Comité de salut public.

A peine T Assemblée eut-elle décrété F arrestation des gens suspects, que chaque section de Paris, qui était alors une puissance particulière , détermina les caractères auxquels ces malheureux suspects devaient être reconnus. Il n^est pas de folies plus ridicules les unes que les autres, si elles n'étaient pas le comble de l'atrocité, auxquelles ces impertinents pouvoirs ne se soient trouvés tour à tour abandonnés. La section de la Fontaine de Grenelle fut la première qui s'avisa de créer une classe de suspects, et d'en faire part au conseil général de la Commune. Ces sectionnaires déclarèrent qu'ils regarderaient comme suspects et feraient arrêter comme tels quiconque préparerait les esprits à ne pas recevoir les grandes mesures nécessitées par les circonstances.

Parmi toutes les brûlures qui avaient été exécutées le 10 août , on avait fait quelques omissions , que le conseil de la Commune s'empressa de réparer dans sa séance du 13. En conséquence, il décréta que tous les titres censuels brevetés de l'ordre de Malte et de Saint-Louis, déposés à la Commune, tous les titres de féodalité, ainsi que les drapeaux des Suisses, seraient, pendant la séance, brûlés sur la place de Grève.

Mercredi 14 août, — Parmi les moyens à employer pour réchauffer l'esprit public , la Convention crut que les spectacles seraient un des plus efficaces. «Je pense, disait un député', qu'il n'est personne qui, sortant de la représentation de Brutus ou la Mort de César, ne soit disposé à poignarder

1 Lacroix.

le premier scélérat qui tenterait d'asservir son pays.» Entraîné par un si noble enthousiasme, F Assemblée décréta que désormais Ton ne représenterait sur tous les théâtres que des pièces républicaines.

Toutes les mesures que prenait la Convention , les dépenses énormes qu^elle faisait pour leur réussite, nécessitaient chaque jour une émission effrayante de papier-monnaie. Les denrées devenaient à chaque instant et plus rares et plus chères. Cambon promettait, à cette époque, de présenter le lendemain un rapport pour faire rentrer une masse considérable d'assignats , dont la totalité se trouverait retirée dans Tannée 1794. Les citoyens de Paris, ne prévoyant pas qu'il pût tenir sa promesse, à moins qu on ne se servit de leur argenterie et de leurs effets les plus précieux, s'imaginèrent qu^on allait les leur enlever. Cambon déclara que ce n'était point ce dont il s'agissait. On verra dans la suite comment il tint parole.

Dans cette journée, les sections de Paris vinrent demander que le nombre des maisons d'arrêt fut augmenté , pour contenir une plus grande masse de citoyens suspects ; qu'il n'y eût plus de distinction outre les pauvres et les riches; que les concierges cessassent d'être salariés ; et enfin que , dans ces maisons , il y en eût de particulières pour les femmes. On aura de la peine à se persuader que des hommes aient été assez imbéciles que de solliciter, comme une grâce, la création de prisons où il était plus que probable qu'ils seraient un jour renfermés.

Jeudi 15 août. — Le 14 août 1793, le général de brigade Lécuyer fut décapité sur la place de la Révolution ; il avait été condamné à mort la veille par jugement du tribunal révolutionnaire comme complice de la révolte de Dumouriez.

Dans la séance du 15, les anabaptistes qui étaient en France demandèrent qu'il fût fait en leur faveur une exception à la loi contre les étrangers. Lacroix déclara que l'Assemblée ne reconnaissait point d'autre évangile que la Con-

stitulion et d'autre Dieu que la liberté; que les anabaptistes étant une secte , il ne pouvait , sous ce rapport, être fait aucune exception en leur faveur.

Dans la même séance, Gambon fit son fameux rapport sur la dette publique et sur les moyens de retirer les assignats de la circulation. Le moyen qu'il imagina fut la création du trop fameux grand livre, qui ruina tout le monde : c'est avec ce grand-livre qu'on parvint à anéantir les gages les plus sacrés de la foi publique *. Le décret proposé par Cambon passa sans opposition.

La Convention décréta ce même jour que les propriétaires fermiers ou détenteurs de grains dans les départements , seraient tenus , aussitôt qu'ils en seraient requis par les re-> présentants du peuple ou par les personnes déléguées par eux pour cet objet , de déposer, dans le lieu qu'on leur indiquerait , quatre quintaux de grains parr chaque charrue. Le décret portait que ceux qui n'auraient pas satisfait à cette réquisition dans les vingt-quatre heures seraient traités comme ennemis de l'État , arrêtés sur-le-champ, et tous leurs grains confisqués au profit de la République.

