LE DIVORCE OU LES HEUBEDX EFFETS DE LA LIBEBTÊ
Air : Dm pas redoublé.
Honneur à noa légiélateurg,
Qui, pesant toutes choses, Du bonheur vrais dis[>ensateurs,
En augmentent les causes.
lU donnent à la liberté
Une nouvelle force.
L*aurions-nous en réalité
Sans la loi du Divoi-ce?
La morale en vain dit tout bas
Qu*on protège le vice; Vivre avec ce (pi*on n*aime pas ,
Ma foi, c'est un supplice.
L'Hymen, dans ces débats fâcheux,
Attrape quelque entorse.
Or, dans ce cas, il vaut bien mieux
Invoquer le Divorce.
Kglé, n*aimez-vous pas vraiment
Cï'tte loi généreuse, Qui, par un heureux changement,
Pourra vous rendre heureuse?
Semblable au vieux saule pleureur
Qui n*a plus que l'écorce , Votre époux est toujours grondeur!...
Bénissez le Divorce.
Grâce au Divorce, le plaisir
Va prendre un nouvel être, Car il mourait où le désir
Jamais ne pouvait naître.
Mais, déjà de paraître amant
Quand chaque époux s'efforce, L'amant sourit malignement
A la loi du Divorce,
Aux Romains, qui nous valaient bien,
On doit cette loi sage; Qwe le Français, bon citoyen.
En fasse un juste usage.
Qu'enfin l'amour du changement.
Par sa trompeuse amorce, Ne fasse pas légèrement Demander le Divorce.
Par le citovcn Colav.
^./. ï c/mv. uni. a-wu-uu. dit. ïfT7yvv
LE SERMENT CONJUGAL oia LE MARIAGE Reproduction d'une uravure faite, d'après le tableau de Senave, par Maradaïi.
LE DIVORCE ,A l'aiis, chez Le Grand, II. Jacques, n° 16.)
Veux estampes du temps représentant le mariage et le divorce.
Les deux gravures ci-contre, exécutées avec une rare exactitude» et le plus grand soin par M. Valton, sont la reproduction de deux estampes du temps , qui représentent , l'une le serment conjugal ou le mariage , l'autre le divorce. Aucune description ne saurait donner une idée du style de ces œuvres singulièrt»s : il &ut les voir et les étudier.
Ainsi, dans le serment conjugal , la mairie est un temple dans lequel on entre par un vaste portique. Un vieillard reçoit la déclaration des témoins, les futurs conjoints s'approchent de l'officier municipal qui leur montre la statue de l'Hyménée prête à les couronner, et aux côtes de laquelle deux trépieds brûlent l'encens des deux cœurs; sur le devant deux vieillards accoudés se tournent pour voir deux femmes avec leur enfent formant deux groupes distincts, l'un de la maternité légitime, l'autre de la maternité illégitime. Regardez le geste sévère de ce vieillard irrité qui signifie à la fille-mère l'ordre de sortir immédiatement de l'enceinte des lois gravées sur une table qui décore la paroi du temple; tout cela est-il assez expressif, allégorique, sentimental et ingénieux?
Le divorce rappelle la scène si bien racontée par madame Fusil dans les Mémoires dune actrice : « J'espère, monsieur, dit la femme devenue libre, que vous viendrez mè voir quelquefois? — Je n'y manquerai pas , madame , » répond l'époux en s' éloignant. C'est d'un ton parfait. Et tout dans ce tableau concourt à l'action. La statue porte le frein brisé; une gravité sévère es! empreinte sur la physionomie du magistrat, la tristesse se lit sur le front de tous les autres personnages.
Vendredi SO août. — On avait appris, dans la séance du 29, que le bombardement de la ville de Lyon avait recommencé le 25 août 1793, par Texplosion de l'arsenal et par l'incendie de plusieurs quartiers.
Un envoyé de Saint-Quentin annonça que les Autrichiens dirigeaient leur itiarche sur cette ville, mais qu'on avait sonné le tocsin dans toutes les campagnes, et que les paysans, armés de faux et autres instruments aratoires, accourus de
toutes |>ai-iai, s'étaient joints aux troupes républicaines qui vraisemblablement auraient repoussé l'ennemi. Se voyant menacée de si près, la Convention s'était abandonnée aux alarmes, et on avait insisté pour l'exécution iounédiate de toutes les mesures violentes déjà décrétées dans de semblables circoostances : ceux qui se pronoocèreat avec le plus de fureur furent Lacroix, Billaud-Varennes, Gaston, Tbirioa et quelques antres.
Le 30, des commissaires des sections de Bordeaux se présentèrent à la barre , sollicitant arec instance le rapport de la délibération qui avait mis bors la loi les membres de leur commission populaire. Lacroix trouva étrange que les sections de cette ville, qui, suivant lui, méconnaissaient huit jours auparavant l'autorité de la Convention, eussent osé lui envoyer des commissaires. Cette observation n'était pas d'un bon augure pour la ville de Bordt^aux. La Convention garda le silence, et se contenta de renvoyer la })étition au Comité de salut public, chargé de rendre cooipte de la conduite des Bordelais.
Samedi ^\ août, — Dans la séance du 81 août 171>3, la Convention fut instruite, par une lettre de ses commissaires dans les départements méridionaux, que les troupes républicaines conduites par Carteaux étaient entrées dans la ville de Marseille : les insurgés, suivant celle leltre, avaient été battus, complètement dispersés, et toute leur artillerie était tombée au pouvoir de l'armée conventionnelle.
Jullien de Toulouse fit décn'ter que le comité de sûreté générale était autorisé à faire fradaire à Paris plusieurs citoyens de Lorient, qu'il disait correspondre avec les ennemis de la patrie ; or, cette correspondance n'était autre cliose que celle de plusieurs intéressés à la Compagnie des Indes, dont Jullien voulait faire saisir les propriétés.
On reçut ce jour-là, avec beaucoup d'appareil, un aide de camp de Caileaux, qui venait annoncer la reddition de -Marseille. Danton fit décréter que les Comités de salut puWic
et de législation pnéscDteraient les moycrns èe faire p^yer les frais de la gaerre aox centre -rërohitiomiaires de Marseiite, et surtout du mode d'application de la loi par laquelle leurs têtes ^kennent tomber.
Dimanche 1" septembre, — Le 31 août, le conseil général avait arrêté que le département serait invité à désigner les maisons nationales qui pourraient servir de logement aux i'emmes et aux eiifants dont les maris ou les pères étaient aux armées.
Soixante-cinq individus qui se disaient les seuls patriotes de la section de 92 (depuis Lepelletier), vinrent exposer à , la Commune que, vu leur petit nombre, ils étaient toujours, malgré leur énergie, accablés par les autres sectionnaires, qui étaient, des aristocrates et des contre-révolutionnaires fieffés ; ils prièrent en conséquence le conseil de prendre de.s mesures efficaces pour faire triompher les patriotes. La pétition fut renvoyée à la commission des douze et à celle des certificats de civisme, pour faire doublement justice des aristocrates de la section de 92.
