‹ La démagogie en 1793 a ParisChapitre 39 sur 47 · LA VÉRITÉ LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ LA RÉPUBLIQUE

Reproduction de gravures du temps.

» Mais lorsque Taccusateur public (ou son substitut), loin de se rapprocher de la simplicité des Êiits, après les débats et lors de son plaidoyer décisif ou réquisitoire y accrédite toutes les erreurs, toutes les faussetés, toutes les monstruosités que renferment les actes d'accusation, lorsque des laits légitimes, des conversations amicales ou îHq^ motions de club, louables par leur objet et légitimes par le droit y sont présentées par lui comme des complots horiibles, comme des manœuvres exécrables ; lorsque d'une voix de tonnerre, et avec des yeux qui lancent la foudre , il peint comme scélérats contre-révolxitionnaires d'agrestes cultivateurs, de timides atiistes on des clubistcs zélés, je m'indigne contre ce cannibale, contre ce buveur de sany, et, dans la rigueur des principes, je le juge prévaricateur.

Fonctions du président,

» C'est au président qu'il appartient d'ouvrir la séance, de diriger les débats, de maintenir l'ordre dans les discussions et la police dans l'auditoire. L'accusé ne doit parier qu'avec sa permission, et c'est au président qu'il doit adresser les interpellations qu'il veut faire aux témoins.

» Tant que l'accusé s'explique avec décence et sans s'écarter de ce qui est utile à sa justification, le président lui doit l'usage de la parole , tant que l'accusé ne parle que pour prouver la fausseté d'un &it imputé ou la certitude d'un autre fait absolument contradictoire, pour prouver, pour démontrer l'immoralité du témoin et son propre civisme; — lui 6ter la parole, lui en entraver l'usage, c'est empêcher sa défense, c'est l'assassiner. «

Le Tribunal révolutionnaire y d après les estampes du temps.

On a vu que le Tribunal révolutionnaire formait quatre sections. Pendant que deux sections faisaient l'instruction des procès,* les deux autres siégeaient simultanément dans deux salles distinctes. L'une de ces salles, dite de l'Égalité, où ont été jugés Marat , Charlotte Corday, Danton^ a été détruite. Ses fenêtres donnaient sur le quai de l'Horloge. C'est là que Danton, défendant sa vie , fît éclater le tonnerre de sa voix qu'entendit la foule entassée sur le quai jusqu'au pont Neuf. Deux estampes grossières publiées par Prudhomme dans ses Révolutions de Paris donnent une idée de la disposition intérieure de cette salle, et on retrouve encore dans les murs de la première cour intérieure des

prisons la trace des arcades g;othiques qui formaient les tribunes du fond opposé aux fenêtres.

La salle dite de la Liberté est plus célèbre. Là furent jugés Marie- Antoinette , les Girondins , Fouquier-Tinville. La cour de cassation y tient aujourd'hui ses séances publiques. Quelques-unes des tables du tribunal révolutionnaire, reconnaissables à leurs pieds de griffon, ont été conservées. Notre dessinateur, pour rendre aussi complet que possible le dessin que nous publions, s'est servi de deux estampes du temps : l'une, placée en tête du Répertoire du Tribunal révolutionnaire en 1793; l'autre, datée de 1794, faite pour le procès de Fouquier et de ses coaccusés. Aij fond de la salle, sur le mur, sont placés les trois bustes de Brutus, Marat et Lepelletier; au-dessus de deux quinquets, les tables de la loi, le tribunal composé de cinq juges, y compris le président; devant le président, l'accusateur public; à gauche, les jurés; à droite du président, le défenseur; derrière celui-ci, les gradins des accusés. L'accusé interrogé était placé dans un fauteuil fermé qu'on appelait vulgairement le pot. Une balustrade élevée séparait l'enceinte du tribunal de l'enceinte du public, et entre les gradins et cette balustrade se trouvait un couloir qui conduisait à un escalier par lequel les accusés montaient de la Conciergerie au tribunal sans être vus des prisonniers.