Après avoir fait rendre le décret dont on vient de lire les dispositions , Barère annonça que Garât donnait sa démission de la place de ministre de l'intérieur, pour s'occuper entièrement de la rédaction d'un journal républicain.

Ce fut le 15 août que commença , au tribunal révolutionnaire, la fameuse procédure contre le général Custines.

Vendredi 16 août. — A la fête du 10 août , à la cérémonie de la Régénération, et près de la fontaine de ce nom, on avait fait, suivant l'usage antique, des hbations fraternelles dans une superbe coupe d'agate. Le 16 août 1793, la Convention décréta, sur la proposition de Lakanal, que ce vase serait déposé au Muséum national , avec une inscription qui

^ Et que d'autre part on jeta le premier fondement du crédit public. Nous n*avons pas besoin de répéter encore qu'en rapportant les jugements de Tauteur du Diurnal^ nous lui en laissons la responsabilité.

rappellerait T usage touchant et sublime auquel il avait servi. Effectivement , lorsqu'on jettera les yeux sur cette coupe » elle retracera dans la mémoire le souvenir d'événements d'un sublime vraiment nouveau.

En représailles des mesures prises par le roi d'Espagne contre les Français qui se trouvaient dans son royaume, Barère fît décréter le séquestre de toutes les propriétés que les Espagnols pouvaient avoir en France.

De prétendus envoyés des assemblées primaires, réunis aux commissaires des quarante-huit sections de Paris, vinrent encore demander un supplément de grandes mesures , c'est-à-dire qu'on fit sonner le tocsin , à la même heure, dans toute rétendue de la République ; que toutes les affaires cessassent, et que tous les Français , à l' exception des agriculteurs absolument nécessaires à la culture des terres , fussent tenus de marcher pour exterminer les despotes.

Samedi n août. — Dans la séance précédente, Barère avait fait rendre le décret suivant :

Le peuple français déclare , par l'organe de ses représentants , qu'il va se lever tout entier pour la défense de son indépendance , de sa liberté , de sa Constitution , et pour délivrer son territoire de la présence des despotes et de leurs satellites.

Les commissaires des assemblées primaires feront en conséquence toutes les réquisitions d'armes et de subsistances.

Les autorités constituées marcheront à la tète du peuple; elles seront remplacées provisoirement par les citoyens d*un patriotisme reconnu.

Les commissaires ne pourront , dans aucun cas , choisir ni conserver les administrateurs qui auraient coopéré à des arrêtés liberticides , ni même ceux qui auraient donné leur rétractation.

Quelque folle que fût cette proposition, ou plutôt parce qu'elle était folle, elle fut votée à l'unanimité et couverte d'applaudissements.

Dans la séance du 1 7, on reçut une lettre des commissaires Goupilleau de Fontenay et Bourdon de l'Oise, annonçant une victoire importante remportée sur les rebelles de la Vendée. Ils indiquaient en même temps un système qui ne pouvait avoir d'autre but que de prolonger cette guerre en faisant destituer ou arrêter tous les généraux en état de la terminer. Il parait hors de doute que ce système a été constamment suivi jusqu'au 9 thermidor, et que les hommes qui criaient le plus contre Pilt, qu'ils nommaient l'auteur de toutes ces calamités , étaient précisément ceux qui les fiai-^ saient naître. Ces manœuvres machiavéliques étaient conformes au plus horrible plan de dépopulation qu'ils avaient conçu , et dont leurs complices ont avoué hautement l'existence. — Le président fit foire lecture d'une lettre du général Beaubarnais, qui, après avoir annoncé un léger avantage obtenu sur les Autrichiens , donnait sa démission.

Dimanche 18 août, — Dans la séance du 17, la Conven* tion décréta qu'il serait fait un recensement général de tous les grains dans toute l'étendue de la République, et que tout propriétaire de ces grains qui aurait fait une fausse déclaration serait puni de six ans de fers, outre la confiscation de sa récolte.

Le 18, Barère annonça plusieurs petits combats entre les Lyonnais et les troupes conventionnelles , où quelques hommes avaient péri, et en même temps l'inutilité des procla^ mations de Kellermann et de Dubois-Grancé. A Lyon , on crie vive la République , disait le rapporteur, et cependant on y tire à mitraille sur les républicains. Cette énigme était facile à deviner ; mais Barère n'osait pas , ou plutôt ne voulait pas en donner la solution. Barère fit décréter que les proclamations qui avaient été faites devant Lyon seraient imprimées et envoyées aux départements, et qu'on ferait marcher de nouvelles troupes pour réduire cette cité perfide.