Des patriotes de Marseille vinrent, dans la journée du 1" septembre, féliciter la sainte Montagne d'avoir délivré Marseille des maux dont Pavaient, disaient-ils, accablée le le roi Buzot et Finfàme Barl)aroux.
Lundi 2 septembre. — Dans la séance du 2 septembre, Bîlîaud-Varehnes annonça que le .bruit s'était répandu dans la salle que les Tonlonnaîs avaient livré leur ville aux Anglais. Au moment où Uillaud parlait ainsi, la Convention s'occupait de la discussion du Gode civil. «Je ne conçois pas, s'écria-t-il, qu'on puisse donner son temps h un objet de celle nature, lorsqu'il est question de frapper des contre-révolutionnaires; ce ne sont pas des lois qu'il nous &ut, mais du courage, des armes, des soldats , mais la levée entière du peuple français : qu'a-t-on finit pour punir Toulon, pour rallumer T incendie de Lyon, dont le bombardement se ralentit pendant la nuit? Voilà ce <jai doit fixer l'attention de l'Assemblée. »
Mardi 3 septembre, — On annonça dans la séance du 3 septembre plusieurs avantages remportés sur les rebelles de la Vendée ; un général de brigade » nommé Mieskowski, écrivait, de la Roche-sur-Yon, que les insurgés avaient été battus à la Motte-Achard, et culbutés partout.
Un général, nommé Rey, écrivait d'Airvaut, le 30 août, que les insurgés avaient été repoussés à Parthenay, avec perte de trois cents hommes.
Pour accélérer le jugement de la Reine ^ le rapporteur disait qu on avait trouvé parmi les morts plusieurs chefs et plusieurs prêtres qui portaient sur eux le portrait de Marie- Antoinette.
C'est ce même jour que Barère fit approuver une délibération du Comité de salut public, en vertu de laquelle on avait fait fermer le Théâtre-Français , et mis tous les acteurs en état d'an^estation : cette mesure avait été déterminée par ce vers de Paméla :
Le parti qui irioiiipiu' est le seul Iég[itiiue.
Les démagogues parisiens en Vendée.
L'auteur du Ditirnal a plus d'une fois signalé la mauvaise direction de là guerre de la Vendée, accusant les généraux d'impéritie, les prétendus héros à cinq cents livres envoyés de Paris, de lâcheté, de déprédations et d'excès de toutes sortes. Nous avons sous les yeux un manuscrit inédit de Mercier du Rocher qui formule les mêmes accusations. Mercier du Rocher était un des administrateurs de la Vendée : il appartenait par ses opinions au parti avancé, et ne raconte que ce qu'il a vu ou appris de source certaine. Son témoignage ne saurait donc être suspect ; aussi a-t-il été invoqué plus d'une fois par M. Michelet et M. Louis Blanc, qui, datis leur Histoire de la Révolution , donnent des éloges mérités à sa véracité et à sa sagacité. Nous extrairons de ses Mémoires (\ixe\' ques pages écrites au moment du 9 thermidor : elles montrent en quelles mains la démagogie avait mis la conduite d'une guerre qui aurait amené infailliblement la ruine de la République et une effroyable réaction , si les Vendéens n'avaient eu d'autres
adversaires que les g^énéraux et les soldats improvisés sortis des clubs jacobins. Les démag^og^ues avaient perdu la Vendée, comme ils ont tout compromis, tout perdu: c'est Tarmée commandée par de vrais républicains qui Ta conquise, en même temps qu'elle repoussait de nos frontières l'açressîon de l'étrangler.
u Biron venait d'être destitue de sa place de général en chef de Tarmée des côtes de la Rochelle ; il avait été remplacé par Rossignol, commandant la 36* division de la gendarmerie de France. Depuis longtemps cet homme était déprécié dans Topinion publique^ et les vieux soldats murmurèrent de le voir à la tête de Tarmée. La Convention avait mis toute sa confiance en lui pour terminer la guerre de la Vendée : ses prôneurs en avaient dit tant de bien ! Il partit de Tours le 18 août pour visiter les parties de la division de Chalbos. Il était accompagné du représentant Bourbottc , des adjudants généraux Moulins, Grammont ( ancien comédien), Hasard, ci-devant prêtre, et du citoyen Momoro, commissaire général. Il arriva le 19 à Saint-Maixent, et y apprit les mouvements qu'avaient fait Tuncq et Chalbos, d'après les ordres de Bourdon et de Goupilleau. Il se rendit à Niort le 20, et dans la nuit du 21 au 22 arriva à Fontenay. La municipalité le logea , avec les représentants du peuple et sa suite , dans la maison de Beaumont, devant le Puy-Laveaux. Le maître de cet hôtel était passé parmi les brigands ; les scellés étaient sur ses meubles. Us furent brisés, et les bijoux, robes et ajustements de femme en furent confisqués au profit du général et de son cortège ; il n'y eut pas jusqu'à xles porcelaines qui devinrent la proie de ces pillards, qui se disaient' républicains, et qui menaient avec eux de brillantes catins. La plus jolie servait aux plaisirs des personnages les plus élevés en dignité; elle partageait sa couche entre B... , et R... ; les autres étaient abandonnées aux inférieurs. C'est ainsi qu'ils donnaient l'exemple des vertus républicaines.
» Lk municipalité de Fontenay dressa procès-verbal de tous ces vols. Il fut adressé à Bourdon et à Goupilleau , mais après le dépai-t du cortège, qui alla à Chantonnay le 23 , et qui y fut très-mal reçu. Pour toute réponse aux questions que Rossignol faisait à Goupilleau sur la position de l'ennemi, celui-ci lui remit l'arrêté qu'il avait pris avec Bourdon pour le suspendre de se$ fonctions. Rossignol partit surle-champ. Bourbotte, qui ne fut pas mieux reçu que lui, resta quelque temps avec ses collègues , mais ne pouvant obtenir le rapport de l'arrêté qui suspendait Rossignol , il retourna le joindre. On fit arrêter à Fontenay une partie des effets qu'il emportait; il en fut très-mëcontent. L'administration du département n'était point informée de sa
37e LA DEMAGOGIE A PARIS.
Mispenaion, elle voulait le iaire arrêter oomme voleur d'effets natio> oaax ; mais je n'y opposai par la raison qe'tf était géoénd en chef. Goupilleaji dépéclia nn courrier pour iàire arrêter à Saint-Muxent Je^ quatorze chevaux qu'il cuioienait. C'étaient encore des chevaux qu'il volait à Micskouski, qui lc« avait adietéif de fiiron. Bouri>otte s'exposa à la saisie des chevaux, ils partirent pour Saumur, et Mieskouski n'en a pas entendu parler depnis.
« Quoi qu'il en soit, Bost^içnol se rendît à Paris avec Bouibetlt. Ses preneurs tirent à la Convention nationale Tétala^ des hauts ^b du général : il fut rétabH dans ses fonctions. Bonrbotte se plaignit amèrement de l'ace neii qo'H avait re<^n à Chantonnay. Gou|iîl1eau lot bientôt rendu à Paris ; il demanda à s'expliquer. Bourbotte et lui sont peirvoyés devant un comité, et on n*a plus entendu parler de cette a£ËMre '. Bourdon (de l'Oise) était demeuré avec Tuncq à Chantonnay, où ils s'occupaient à vider des boutcitles dVxcellent vin. Bfmrdon est nn excellent patriote : il a une âme sensible , mais il s'aban^ donne dans son ivresse à des vues impraticables. Nous en rapporte^ Pons m exemple tout à l'heure. Parlouji d'abord de la portion de raionëe des Sables.