Dimanche 29 septembre, 8 vendémiaire. — Dans la séance des Jacobins du 28 septembre 1793, Robespierre se plaignit avec amertume de ce que l'armée révolutionnaire n'était pas encore en activité : cf On laisse en arrière , disait-il , tous les » moyens d'atterrer les ennemis du peuple ; de toutes parts » on les voit relever une tête insolente et se promettre des » succès. Les patriotes dorment, les sans-culottes sont eu- » gourdis, la hache nationale repose, et les traîtres respirent » pour le malheur du peuple et la ruine de la nation. Le tri- » bunal actuellement en exercice semble encourager les cou- » pables par son inertie et son inactivité. Aujourd'hui il n'a » pas tenu séance ; les conspirateurs ont dormi tranquilles, » ils ont pu se promettre l'impunité. »

C'est ainsi que ce misérable appelait Tassassinat, et qu'il épouvantait jusqu'aux bourreaux qui devaient le coi/lmettre.

Une députation d'individus se disant colons de Saint- Domingue vint , le 29 , dénoncer Brissot à cette même Montagne qui avait consacré son système sur les colonies par un assentiment universel. Ce furent ces mêmes hommes qui, ayant déposé au Tribunal révolutionnaire contre ce député, se portèrent ensuite comme dénonciateurs et témoins contre Bamave, dont les opinions sur les colonies étaient diamétralement opposées à celle du parti brissotin , et dans le court espace de six semaines , les firent conduire Tun et l'autre à Féchafaud. La personne qui a rédigé ces extraits a vu la liste des témoins qui fut remise à Brissot lors de son jugement; on y trouvait les noms de Pages, de Bruley et de l'archevêque Thibault. Elle a vu également la liste des témoins déposant contre Bamave : les mêmes noms s'y trouvaient inscrits.

Dans cette séance , une section vint se* plaindre de l'infidélité des cordonniers qui travaillaient pour les armées , et fit voir un échantillon de leur ouvrage : aussitôt l'Assemblée décréta la peine de mort contre les fournisseurs infidèles , et par suite de ce décret, une foule de cordonniers furent guillotinés, uniquement pour avoir fait de mauvais souliers.

Ordre du jour du 29 septembre 1793, Can II de la lie publique

française.

« Le commissaire général invite tous les citoyens, tant canonnicrs que volontaires, qui composent Tarmëe révolutionnaire, de se bien persuader qu'ils sont toujours citoyens des sections de Paris , et de ne pas prendre Tesprit de corps , surtout celui qui a failli de perdre la chose publique en 1792, de fraterniser et ne faire qu*une seule et même famille pour terrasser tous ceux qui voudraient conspirer contre notre liberté.

» De la surveillance, citoyens, et qu'on arrête tous ceux des étatsmajors de nos armées qui n'ont pas une permission du ministre de la guerre de rester à Paris , qui portent de longues moustaches et des

sabres ceints par-dessus leur accoutrement, et qui voudraient en imj^ser avec leur ton d'arrogance. Purgez, citoyens, cette ville de tous les mauvais sujets qui Thabitent, pour que vous puissiez jouir de votre tranquiilitfS.

y» Signé à Toriginal : Rbcordoh , commandant général adjoint. >

Lundi 30 septembre, 9 vendémiaire, — Dans la séance des Jacobins, du 30, on reçut une lettre de Tallien , commissaire à Bordeaux. Défiez-vous, disait-il, des intrigues de la faction girondine, car elle emploiera tous les moyens pour vous tromper. Bordeaux est bien loin d'être rentré dans l'ordre. N'ajoutez foi qu'à ce que nous vous écrirons, Isabeau et moi , chargés de faire exécuter vos décrets ; soyez sûrs que nous serons toujours ici ce que nous étions à la Montagne, inébranlablement attachés aux principes, ne composant jamais avec personne , et voulant faire triompher partout la cause du peuple, en anéantissant le fédéralisme et l'aristocratie. Hier, les sans-culottes ont fait une fête républicaine , dans laquelle la mémoire de Marat et celle de Lepelletier ont été honorées ; c'est un grand pas de fait dans un pays où Ton ne peut prononcer leurs noms sans être honni.

Le conseil général de la Commune avait refusé un certificat de civisme à Palissot, par la raison que, dans sa comédie des Philosophes^ il avait ridiculisé Jean-Jacques Rousseau, dont ce conseil de démagogues voulait à toute forcé faire son patron.