Le même jour, la section des Arcis vint demander que le glaive de la loi frappât enfin les chefs du fédéralisme, c'est-

à-(lire les députés arrêtés ou proscrits. Cette féroce pétition toi couverte d'applaudissements. Les sectionnaires invoquèrent ensuite des mesures sévères contre les journalistes.

La section des Lombards, un instant après, annonça qu'elle partait en masse ; elle fut suivie par celle du Mail : celle-ci demanda que son comité révolutionnaire fût autorisé à dresser la liste des citoyens suspects, et à les priver, jusqu'à la paix , de la jouissance de leurs droits de citoyens , la mort contre quiconque proposerait une amnistie en faveur des fédéralistes, et la même peine contre ceux qui s^ opposeraient au départ des forces destinées pour les frontières.

Lundi 19 août. — Le général Beysser, commandant à Nantes , d'abord mis hors la loi comme fédéraliste, puis suspendu de ses fonctions, et mis en an^estation comme suspect, reparut encore une fois sur la scène révolutionnaire. Le 19 août 1793, le Comité de salut public déclara sa conduite irréprochable, et lui rendit le commandement dont il l'avait dépouillé.

L'ancien archevêque de Sens^ dont Cambon avait fait décréter l'arrestation , fut mis en liberté sur la motion du même membre ; mais il lui fut enjoint de se rendre au Comité de salut public pour y donner les renseignements qui seraient à sa connaissance.

Ce jour-là , le maire Pache essaya , dans une adresse aux quarante-huit sections, de tranquilliser les citoyens de Paris sur l'état des subsistances : mais il en était de cet objet comme des finances : plus on s'efforçait de faire disparaître les alarmes , plus on occasionnait d'inquiétude et d'agitation.

Mardi 20 août. — Quoique après avoir remis à la Convention les procès -verbaux d'acceptation de la Constitution de 1793, les commissaires des assemblées primaires dussent au moins être censés retournés chez eux , on avait eu soin d'en retenir à Paris un certain nombre des plus extravagants ou des plus pervers, pour demander à la Con-

veiition les mesures atroces dont elle avait besoin, et que, malgré son audace , elle n'osait pas adopter sans le secours de Topinion factice qu'elle feisait manifester à sa barre par Torgane de quelques misérables , auxquels elle donnait une qualification d'un caractère imposant.

Le 20 août 1793, une députation de ces étemels envoyés des assemblées primaires vint demander la destitution de tous les ci-devant nobles de toutes les fonctions civiles et militaires auxquelles ils pouvaient être employés. Cette pétition fut , comme on doit le croire , très-favorablement accueillie , et renvoyée au comité de législation.

On apprit dans cette journée que les Marseillais avaient été battus par les AUobroges, qui en avaient tué un assez grand nombre , et pris soixante-huit. Les Lyonnais faisaient toujours bonne contenance ; ils étaient commandés par un habile commandant (de Précy) et par des officiers déterminés.

Ce fut dans cette séance que Barère fit son rapport sur les moyens d'exécuter la levée en masse. C'était une folie impraticable. La proposition que fit Chabot , appuyée par Tallien , n'était pas moins extravagante , outre qu'elle était atroce : elle consistait à chasser du territoire de la République, avant la levée en masse, tous les ennemis intérieurs. Si les opinants entendaient par ennemis intérieurs ceux qui détestaient le régime odieux auquel la France était asservie, il est vraisemblable qu'il y eût eu beaucoup plus de Français à chasser qu'à conserver. La question de la levée en masse fut ajournée.

Mercredi 21 août. — Dans la séance du 20 au soir, Paré fut nommé ministre de l'intérieur à la place de Garât. Paré était une créature de Danton ; il s'était rendu fameux par ses exploits au club des Cordeiiers, et surtout à l'hôtel de Castries, dont il avait fait jeter les meubles par les fçnêtres.

Les Lyonnais devenaient tous les jours plus actifs et plus entreprenants : on apprit, dans la séance du 21 août 1793,

qu'ils avaient désarmé la garde nationale de Boin , dont le patriotisme conventionnel leur paraissait suspect. Les habitants de Montbrison s'étaient réunis à eux , et Tinsurrection de ce pays prenait tous les jours un caractère plus formidable. Pour arrêter ce torrent, la Convention, sur la proposition de Barère, décréta d'envoyer, tant dans ce département que dans ceux qui Tavoisinaient, les députés Ghàteauneuf- Randon, Maignet et Coutlion, avec des pouvoirs illimités. On sait quel usage ils ont fait de cette abominable dictature. Suivant toujours son système d'expropriation , Barère fit décréter que les biens des contre- révolutionnaires lyonnais seraient affectés à l'indemnité des pertes qu'ils avaient feit essuyer aux patriotes.