« Les deux corps que commandaient dans les commencements de la guerre Baudry et Boulard avaient été réunis sous les ordres de Bftieskonuki. D'après l'ordre de Tuncq , ce général se porta , le 23 août, sur la Boche-sup-Yon , s'en rencht maître, tua qttatre-vingts brigands , s'empara d'une correspondance importante , délivra plusieurs patriotes, et n'eut que deux hommes blessés.
• La loi du mois de mai, qui fixait le prix des grains, en mettant un frein à l'anidîté des marchands, avait aussi fmt resserrer les denrées. On ne pouvait plus s'en procnrer que par la voie des réquisitions. Les municipalités se trouvaient, par ce moyen, chargées de t'appro vision^ nenaent de ce chef-lîcu. lie 30 août, nous pHmes plusieurs arrêtés relatifs à cette partie de l'administration. Nous chaiigeâmes Rouille et Martineau aîné de les présentera l'approbation du représentant Bourdon , qui était à Cbantonway. Ils partirent avec le citoyen Benoft pour leur Bsission, et trouvèrent le représentant à table avec le général Tuncq. Il les accueillit avec gaietë, et leur promit anctience pour le lendemain ; mais les fumées du vin Ini montèrent à la tête, il entra en fureur, et se trouva mal. Dans sa frénésie, il se persuada que ces
^ Oonpilleau fat envoyé jiour ftire rembri(;adeinent de la réquisition dans Tannée du Nord. Quant à Bourdon, il paraît qu'il porta la peine qu'exigeait la vengeance des amis de Rossignol. Il fut chassé àcê Jacobins par les hébertiste», qui éuiient alors des insCnuneiits de Robespierre, et deux fois il faillit être leur victime. (Note de Mercier du Rocher.)
SEPTEMBRE 1793. Zri
<'itoycns l'avaient eui|>o>8onnë : « Qu'on arrête , disait-il , ces scelé- "1 rats d*a«lnrini8trateurs , les auteurs «le la g^uerre de la Vendée; iU > ont été envoyés ici par leurs infâmes collègues pour commettre un ^ crime affreux ; qu'on les arrête!... n Puis mettant la tête à la fenêtre de son appartement , il entendit galoper Un cheval qui avait rompu son licol : « C'est un autre contre-révolutionnaire , complice de ces « cocinins qui VieiMent pour m' assassiner , s'ëcrie^t-«l , qu'on les ar*y tête tous ! » On ne put arrêter le dveval , mais on alla saisir dm» Icuns lits nos deux (xiuvres collègues, qui étaient anivés en fondus de pluie et qui tremblaient la fièvre. On fut sur le point de les conduire à la Rochelle pieds et mains liés. Il était alors minuit : ils furent obligés de partir ; deux gendarmes eurent ordre de les suivre jusqu'au Pont-Charron, et de les contraindre à continuer leur foute» Ils atlivèrdAt i« lendemain au milieu de nous le cœur navr<é de douleur ; ils y trouvèrent la consolation <lont ils avaient besoin. Il fiit arrêté q«'il« femient au conseil général du département le rappoit de leur mi»sîon. Ce rapport fut faft quelques jours après; mais le conseil imita 'la femme macédonienne qui parut au tribunal de Philippe : il en appela du représentant du peuple ivre, au représentant du peuple à jeun. Bourdon fut rappelé à la Convention, et Tnncq, qui était tombé de cheval , se rendit à la Rochelle sotis prétexte de se faire guérir dé cette chute. Il laissa Tannée de Ghantonnay sous les ordres de Le-* comte, sans lui donner les renseignements qu'il avait sur l'état des revoltés. Ce jeune homme, dépourvu d'expérience, mais d'une rare intrépidité, fiit attaqué le 5 septembre, à l'improviste, par un ennemi supérieur en nombre : il fut battu , son armée fut mise en pleine déroute. Il perdit beaucoup du monde, beaucoup de canons, plus de soixante voitui'es de vivres et de munitions.
» Des fiiyards se retirèrent jusqu'À la Rochelle , quclques-^ntis se rallièrent à Luçon , d'autres à la Roche-sur-Yon. Cette défaite n'eût peut-être pas été aussi désastreuse si BcfFroy, qui commandait un corps de troupes à Saint-Herman , se fut mis en marche pour secourir Lecomte. C'était le vœu de ses soldats dès qu'ils entendirent la canonnade ; mais il y avait un complot formé entre les généraux pcnn* perdre un homme qui donnait de si grandes espérances. »
Mercredi 4 septembre, — « Dans la journée du 4 septembre,
. on apprit les plus importantes nourelles : les commissaires
conventionnels à Marseille écrivaient que les sections de
Toulon avaient accepté les offres que leur avait faites l'amiral
Hood, commandant Téscadre anglaise, de les proté^jer, de rétablir la constitution de 91 , en mettant Louis XVII sur le trône. Les Toulonnais avaient arboré la cocarde blanche, et toutes les autorités agissaient au nom du prétendu roi. Par des lettres subséquentes , on annonçait que l'amiral anglais avait pris Marseille et Toulon sous sa protection ; que ses vaisseaux étaient entrés dans ce dernier port : enfin, les sections de Toulon avaient signifié au général Garteaux que deux députés de la Convention et les parents de deux autres étaient détenus chez eux, et leur serviraient d'otages contre les violences qu'on pourrait exercer à leur égard.
A la suite de ces nouvelles, il fut décrété que les commissaires conventionnels dans le département des Bouches-du- Rhône prendraient les mesures les plus promptes et les plus sévères pour punir les auteurs et complices de la rébellion de Marseille, et que les biens des individus qui, dans cette ville et dans les départements circon voisins, avaient levé l'étendard de la contre-révolution et de la révolte, seraient confisqués et affectés spécialement aux indemnités dues aux patriotes persécutés de ces contrées.
Jeudi 5 septembre, — Dans la séance du 5 septembre , la Convention, persuadée, d'après l'avis de Merlin de Douai, de la nécessité de donner une grande activité au tribunal révolutionnaire, décréta que cette boucherie de chair humaine serait désormais divisée en quatre sections ; en conséquence le nombre des juges fut porté à seize, et celui des jurés à soixante.