Palissot, qui avait absolument besoin de ce certificat pour recevoir une pension que le gouvernement était chargé de lui payer, envoya sa rétractation des injures qu'il pouvait avoir dites à Jean-Jacques Rousseau. Il cita plusieurs endroits de ses ouvrages dans lesquels il faisait Téloge de l'illustre citoyen de Genève. Quelque barbare que fût Ghaumette, il ne put en exiger davantage. Il fit arrêter, le 30 septembre 1793, que Palissot recevrait son certificat de civisme.

Lettre du gouverneur et cordonnier Simon. (Inédite.) *

Cette pièce, que n'a pas connue l'éloquent et savant historien de Louis XYII, M. de Beauchesne, est du plus grand intérôt. Nonseulement elle révèle l'intimité des relations du cordonnier avec Hébert, mais elle fait allusion, selon toute apparence, à un des incidents les plus tristes du procès de Marie-Antoinette, nous pourrions dire de l'histoire du genre humain. On sait qu'Hébert osa invoquer le témoignage du pauvre enfant contre sa mère pour l'accuser d'un crime sans nom. Simon et lui préparèrent le jeune martyr à cette déposition, par des moyens dont l'enfer a le secret.

L'interrogatoire du prince eut lieu le 6 octobre 1793; mads dès le 30 septembre le cordonnier se crut assuré du triomphe. Ce jour-là , il fait entendre un rugissement de joie et de rage satisfaite : il appelle le Père Duchesne à la curée ; la victime est ' prête, son intelligence est obscurcie, son cœur pétrifié , ses sens sont égarés, le sang, — ah! bien pis que le sang, bien pis que le blasphème, — le crime va s'échapper de ses lèvres. Hâte-toi , Hébert , Simon t'attend ! La Révolution française dans ses annales ne compte pas une page plus hideuse que celle-ci.

Le républicain Simon au patriote, et bougrement patriote , le Père Duchesne.

«Du Temple, le 30 septembre 1793 , l'an II de la République une et indivisible.

» Salut. — Viens vite, mon ami, j'ai des choses à te dire, et j'aurai beaucoup de plaisir à te voir. Tâche de venir aujourd'hui, tu me trouveras toujours franc et brave républicain. ( Ce qui suit est écrit de ta main de Simon.)

u Je te coitte bien le bonjour mois est mon est pousse Jeau Brasse tas cher est pousse est mas petiste bon amis la petiste fils cent au blier ta cher sœur que jan Brasse. Je tan prie de nés pas manquer a mas de mande pour te voir ce las presse pour mois.

n Simon , ton amis pour la vis. »

Ce document fait partie des Archives de l'Empire.

Mardi !•' octobre, 10 vendémiaire. — Dans la séance du 1" octobre, une députation des quarante-huit sociétés populaires de Paris (il y en avait autant que de sections) se présenta à la barre de la Convention, et demanda la mort de Brissot et de ses complices. Cette pétition de cannibales fut couverte d'applaudissements. Thuriot déclara que le vœu des pétitionnaires était celui de la France entière et delà justice elle-même. Il appiiya leur adresse, et fit la motion que le comité de sûreté générale se présentât à la tribune, à deux heures, pour y lire l'acte d'accusation contre Brissot et ses complices. Youland déclara que le Comité était assemblé jour et nuit pour s'occuper de Taftaire des députés fédéralistes, qu'il n'avait pu terminer encore, et qu'Amar, qui devait en être le rapporteur, demandait trois jours pour le présenter.

La Convention décréta, sur la demande de Yillers, que les municipalités étaient autorisées à arrêter tous les approvisionnements et marchandises destinés pour les villes déclarées en état de rébellion.

Ce jour-là , Barère fit un rapport sur la situation' de la Vendée. Il en résultait que cette guerre, qu'on annonçait tous les jours comme touchant à sa fin, était alors tout aussi formidable , et peut-être davantage , que dans son principe. Lés armées immenses qu'on avait employées pour réduire les rebelles se nuisaient à elles-mêmes, et manquaient souvent de subsistances. Les généraux, les représentants du peuple étaient divisés entre eux ; c'était à qui aurait la prééminence sur les autres, et aurait à sa disposition les troupes d'élite : de là la confusion parmi les républicains, et le triomphe des rebelles.