Julien de Toulouse dénonça l'accusateur public du tribunal révolutionnaire» pour avoir obtempéré à la demande du général Gustines, d'appeler en témoignage Houchard et plusieurs autres commandants dans les armées. Chabot et Tallien s'écrièrent qu'il y avait un complot pour sauver Custines, dont les crimes, disaient-ils, ne pouvaient être niés par qui que ce fût. En conséquence , l'accusateur public du tribunal révolutionnaire fut mandé à la barre. En remontant seulement à ce premier acte d'autorité de la Convention à l'égard de ce redoutable tril^unal , il reste prouvé que Fouquier-Tinville n'en a pas imposé lorsqu'il disait qu'il était lui-même sous la direction d'une puissance à laquelle il ne pouvait désobéir sans compromettre sa liberté ou sa vie.

Jeudi 22 août. — Dans la séance du 22 août, Cambacérès présenta un projet de code civil , dont quatre ou cinq articles furent décrétés à la simple lecture; on n'eut pas même l'air d'y faire attention. S'il eût été question d'un projet d'extermination, ou bien de faire arrêter quelqu'un de ses membres, on eût vu l'Assemblée s'agiter de mille manières, et tout eût été en feu; mais s'agissail-il de discuter des lois, c'est-à-dire de remplir l'objet de sa mission , chacun gagnait la porte, s'endormait ou bâillait sur son siège : jamais cette

assemblée ne fit rien de ce qu'elle devait faire, et elle n'eut de talent que pour faire ce qu'elle ne devait pas.

Si on n'avait pas voulu entendre Gambacérès, on se montra plus attentif à écouter une pétition des quarante-huit sec* tions de Paris, qui, par supplément à la loi sur les accaparements, demandèrent que personne ne pût avoir chez soi des approvisionnements pour plus de trois mois. Des sociétés populaires annoncèrent des fêtes civiques; d'autres vinrent demander du pain. On applaudit les premières, et on renvoya tristement les secondes au ministre de l'intérieur.

Dans celte séance, Robespierre fut nommé président de la Convention nationale.

Vendredi 23 août, — Pour l'exécution du décret portant la levée en masse de tous les Français, Barère, dans la séance du 23 août 1793, en fit rendre un dont il faut au moins conserver la substance :

1* Dès ce moment, dit ce décret, jusqu'à celui où les ennemis seront chassés, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des années. Les jeunes gens iront les premiers au combat; les gens mariés soigneront les armes et transporteront les subsistances; les femmes travailleront aux tentes et aux habits; les enfants convertiront le vieux linge en charpie; les vieillards se feront porter sur les places publiques, pour y prêcher la haine des despotes, l'amour des lois, rattachement à Ja République une et indivisible.

2"" Les maisons nationales seront converties en casernes, les places pubUques en ateliers. Les armes de calibre seront données à ceux qui marcheront à Tennemi : le service de Tintérieur se fera avec les piques. Les chevaux de selle et autres non employés à Tagriculture seront saisis.

3® Le Comité de salut public établira partout des fabriques d'armes; Paris sera le point central. Trente millions seront employés à cet objet. Les représentants du peuple requerront les artistes et ouvriers ; ils sont investis de pouvoirs

illimités. Nul ne pourra se faire remplacer dans les fonctions auxquelles il sera appelé.

4" La levée sera {générale : les Français non mariés ou veufs sans enfants, depuis dix-neuf jusqu'à vingt-cinq ans, se réuniront sans délai au cheHieu du district, oii ils s'exerceix)nt au maniement des armes et attendront l'ordre du départ.

u Les effets de cette loi furent prodigieux , dit Duraiid-Maillane dans ses Mthnoires. La Republique lui dut sa conservation et ses victoires. La promptitude et l'enthousiasme avec lesquels ces nouvelles troupes marchèrent aux frontières et combattirent les ennemis ne peUvent se rencontrer qu'en France, où le (gouvernement, quelle que soit sa forme , trouve de» ressources infinies pour se défendre.