Une députation de toutes les sections de Paris , ayant le maire et plusieurs officiers municipaux à leur tête , vinrent demander la formation d'une armée révolutionnaire qui devait parcourir les divers départements, ayant à sa suite un tribunal pour juger sur-le-champ les conspirateurs et les accapareurs. Chaume tte, qui était à la fois auteur et lecteur de cette pétition , s'écriait : es Et vous , Montagne à jamais . » célèbre dans les pages de l'histoire, soyez le Sinaï des Fran- » çais; lancez, au milieu des foudres, les décrets éternels de
» la justice et de la volonté du peuple, inébranlable au mi- » lieu des orag^es amoncelés de Paristocratie : agitez-vous et » tressaillez à la voix du peuple ; assez longtemps le feu con- » centré de Tamour du bien public a bouillonné dans vos y> flancs; qu'il fasse une irruption violente : Montagne sainte, » devenez un volcan, dont les laves brûlantes détruisent à M jamais l'espoir du méchant , et calcinent les cœurs oii se » trouve encore l'idée de la royauté ; plus de quartier, plus » de miséricorde aux prêtres! (Ici l'Assemblée applaudit de » toutes les parties de la salle.) Si nous ne les devançons pas, n si nous ne jetons pas entre eux et nous la barrière de l'éter- » nité, nous avons tout à en craindre. Les patriotes des dé- » parlements, et le peuple de Paris en particulier, ont jusqu'ici » montré assez de patience ; on s'en est joué : le jour de la » justice et de la colère est arrivé ! »
Billaud-Varennes , Danton, Drouet, Bazire, Moyse Bayle, appuyèrent avec véhémence les mesures proposées par les sections ; et Harère fit décréter, au nom du Comité de salut public, qu'il serait formé dès le lendemain à Paris une armée révolutionnaire de six mille hommes, destinée à se porter partout, pour assurer la circulation des subsistances et l'exécution des lois.
Nous continuons de reproduire les ordres du jour d'Hanriot que nous avons trouvés manuscrits aux Archives de l'Empire. On ne se lassera pas d'admirer ces spécimens de l'éloquence jacobine. Avec quel art, dans l'ordre du jour que voici , l'orateur s'empare des circonstances, en apparence insignifiantes, pour tonner contre les aristocrates! Si Hanriot ne puait pas le sang de septembre, il serait le héros du burlesque. Mais pour apprécier Hanriot, il faudra le voir et l'entendre en 179i. Là les documents abondent, ils rendent les commentaires superflus.
ORDRE DU JOUR d'hANRIOT.
Etat-major général.
Du 5 septembre 1793, an II de la République.
« Le commissaire général invite ses concitoyens à faire de fréquentes patrouilles à la porte des boulangers pour y erap^clier les attroupe-
mcuU. D'i)4>i(^.i un airt'te ilc la Cmuiiuiuc , il c«»t c^W^cshIu h tout boi> citoyen de ne iciuUe à la porte de» bo4iJaii(jôi'8 avant )»ix U^urct» du matin : les sections enverront chacune dana son arrondissement à la porte do ses boulang^ers une force imposante pour y maintenir le bon ordre et faciliter la disb^bution aux bons républicains , qu*aiment les loix leurs ma^sfarats et leurs pays.
» Courage y braTe« v<ipublicains, couraçe et persévérance dans la crise présente qui noua afflige ! Hier foi vu avec douleur de»ckcjetis demander en riant du pain à la Commune : rit-on quand on a faim ? rit'on quand on manque des premiers aUoients de la vie .^ Ceux là seuls me semblent recevoir ]'or et l'argent des puissances étrangères. Braves camarades , lorsque vous êtes de service , soit en patrouilles, soit au. corps de garde, ces êtres semblent ijisultéer à no» malbettrs. Sh bien, qu'ils sachent que nous savons être grands et justes dans de telles circonstances , et qu^ nous vouion« que la loi qui pititége l'innocent punisse aussi le coupable.
» Les réserves à datter d'aujpurd'hui et jusqu'à nouvd ordre seront de cent hommes par section, les patrouilles fi^équentes et toujours la même surveillance aux barrières.
I* Sigaé k roriginal : Hanmot, commandant général. •
La séaDice de la CouveiUiou du 5 septeiubre est une des^ plus remarquables de celles de cette assemblée» tant par let^ horreurs qu'on y débita, que par celles qui furent décrétées. Danton, Billaud- Varennes , Bazire, Moyse Bayle, Barére, furent ceux qui se montrèrent les plus terribles ; Robespierre |)résidait et ne se mêlait point de ces débats ; Billaud-Varennes voulait frapper, égorger sur-le-champ ; Moyse Bayle appuyait tout ce que disait Billaud ; Danton et Bazire demandaient quelque ordre dans les atrocités que l'on commettait; Danton, outre la formatiou de l'armée révolutionnaire, déjà adoptée sur la proposition de Billaud, fit décréter q.ue les sections s'assembleraient extraordinairement les dimanches et jeudis, et que tous les gens de besoin qui voudraient assister à ces assemblées recevraient quarante sous d'indemnité; ensuite que cent millions seraient mis à la disposition du ministre de la guerre pour fabriquer des armes ; enfin, qu'il serait fait
un rapport sur les moyens d'augmenter de plus en plus Factivilë du tribunal rëvolnticNaBaire.
Dans cette séance du 5, rAssemblée, sur la proposition de Bazire, après avoir chargé le conseil de la Gommiine de Téporation des comités révolatiomiaires, décréta que ces comités, ainsi réorganisés, procéderaient sur-le-cbamp à Parrestation et au désarmement des gens suspects ; il leur fut donné pleins pauTOÛrs d*agir sans l'interventiOQ d'une autorité quelconque.
Tontes ces meaœ-es étaient à peine prises, que la société des Jacobins et des agents de diverses sections Tinrent demander que le glaive de la loi atteignit enfin les Girondins et les fédéralistes.
On avait vu auparavant les mêmes agitateurs révolutionnairesy au conseil de la Commune, régler l'exécution de toutes ces manœuvres , d'avance déterminas dans leurs condlîabules.
Billaud-Varennes demanda que les tèles des ex-ministres Clavière et Lebrun tombassent sous huit jours, ainsi (fue celle de la Beine. Les deux ministres furent envoyés au tribunal révolutionnaire, avec les députés détenus au Luxembourg. — Ce décret fut accompagné d'un autre qui ordcuana à tous les militaires de sortir de Paiis sous vingt-quatre beures.
Dans la séance du soir, Billaud-Varennes fut élu président.
6 e2 7 septembre, — Le 6 septembre , la Convention rédigea en loi une disposition dont elle n'avait qu'énoncé le principe dans la précédente séance : cette loi portait que tous les sujets des puissances avec lesquelles la République était en guerre seraient^ à quelques exceptions près, mis en état d'arrestation.
Buelle, Turreau, Meaulle et Cavaignac, commksaires à Parmée des côtes de Brest, écrivaient, en date du 2 septembre, qu'ils exécutaient à la lettre la destruction des propriétés des Vendéens, ainsi que l'Assemblée l'avait ordonné. « Ce grand acte de sévérité nationale, disaient-ils, jette dans
» rame des rebelles une salutaire terreur : des monceaux de » cendres, la famine» la mort, s'offrent de tous côtés à leurs » regards. »
Dans la même séance, Billaud-Varennes et Collot-d'Her- Lois furent, sur la demande de Barère, adjoints au Comité de salut public.
On apprit aussi le 6 quelques nouvelles de Lyon et de ses environs : celles de la ville étaient insi(jni(iantes , mais Coutbon et ses collègues annonçaient que les muscadins de Montbrison avaient fait prisonnier un général nommé I^icolas.