Mercredi 2 octobre, 1 1 vendémiaire an IL — Le 2 octobre 1793, Collot-d'Herbois raconta avec complaisance, aux Jacobins, les nouvelles de Lyon, écrites par Dubois-Crancé, qui se terminaient ainsi :

« Les Lyonnais, attaqués le 19 sur quatre points à la fois, » ont été repoussés partout ; nous sommes à Perrache , aux

OGTORHE 1793. 431

» Brotteaux et sur Sainte- Fois. L'horizon est chaîné de » flammes et de feax; tous les Brotteaux sont incendiés, Per* » rache brûle, et il fait grand vent. Le^ troupes de la Repu* n l>lique ont pris dix pièces de canon. Victoire ! »

On discuta dans cette société, d'une manière fort curieuse, la conduite que devait tenir le Tribunal révolutionnaire dans l'afi&ire de Brissot , Hébert et un nommé Brochet. Ils prétendirent que le tribunal devait se contenter d'établir la cul* pabilité de Brissot, déclarer ensuite que les autres étaient ses complices, et les envoyer ainsi successivement à la mort, sans autre forme de procès.

Après avoir tâché de ridiculiser sainte Geneviève, qui n'avait rien à faire dans cette discussion, Ghénier fit décréter, dans la séance du 2 octobre , que Descartes avait mérité les honneurs dus aux grands hommes, et que ses cendres seraient déposées au Panthéon , avec cette inscription : A u nom du peuple français, la Convention nationale à René Descartes. 1793, l'an II de la République,

Si la mémoire de Descaiies pouvait être flétrie, elle le serait sans doute par une pareille apothéose.

Jeudi 3 octobre, 12 vendémiaire an II, — Ce fut dans la séance du 3 octobre 1793 que le farouche Amar parut à la tribune. Il exigea que, par un décret, la Convention se consignât elle-même aux portes du lieu de ses séances, et qu'aucun des spectateurs répandus dans les galeries publiques n'eût la feculté d'en sortir avant la décision qui allait être portée, n lut ensuite, au nom du comité de sûreté générale, un acte d'accusation, ou plutôt de proscription, contre ses collègues, dont voici les noms :

Brissot, Yergniaud, Gensonné, Guadet, Duperret, Carra, Bruslard, ci-devant marquis de Sillery; Caritat, ci-devant marquis de Condorcet; Fauchet, évéque du Calvados; Doulcet, ci-devant marquis de Pontécouiant; Ducos, député de la Gironde; Boyer-Fonfirède , Gamon, Mollevaux, Gardien, Dufnche-Valazé, Valadi, Vallée, Duprat, Mainvielle, Dela-

haie; Bonnet» delà Haute-Loire; Ghambon, de la Corrèze; Lacaze, de la Gironde; Lidon, Defermont, Mazuyer, Savari, Lehardy, Hardy, Boileau, de Lyonne; Bouyer, Antiboul, Lasource, TEsterpe-Beauvais » Isnard, Duval, de la Seine- Inférieure; Devérité, Bresson, Noël, Goustard, Andrei, de la Corse; GrangenêuTe, Vigée, Philippe-Égalité.

Parmi les députés dont on vient de donner la liste, plusieurs étaient à la séance. Quelques-uns voulurent élever la voix, on refusa de les entendre; on les fit passer à la barre les uns après les autres , et ils furent livrés aux gendarmes.

Dans son rapport, qui dévoue à un étemel opprobre ceux qui en ont adopté les principes, Araar dénonça les signataires d'une protestation contre les événements du 31 mai. Aussitôt une multitude d'énergumènes demandèrent qu'ils fussent également décrétés d'accusation. Bobespierre s'y opposa, et fit arrêter qu'on ne prendrait aucune délibération sur cet objet avant d'avoir entendu un nouveau rapport. Ge n'est pas la seule circonstance où le sanguinaire Bobespierre s'est montré moins atroce encore que ceux qui l'ont écrasé. — En attendant , les soixante-treize signataires furent mis en arrestation.

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