» On rendit à peu près vers le même temps des lois de rigueur et d'une politique mal entendue contre les départements et les villes qui s'étaient coalisés, et contre des classes entières de citoyens. La Monta- {;nc, qui ne savait rien pardonner, et qui voulait en même temps faire tourner la punition des riches ennemis de la Révolution au profit des pauvres patriotes, prit à cet égard des mesures extrêmes... La Montagne pratiquait la politique de la terreur^ qui faisait toute sa sûreté. Entourée d'ennemis, dont sa conduite cruelle augmentait chaque jour lo nombre, elle n'était occupée qu'à parer ou prévenir leurs coups. ■

Samedi 24? août, — On avait paru prendre des mesures pour l'approvisionnement de Paris; la pénurie aujjmentait tous les jours avec les alarmes de tous les citoyens. Le peuple, craignant de manquer de pain , se portait quelquefois à des actes de désespoir, et pillait les farines qu'on transportait dans les magasins, sous prétexte qu'on les accaparait. C'est ce qui arriva au faubourg Saint- Antoine, dans la journée du 23. CI Ce ne sont point nos frères les sans-culottes qui se permettent ces excès , disait Hanriot dans son ordre militaire, mais bien des malveillants. »

Dans la séance du 24, Gambon fit supprimer la caisse d'escompte, les compagnies d'assurance à vie, et généralement toutes les associations dont le fonds capital reposait sur

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des actions au porteur, sur de$ effets négociables , ou sur des inscriptions sur un livre, transmissibles à volonté. Gambon fit décréter qu'à l'avenir de pareils établissements ne pourraient être formés sans une autorisation du corps législatif. Le même jour, la Convention fit mettre en liberté un brigand nommé Maugé, commissaire du conseil exécutif, qui avait tout bouleversé dans la ville de Nancy et jeté dans les prisons tous ceux qui avaient voulu s'opposer à ses désordres, et on décréta que la société populaire, les canonniers et les sections qui 'avaient pris sa défense, avaient bien mérité de la patrie.

Dimanche 25 août, — Julien de Toulouse, au nom du Comité de sûreté, fit, le 25, une dénonciation dont les expressions méritent d'être conservées, moins par l'importance personnelle de l'auteur, que par le décret qui en fut la suite.

a Oui, dit-il, vous avez porté un grand coup en détruisant » la caisse d'escompte. J'ai découvert que les administrateurs » de la compagnie des Indes, dont le nom seul rappelle l'an- » cien régime, ont prêté des sommes énormes au dernier de » nos tyrans pour faire la contre-révolution.

» Je demande qu'avant tout rapport vous renvoyiez la » connaissance et l'examen de tous ces faits à votre commis- V sion des cinq, en lui ordonnant de vous en soumettre la » plus scrupuleuse vérification préalablement à toute autre » détermination.

» Et dans le cas où les preuves de ce délit national seraient » acquises , je demande que votre commission examine cette » seule question, de savoir si, par le fait d'une telle forfai- » ture, ces sommes ne sont pas confiscables au profit de la » nation; sauf à rembourser, suivant le mode que votre com- » mission vous indiquerait, l'actionnaire innocent qui n'aurait » point été initié dans cette trame. »

La proposition de Julien fut décrétée , et il fut adjoint à la commission. Il est bon de remarquer que cette affaire fut la

cause de sa perte. Son collègue, Fabre d'Eglantine, porta sa tête sur Péchafaud , et lui-même ne sauva la sienne que par la fuite.

Dans cette séance, une députation d'instituteurs et d'enfants fut admise à la barre. L'un de «es derniers demanda qu^au lieu de prêcher au nom d'un soi-disant dieu, on les instruisit des principes de Tégalité, des droits de Phomme et de la Constitution.

Le vœu de ce jeune sans -culotte ne tarda pas à être exaucé. Non-seulement on fit apprendre la Constitution dans les écoles, mais on chargea la mémoire des enfants des principales productions de i^éloquence patriotique du temps. Il existe aux Archives de l'Empire (E, Le, Seine) un carton coté 18, tout rempli des déclarations d'instituteurs attestant qu'ils ont fiiit apprendre par cœur à leurs élèves l'adresse de la Convention au peuple français du 22 vendémiaire (13 octobre) 1793. La place nous a manqué pour faire usage de ces documents , qui nous ont paru curieux, principalement au point de vue de l'histoire de Finstruction primaire en France. On trouve là le point de départ; il est bien humble et bien chétif : l'orthographe de plusieurs de ces éducateurs du peuple s'élève à la hauteur de l'orthographe des membres du comité révolutionnaire du Panthéon, reproduite plus haut.