Cette pénurie de nouvelles, ou plutôt cette cessation de carnage, rendit Gaston furieux.
u On s'aperçoit aisément, s'écriait-il, que Lyon n'est pas » chauffé comme il devrait Tétre; depuis huit jours on n'a pas » entendu parler de maisons livrées aux flammes... nous » n'entendons plus parler de cette ville , qui devrait être ré- » duitc en cendres. »
Le Comité de salut public avait déjà reçu cinquante millions pour ses dépenses secrètes : Danton crut que vingt ou trente millions déplus pourraient encore être employés avantageusement; il prétendit que si on eût récompensé le patriotisme des sociétés populaires de Lyon par de grandes largesses, cette ville ne se serait pas insurgée.
L'Assemblée fut si satisfaite de la moralité et des grandes vues révolutionnaires de Danton, qu'elle l'adjoignit, malgré lui, au Comité de salut public, sur la demande de son collègue (jaston. (Danton donna sa démission dans la séance du 9.)
Extraits des rapports de police sur la situation de Paris, dates du 8 septembre, fan II de la République.
Latour la Montagne *. — Maisons de jeu. — « Les jeux de hasard connus sous le nom de loto , établis dans la plupart des maisons publiques situées sur les boulevai^ds, sont la perte et la ruine d*uae
* C'est le nom de l'agent auteur du rapport dont nous donnons un extrait.
infinité dé familles , le repaire favori des fiipons , Tasile des contrerévolutionnaires. C'est là que des escrocs de profession lèvent chaque jour un impôt onéreux sur la classe indig^ente du peuple ; chaque jour voit naître les scènes les plus afRig^eantes. On voit une mère éplorée, suivie de ses enfants à qui la faim arrache des cris plaintifs, venir au milieu de la nuit chercher son mari qu'on a dépouillé du fruit de son travail et qui n'a plus que de stériles larmes à leur ofirir. C'est là que le défenseur de la patrie, oubliant l'honorable fonction qui lui est confiée , vend tout ce qu'il tient de la bien^sance nationale pour satisfaire l'infâme pas^ sion qui le maîtrise et le subjugue. L'ancien ^gouvernement, qui n'était 1 rien moins que paternel, avait cependant prohibé ces perfides maisons de jeu ; le vœu (jénéral est de voir la nouvelle administration 1 User de la même rigfueur à cet ég^ard, elle qui fait du bonheur du I peuple l'objet de ses premières comme de ses plus tendres sollicitudes. On verrait avec plaisir un décret qui prononçât la fermeture de ces lieux funestes. »
Rocsseville'. — « Presque plus d'attroupements ni de tumulte aux portes des boulan(jers. Beaucoup plus de facilité à se procurer du pain.
» Joie du peuple causée par l'arrestation de Pétion, sa traduction ' à l'Abbaye et son prochain ju^j^ement.
» AiTestation faite par le comité révolutionnaire de la section de l'Unité de vingt-quatre personnes suspectes, dont six ci-devant nobles et un ecclésiastique; les autres sont banquiers, notaires ou accapareurs ; ils ont été traduits en prison après la saisie de leurs papiers. Ils craignent beaucoup le renouvellement de septembre 1792, du moins à ce qu'ils disent... Je tiens ces détails du citoyen Philippe, président de la section de l'Unité.
» Quoiqu'il n'y ait point de séances au comité révolutionnaire, néanmoins il y avait au palais beaucoup de groupes dont l'esprit m'a paru fort bon, surtout concernant l'armée révolutionnaire.
» Les groupes des Tuileries écoutaient le père Duchéne avec des applaudissements uniformes, surtout quand il tonnait contic les mus- <;adins et les nobles de la marine. '
» Le Palais-Royal a été très-calme, les cafés étaient vides, sans | doute à cause de la fête de Saint-Cloud.
» Les sections des Piques, des Arcis, des Sans-culottes du Panthéon français, ont déjà opéré le recensement des jeunes gens, depuis tlix-huit jusqu'à vingt-cinq ans. »
' Agent qui prenait le nom, comme Latour la Montagne, de commissaire observateur de l'esprit public.
S78 LA DBMAGOGIE A PARIS.
ÀMX Jacobins. — «^lyënociciatiiin conire KeUeriiiaïui , qin a ipiitté Lyott pour aller en Pkinoat, mai^ la lettre de k toeiélé de Mâoon^ tpÀ ëÉail lanrorable à ce çéaénÀ,
» Lettre île PradhoaaiEie olhraat à la scMiëté mt ouvi-age sur les crkiMS ilea empereurs d'AUemaçne. RqpoDse de la société cjui retiroie à TauleBr COQ écrit es lie priout de faire iaprianer les crines des écnrains soidijtaiit patrioiteft qui se sont laisse corrompre par l'or des eiBpcrear:) et des ministres.
» Arrivée dans ka aoeiélé du noaTel eacadron de cavalerie qm demande à fbnuet* Tavanl-garde de 1 araaée révf>kiftieiMftaHpe.
« Dénonciatiofi dn comté de sareéé g<ettérale remiine «se. PétitkHi à la Gonventiort et inotioii à laire deaiaiD poor le remplacer par mtgaà Beinbres.
» DéiMMKiatioti fortement app»yëe coaÉre le conitë des marchés. «
Le Harivel ^ — « Tout le quai-tier du Gros-Caiïloa a été tranquille; tous les lieux publics étaient remplis de citoyens qui jouaient, bavaient et chantaient des chassons potriotiquesL
• Le palais de TÉgalité, les Tuileries e4 les ChanifM-Ëlysées ont été constamment dég^a(jés. »
BÉBAru •. — « Le pain, dans toute la sectîorr Ai Temple, le quartier Saint-Antoine, la Courtille, s'est dîstrd>uë sans dificiilté ; il en restait encore ce soir chez plusieurs boulangers. *
Guinguettes. — « On voit dans les cabarets des volontaires qui sont à Paris ou par congre ou par désertion ; ils y répandent les bruits les plus- contre-révolutionnaires, en disant que dans toutes nos armées l'on meurt de £dm; que tous les individus, excepté les officiers, meurent dénués de tous les objets les plus nécessaires.
» L'armée révolutionnaire fatig;ue furieusement l'imagination de tous \e;& ai'i^tocratcs ;, ils cherchent des moyens pour en retarder au moins la formation, sous le spécieux prétexte qu'elle ne sera composée que de brig,ands qui ég^orgcront jusqu'aux patriotes les plus distingués.
» Les fédéralistes ont un point de ralliement ; ils se reconnaissent à leurs rubans de souliers^ et quand ils se rencontrent ils s'appellent, en fixant leurs rosettes, hommes du bon ton. Quand on les approche avec des boucles , ils vous rient au nez et s'en vont. »
RoLiv K — « Il existe à Ivry des ci-devast qui mentent d'être
* Autre observateur.
*^ Antre observatewr.
^ Autre observateur.
• SEPTEMBRE 1793. 37t>
:»srveflKî«, entre attires le ci-devant seiçiie«ir et iwe ci-«leirafit i»»iquise ; je ne connais point leurs iatrigues , mai» je sats qu*ils vivent daas reepëirance «l*ttiie contre-ré^ution. Les habitants d'hn^ s'oppMent à ce que les fermiers de lenr canton tmmporteat le«r ïàé et de l*orçe à Pariit ; fl parait qne tes cantons yoîstns veulent en feire autant.
» Sur le quai de la Mégisserie im groupe s'était forme ; je vit un volontaire au milien d'eux, il s'entretenait de Valendennes et .de Goodë; il attribuait la reddition de ces deux villes à la trabison des cbeés des armées. Il ^uta qu'un de ces chef» (de Valeneieniies), actuellement à l'Abbaye, lui avait toujours paru un bon patricAe, et que lors de la capitulation de ceMe ville, il n'avait rien fait sans coesuher ses soldats.
« L'asseoiblée générale de k section éa Panthéon s'occupe séiàiSHr seflaent de la levée en masse des jeuties gens. Elle ne recevra point dans son contingent pour l'armée révolutionnatre des citoyens en état de réquisition actuelle.
» Le comité révolutionnaire est en grande activité et fait les arrestations de gens saspects avec beaucoop de célérité. »
PERRièiiE *. — « Dans les spectacles que j'ai parcourus^ j'ai remai^ que que la Révoluiioa est pai-tout voulue par le peuple, et partout méchamment contranée par le riche. Il résulte que ks petits spectacles fréquentés par la classe la moias aijsée des citoyens présentent dans les spectateurs et les acteurs un ensemble de pali'iotisme bien flatteur pour le républicain, tandis que ceux à la construction desquels a présidé la magnificence et dont le prix des places est cher, ne reçoivent dans leur sein que les enoemis de la liberté ou les indi£Bérents. Il fàvA excepter des graads spectacles celui de La République ; il mérite de poi^r ce nom. C'est là qu'accourent les ardents patriotes, c'est là enfin que la liberté trouve des amis parmi les riches.
■ On y a donné hier Robert, chef y etc. Cette pièce vraiment révolutioimaire renferme deux passages, dont l'un peut être saisi par les aristocrates et l'a été en effet par un ou deux, et l'autre a paru exciter les scrupules et balancer l'opinion des patriotes. Le premier trait est celui où Robert se disposant à combattre trois mille hommes avec sa troupe de trois cents, il compte assez sur l'efïet de leur courage pour en diminuer le nombre encore, en donnant à ceux qui ne se sentiraient point assez de courage pour le combat la liberté de se retirer ; seulement, dit*il, ils renonceront à leur habit mihtaire, et je dirai, si nous
^ Autre obsei'vateuv, *
sommes vaincus : Ce sont... des voyag^eurs que nous avons diipouillés. Ce trait de g[ënérosité a été vivement applaudi.
»■ Le second de ces passag^es est celui ou Robert, averti d'un complot qui se tramait contre lui-même, et recevant du dénonciateur une lettre qui en contenait les détails, se dispose à la lire, mais «'apercevant qu'elle est cachetée, saisi du sentiment du respect, il la met dans son sein et ne la donne à ouvrii' qu'à celui qui l'avait écrite.
». Cette conduite, excitant d'abord dans les spectateurs une admiration tacite qui semblait un blâme secret de la conduite différente tenue par les patriotes à diverses éppques d'insurrection, est bientôt couverte d'applaudissements de la part des patriotes moins, purs ou moins éclairés. Ils ne mettaient point de différence entre la conduite d'un homme privé qui est maître d'agir pour lui seul comme il le juge, et celle que doivent tenir les magistrats du peuple, à qui la vie et le repos des citoyens sont confiés. L'expérience nous a prouvé mille et une fois que la France a toujours été dupe de ces mouvements de générosité.
» Le théâtre de la rue Feydeau ressemble en tout aux Français : le mot sacré de citoyen sert à renforcer le comique d'une position. Je conclus à ce que les mauvais théâtres paiiagent le sort de l'aristcPcratie et à encourager les bons.
» J'ai entendu des aristocrates se réjouir beaucoup de la taxation du bois et du charbon. « Cela ira bien le premier mois, disaient-ils, n mais nous verrons ensuite. » Cette mesure serait-elle en eJGfet dangereuse, ou les aristocrates n'affectent-ils de s'en réjouir qu'afin d'ef^ frayer ?
n Une lettre d'un volontah^e en garnison à Gravelines marque que cette place est bien armée, mais mal approvisionnée. Ce sera donc toujours faute de pain que périront nos soldats et nos projets ! Quelle honte pour les approvisionneurs finançais ! Quelle coupable négligence (le la part des surveillants ! Le même ajoute que deux ofhciers et un aide de camp, ayant laissé leur camp de Cassel pour venir se divertir à Gravelines, avaient été renvoyés à leur poste par les canonniers de cette place. Ces désertions sont aussi coupables que celles qui auraient lieu dans le moment même de l'action. »
Dimanche 8 septembre. — Dans la séance du 7 septembre, la Convention décréta, sur la motion de Fabre d'Églantine, que tous les détenteurs de biens appartenant à des étrangers seraient teims d'en faire, dans les vingt-quatre heures, la
déclaration à la municipalité de leur arrondissement, sous peine de payer une amende égale à leur valeur, en même temps que ces biens seraient confisqués.
Dans la même séance on reçut une lettre, signée Barras et Fréron, commissaires conventionnels à Marseille, dans laquelle ils annonçaient officiellement la prise de possession de Toulon par les Anglais.
« Quant à Marseille, disaient-ils, nous avons partout fait fermer les sections et ouvrir les sociétés populaires avec la plus {jrande solennité ; nous avons fait arrêter tous les bourgeois qui étaient dans les petites villes du département , les agents des sections de Toulon ; nous avons donné ordre de iaire sonner le tocsin dans toutes les communes du département du Var, et de foire marcher tous les hommes depuis seize ans jusqu'à soixante ; la plupart des conspirateurs se sont enfuis à notre approche et ont été chercher un asile à Toulon ; cependant nous sommes parvenus à faire arrêter plusieurs traîneurs; nous les envoyons au fort Saint-Jean , jusqu'à ce qu'ils soient traduits au tribunal révolutionnaire... Partout nous faisons désarmer les gens suspects, ceux qui ne se sont jamais prononcés depuis la Révolution ; quand nous ne trouvons pas dans les villes du département les scctionnaires qu'on nous dénonce , nous ordonnons aux administrations des districts de mettre provisoirement leurs biens meubles et immeubles en séquestre , et tout cela est exécuté, n
Outre plusieurs détails sur les mesures prises pour réduire Toulon, les dépêches de Barras et de Fréron contenaient une dénonciation violente contre Brunet, général de l'armée d'Italie, qu'ils accusaient de complicité avec ceux qui avaient livré Toulon : ce général fut envoyé au tribunal révolutionnaire , et guillotiné depuis ' .
Ce fut le 8 septembre 1793 que Leclerc, rédacteur d'un journal imprimé à Rouen et intitulé la Chronique, fut guillotiné avec neuf de ses compatriotes, pour une prétendue conspiration contre-révolutionnaire *.