Lundi 26 août, — Le 25, on avait reçu des nouvelles alarmantes de divers points. Ruamps et Milhaud avaient écrit que les ennemis, en nombre considérable, avaient cherché à pénétrer dans la France du côté de Weissembourg, et que, quoiqu'ils eussent été repoussés, les républicains n'étaient pas sans inquiétude. D'un autre côté, le Comité avait été instruit que depuis qu'on avait foit marcher une partie de l'armée des Alpes sur Lyon , les Piémontais étaient rentrés dans la Savoie par leFaucigny, la Tarentaise et la Maurienne.

Le 26 , on apprit que le duc d'York , campé devant Dunkerque avec une armée anglaise, avait, le 23 août, sommé cette ville de se rendre.

AOUT 1793. asi

Le même jour, Bourdon de TOise et GouptUeau de Fontenay anDoncérent qu'ils avaient suspendu le général Rossignol de ses fonctions : sa crapuleuse ivrognerie, ses pillages, les excès de toute espèce auxquels il s'abandonnait, avaient rendu cette suspension nécessaire.

Rossignol fut défendu par Tallien , qui prétendit que Rossignol était un excellent républicain, et s^ était toujours montré en héros. « Eh! que m'importent à moi quelques excès particuliers, s'écriait Tallien, le pillage de quelques maisons d'aristocrates! »

Des habitants de Vincennes, dépourvus de subsistances, Tinrent demander la permission de pouvoir s'approvisionner à Paris, dont les commissaires avaient enlevé tous les grains des campagnes, en violant eux-mêmes la loi du maximum qu'ils avaient les premiers sollicitée. « Citoyens législateurs , fi disaient ces bonnes gens , pourquoi voyons-nous sur toutes M les portes des habitants de Paris, liberté, égalité, fraternité n ou la mort? et pourquoi , lorsque nous nous présentons aux » barrières de cette ville, nous reçoit-on avec des canons? »

Une troupe de furies , se disant de la société des Républicaines révolutionnaires , vint demander l'exécution de la loi contre les suspects, la levée des hommes en masse et la destitution des nobles de toutes les places, tant militaires que civiles.

Mardi '11 août, — Le 27 août, le conseil général arrêta, sur la demande de dix-neuf sections, que dans les bureaux on aurait coin de biffer le mot f^oi sur tous les timbres oii il pourrait être inscrit. Il arrêta en même temps que la Convention serait invitée de défendre à tous manufacturiers de papier de filtre entrer dans le filigrane de ce papier aucune marque de féodalité. Ce conseil déclara le même jour qu^l ne serait accordé de certificats de civisme aux citoyens depuis dix-huit jusqu'à vingt-cinq ans, que pour marcher aux armées. Or, pour avoir des places de cette nature, il n'était pas nécessaire de certificats de civisme.

.352 LA DEMAGOGIE A PAHIS.

Dans la séance de la Convention de ce jour, F Assemblée confirma un arrêté des commissaires ou représentants du peuple Lequinio etiLejeune, en mission dans le département de TAisne, qui av^t ordonné l'arrestation de tous les nobles , à l'exception des femmes âgées de plus de cinquante ans : ce Lequinio devint ensuite Fintime du bourreau; il rappelait le Vengeur, Quant à Lejeune , il faisait servir sur sa table une guillotine en miniature , au lieu de plateaux , et ne mangeait jamais de volaille qui n'eût été guillotinée.

On fut instruit, dans cette journée, par une lettre des commissaires conventionnels Rovère et Poultier, qu'on avait enlevé aux insurgés de Marseille le fort de Cadanel, avec trois pièces de canon ; ils avaient eu cent hommes tués, et on leur avait fait trente-huit prisonniers, du nombre desquels était un de leurs principaux officiers, nommé Arbaut. — D'un autre côté, les commissaires de la section des Gardes- Françaises écrivaient de Saumur, du 23 août, qu'on avait pris aux rebelles Mortagne et Gholet, avec des magasins immenses, et que vingt mille Vendéens étaient restés sur le champ de bataille.

Barére annonça ce jour-là qu'on allait chauffer les grils à boulets, pour incendier la malheureuse ville de Lyon.

C'est le 27 août que le tribunal révolutionnaire condamna le général Custines à la peine de mort.

Nous commençons par cette pièce la publication des ordres du jour d'Hanriot. La plupart ne sont pas connus. La démagogie est là tout entière, avec son style, sa politique, son génie.

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