Lundi 9 septembre. — Le 8 septembre, on apprit, par une
1 Le 16 novembre 1793.
2 Leclerc fut guilloliué le 5 et non le 8.
3«î LA DEMAGOGIE A PARIS.
lettre du commissaire conventionnel Cassantes , en date de P«iycerdo » «ki 30 aoiit , que les Fran^^^is «tâieni entrés dan5 la Cerdagne espagnole, y avaient planté l'arbre de la liberté et rëvolutiooné ce pays à la manière républicaine.
La section dite du Pont-Neuf vint annoucer qu'elle avait chassé de ^on sein les ari^stocraies et les fédéralistes, et échangé son nom de section du Pont- Neuf contre celai de Section révolutionnaire : la Convention décréta qu'à l'avenir elle porterait Je nom de Révolutionna t^e ,
Mardi 10 septembre. — La veille, les séances des sections avaient été, par décret, réduites à deux par semaine * ; et, conformément à la proposition de Danton , il fut réglé que les citoyens peu aisés qui r«>udraient s'y rendre recevraient quarante sous chaque fois qu'ils y paraîtraient. Cette solde Fut effectivement payée sur les sous additionnels levés sur chaque contribuable.
Dans la journée du 10, on envoya à TAbbaye un homme et une femme auxquels, pour en imposer au peuple, on avait donné le nom à' Elisabeth Pitt et de Benjamin Piu; on feiçnit de croire qu'ils étaient parents du fameux ministre anglais de ce nom.
Dans la société des Jacobins, un jeune homme, nommé JuUien (il touchait à peine à sa dix-neuvième année), fit une sortie violente confia la Convention , qui n'avait pas encore donné au peuple la tête deis fédéralistes , qu'on demandait à grands cris. Hébert (le père Duchéne) dénonça la conduite des commissaires conventionnels dans les départements ; ils y vivaient, disait-il, comme des sardanapales ; c'est peut-être la seule vérité qu'il ait énoncée dans le cours de la révolu* lion. Par suite des délibérations de cette société, le geôlier de la Conciergerie et sa femme furent arrêtés comme ayant voulu favoriser Tévasion de la Reine par un souterrain : ce rapport était de rimagination d'Hébert.
* Elles devaient commencer à cinq heures et finir an pins tard à di\ heures tin s<iir.
Mercredi 1 1 septembre, — La CanTcntion apprit , dans sa séance du 11 septembre 1793, que l'armée républicaine aux ordres du général Tunck avait été , près de Luçon , complé- Lenart battue par les insultés de la Vendée : le systène de cette assenbiée , qui était toii^oars de fiiire retomber s«nr les chids les iButes diBS soldats même les plus lâches, oonfinnâ une délibëratîov de ses cuaunissaires dans ce pays, portanA que le gëaéfal Tunck serait surleNcfaamp mis eu arrestation,
La nouvelle de la levée du siège de Duidberque par les Anglais eontribua à diminacr rimpressioa ftkclieose produite par la defiiite de Tunck. Les Anglais avaient abandonné leur camp et la plus gi*ande partie de leurs munitions de guerre, et s'étaient eninis avec une précipitation incroyable, bien qu'ils fussent commandés par le duc d'York en personne.
Les nottvdies des années sur les frontiànes d'Espagne étaient moins satis&isantes : si le géoeral Dagobert s^était avancé jusque dans la Cerdagne , Perpignan était menaoé d'iHi siège par les Espagnols.
Dans le Midi, une commission des représentants du peuple y farmatt,. pour ainsi dire, une autre Convention , sous Pinflifienee de Barras et de Fréron. Cette commission avait ^ de sa propre antonté, fait arrêter im de leurs collègues, nommé d'Espinassy, comme complice de la prétendue conspiratiQn du général Brunet : et voilà les hommes qui accusaient les antres de tédérafisoM et de rébellion contre la représentation nationale ! Au surplus, la Convention, trouvant bon qu on la désorganisât ainsi partieHement , approuva ce jour l'arrêté de b commission des représentants du peuple réunis à Mar-
Le 11, à la société des Jacobins, on annonça que le mal* heureux BaiUy, ancien maire de Paris, avait été arrêté à Melun ; que l'on n'avait trouvé sur loi aucun papier qui pût le compromettre. Cette observation indigna la société ; on s'écria de toutes parts que les victimes du Champ de Mars étaient des témoins suffisants pour demander vengeance. « N<ous irons à Melun, dit le député Maure, nous vous l'en-
verrons tout vivant , et vous verrez ce que vous aurez à en faire. »
Jeudi 12 septembre, — Une lettre du général Dagobert, lue dans la séance du 12, annonçait que les Espagnols ayant voulu attaquer Tannée française dans son camp de Mont- Libre (Mont-Louis), avaient essuyé une déroute complète; plusieurs colonels se trouvaient dans le nombre des prisonniers; on avait pris, en outre, quatorze pièces de canon, douze caissons et toutes les munitions de T armée espagnole.
On publia deux avantages remportés sur les rebelles, l'un aux Ponts-de-Cé, et l'autre près de Nantes : ce dernier était dû à la conduite du général Beysser, secondé par la garnison de Mayence.
Enfin le général Houchard écrivait, en date du 9, que le nombre des pièces de grosse artillerie enlevées à l'ennemi, près de Dunkerque , était de cinquante-quatre , et que l'armée française était derechef aux prises avec lui , du côté de Furnes.
Dans cette séance, une députation des comités révolutionnaires de Paris vint, au nom de la patrie, remercier la Convention des mesures qu'elle avait prises pour la sauver : ils déclarèrent que la loi relative aux gens suspects devait être exécutée révolutionnairement, et ils prétendirent que Tégalité sur laquelle elle devait reposer était blessée , parce que quelques-uns des suspects arrêtés avaient déjà été relâchés: un homme suspect, ajoutaient ces comités, est mort civilement ; nous demandons que tous les individus arrêtés pour cas de suspicion , mis en liberté par la Convention sans avoir été entendus contradictoirement avec les comités révolutionnaires, soient réintégrés dans les maisons d'arrêt.
On voit par cet exposé quelles étaient déjà les prétentions de ces corporations monstrueuses.
Vendredi 13 septembre, — Dans la séance du 13 septembre, la section des Ârcis fit défiler dans le sein de la Convention
environ quatre à cinq cents jeunes gens de la première réquisition. Gomme la mise de ces jeunes gens n'était pas très-élégante, Chabot observa qu'il n'y voyait point de muscadins; que rintention des muscadins était de rester à Paris pour y monter un coup, après le départ des sans-culottes. Pour empêcher ce malheur. Chabot demanda que tous les muscadins fussent chassés du territoire de la République ; que leurs biens fussent confisqués et distribués aux braves sans-culottes qui allaient défendre la patrie.
La motion de Chabot fut très-applaudie, et renvoyée au Comité.
Letoumeur, de son côté, prétendit que tousles muscadins de la réquisition , qui n'étaient autre chose que des aristocrates, des nobles, des émigrés ou des valets d'émigrés, s'étaientjetés dans les charrois ; ic enfin, dit-il, ce sont tous c/e^ gens qui ne valent pas la peine que le diable les emporte. »
Pendant que Chabot et Letouineur déclamaient contre les muscadins, les femmes révolutionnaires ne traitaient pas mieux leur sexe à la société des Jacobins ; elles priaient instamment leurs firères de se joindre à elles, pour demander à la Convention Tincarcération des filles publiques et des femmes suspectées d'aristocratie.
Une lettre de Couthon, reçue ce jour, annonçait que plus de vingt-cinq mille hommes du département du Puy-de-Dôme marchaient sur Lyon , et que le tocsin en avait réuni un nombre aussi considérable dans le département de l'Ardèche, pour la même destination.
Samedi 14 septembre, — L'armée républicaine aux environs de Toulon, quoique composée d'hommes levés à la hâte, agissait cependant avec beaucoup d'énergie et d'activité autour d6 cette ville. Dans la séance du 14, la Convention apprit que cette armée s'était avancée à une demi-lieue de Toulon, s' emparant des hauteurs qu'occupaient les Anglais et qui dominaient la ville ; que déjà ils y avaient élevé des batteries. D'autres nouvelles, écrites des environs de Lyon,
portaient qu'un parti d'insurgés était cerné dans un bois, entre Montbrison et cette ville.
Dans la séance de la Commune du jour précédent, Hébert dénonça les ipMrigues des divers comités pour placer dans les administrations leurs parents, leurs amis, et faire excuser en même temps les fautes dont ils pouvaient se rendre coupables ; il demanda que le conseil se rendit à la Convention pour ob* tenir d'elle un gouvernement responsable, et la suppression de tous les comités qui avaient empiété sur les fonctions des ministres, et qui ne servaient qu'à entraver la marche du pouvoir exécutif. Ces réflexions étaient très-justes ; et si l'auteur du Père Duchéne n'en eût fait que de semblables, il ne fût pas, allé à l'échafaud chargé de la malédiction publique. Le conseil arrêta qu'il serait fait à la Convention une pétition conforme au réquisitoire d'Hébert.
Dimanche 15 septembre. — Dans la séance du 15, Barère fit lecture de plusieurs lettres, contenant des nouvelles variées. Dubois-Crancé écrivait, du camp sous Lyon, que cette ville ne tarderait pas à être rendue à la République. Les insurgés de la Vendée avaient été chassés des environs de Poitiers, et l'on cessait de craindre pour cette ville; mais du côté du Nord, les Autrichiens avaient battu les Français aux environs de Gambray, et les commissaires conventionnels auprès de cette armée donnaient à entendre que le Quesnoy était tombé au pouvoir des ennemis.
Dans cette correspondance, on remarquait une lettre burlesque de Châles, l'un de ces commissaires. Il n'y avait, disait-il, que la représentation nationale qui n'eût pas remporté la seule victoire qui lui manquait. J'ai prouvé, ajoutait-il, par l'effusion de mon sang, que nos serments n'étaient pas vains. Il parait que ma blessure a feit sut l'armée ta plus .vive impression, et a contribué au succès de cette journée*.
Le 15, on dénonça, aux Jacobins, la ville de Bordeaux
1 Les eunemU avaient été repoussé^ du côté de Lille, où éuit Châles , qni, comme Achille, avait été blessé au talon. (Note du DiurnàL)
SEPTEMBBE 1793. 387
comme s'opposant an recrutement de trois cent mille hommes : c'étaient encore les muscadins qui faisaient cette résistance ; mais les sociétaires annoncèrent en même temps que Tallien, Paganel ' et le général Brune s'étaient rendus dans cette ville, et qu'on devait s'en rapporter à eux pour la mettre à la raison.
Le nommé Desfieux demanda enfin qu'on donnât la mort à Vergnîaud, GuadeC^ Brîssot, etc. Les crimes de ces députés loi paraissaient si évidents que leur condamnation ne devait éprouver aucune difficulté.
Lundi 16 septembre. — Le 16 6e))tembre, le Conseil fut instruit que le malheureux maire Bailly venait d'être conduit à la Force, Cette triste nouvelle fut reçue avec un enthousiasme et par deé applaudissements qui seraient difficiles à concevoir chez un peuple qui ne serait pas encore parvenu au dernier période de la barbarie. Ce conseil fit arrêter MM. Francoeur et Gélérier, administrateurs de l'Opéra, et mit les artistes de ce spectacle en possession de la salie et des magfasins.
Le même jour , une foule de sections vinrent déclarer qu'elles allaient se former en sociétés populaires : celle des Champs-Elysées avait pris le nom de société des Bonnets- Rouges. Pour être admis dans ces réunions, il fallait avoir fait ses preuves, s'être montré d'une manière entière dans toutes les séditions, ou au moins ne s'être opposé à aucune; c'est là que s'élaijoraient les adresses, les pétitions incendiaires ; et lorsqu'elles étaient arrêtées , les frères et amis (c'était le nom que se donnaient les sociétaires) quittaient leur casaque jacobite^ s'il est possible de s'exprimer ainsi, se formaient en sectionnaires, et, de ^ ou de force, ils faisaient sanctionner ce que la société populaire avait arrêté. Cependant le règne de ces sociétés ne fut pas de longue durée; elles ne tardèrent pas à donner de l'ombrage à leur mère (la pre-
1 Paganel fut destitué en quelque sorte de ses fonctions par ses collè- Roes, et ne put se rendre à Bordeaux.
388 LA DËMAOOGiE A PARIS.
mière société des Jacobins), qui, au mépris des droits de la nature, dévora ses filles, naguère si chères , comme Salame ses malheureux enfants.
Le même jour, 16 septembre, la Convention reçut de Saumur une lettre du général Rossignol, en date du 15, annonçant qu'au son du tocsin cent cinquante mille hommes, armés de fusils , de piques , de faux , s'étaient réunis aux troupes conventionnelles, à Thouars, Angers et Saumur, et que sur tous les points on allait porter les plus grands coups. Rossignol annonçait en même temps que l'armée catholique ayant voulu attaquer les républicains le 1 1, avait été repoussée avec perte, et que Santerre avait fait des merveilles : cependant Santerre, rendant compte du même événement au conseil de la Gonmiune, faisait apercevoir qu'il n'était nullement tranquille sur sa position ni sur les intentions des insurgés.
Mardi 17 septembre. — La prétendue loi qu'on va lire peut être appelée le poignard révolutionnaire : cette loi» après avoir frappé les victimes qu'on voulait immoler, fut également funeste aux insensés auxquels elle fut confiée : on voit qu'il est question du fameux décret du 17 septembre, rendu sur la proposition de Merlin de Douai. Cette pièce, quoique connue de tout le monde, est trop précieuse pour ne pas être recueillie avec grand soin , la voici :
Loi des suspects*
La Convention nationale , après avoir entendu le rapport de son comité de législation sur le mode d'exécution de son décret du 12 de ce mois, décrète :
Art, I*'. Immédiatement après la publication du présent décret , tous les gens suspects qui se trouvent dans le territoire de la République et qui sont encore en liberté seront mis en état d* arrestation.