‹ La démagogie en 1793 a ParisChapitre 43 sur 47 · A LA RAISON · texte numérisé non relu

A LA RAISON

Augusie compagne du sage, Détruis les rêves imposteurs; D'un peuple libre obtiens rhommage.

Viens le gouverner par les mœurs.

O Raison, puissante immortelle!

Pour les humains tu.Hs la Loi!

Avant d*être égaux devant elle.

Ils étaient égaux devant toi.

Inspire à Tactive jeunesse Des exploits Tillustre désir; Accorde à la sage vieillesse Uu doux et glorieux loisir.

?iOVEMBRE 1793. 585

Vibtiiued d'I 11 térè es contraires, Les iiumaiiis s'opprimaieiu entre eu\; Réunis tous ces peuples frères Dont les rois ont brisé les nœuds.

Ton éclat, eveinpt d*imposture, Ressemble à l'éclat d'un beau jour, Ta flamme bienfaisante et pure Rallume les feux de l'amour.

Sur tes pas, austère sagesse.

Amène l'aimable gaité; Des arts la troupe enchanteresse Vient couronner la liberté.

M. J. Chénier.

Extraits des rapports de police (30 novembre).

•• Les murs de Paris sont couverts d'afîiches qui attirent l'attention <les patriotes. V Observateur et la taxe des denrées attirent singulièrement leur attention.

» Au jardin Égalittî on a arrêté et conduit à la caserne de la Gourtille un de ces of&ciers oisits et tapageurs qui s'y promènent sans cesse au lieu d'être à l'armée.

I» Les ouvriers qui se trouvent en grand nombre à la maison commune sur la place, h l'heure des repas, se réjouissent de la diminution des denrées, de l'ardeur de la jeunesse en réquisition , et particnlièrement du prochain triomphe de la République.

9 On s'est plaint hier aux Jacobins d'un premier commis des subsistances qui entretient l'inquiétude du peuple , et dit que la France n'est pas assez fournie pour nourrir les habitants.

fl Les marchands de bois ont fermé leur chantirr, disant qu'ils ne l'ouvriront que lorsqu'on aura proclamé le décret au son du tambour.

» Un officier du poste de la rue Saint-Denis voulant fiaiire le maniement des armes tua par imprudence deux citoyens d'un coup de fusil. Il serait à souhaiter que l'inspection des armes se fît exactement à la garde montante.

» 11 y a eu du tumulte au théâtre de la République à l'occasion de la première représentation de la Huila de Samarcande ou le Divorce Jtartare, Dès le second acte, le public a témoigné son impatience, et pendant le reste de la pièce il a donné des marques de la plus gi'ande improbation. Les sifBets ayant enfin cessé , on a demandé l'auteur ; un des acteurs nommé Desprez s'est présenté de Tair le plus insolent,

il a dit que l'auteur était dans la Vendée , où il combattait les ennemis de sa pièce. Alors le tumulte d'augmenter; on demandait à grandes cris Després, il a paru, a essayé de se justifier : A g^enoux! lui criaiton. Un des directeurs du spectacle s'est permis d'introduire la force armée, qui s'est emparée d'un citoyen. L'officier de g[arde est accouru, a fait relâcher le citoyen et retirer la garde. Després s'est enfin justifié assez mal, et l'on s'est en allé tranquillement. »

Dimanche 1" décembre y 11 frimaire. — On apprit, le 1*' décembre 1793, que les Piémontais, qui jusqu'alors avaient été maîtres de l'entrée de la vallée de Barcelonette en Savoie, en avaient été chassés par les troupes françaises, qui avaient pris et pillé leur camp.

Dans la même séance, la Convention reçut une lettre de Fouché de Nantes et de Gollot-d*Herbois, qui lui envoyaient le buste de Ghàlier. n Citoyens collègues, écrivaient-ils, nous » vous envoyons le buste de Châlier et sa tète mutilée, telle » qu'elle est sortie pour la troisième fois de dessous la hache » de ses féroces meurtriers. Lorsqu'on cherchera à émouvoir » votre sensibilité, découvrez cette tète sanglante aux yeux » des hommes pusillanimes, et qui ne voient que les indivi- » dus; rappelez -les, par ce langage énergique» à la sévérité » du devoir et à l'impassibilité de la représentation nationale. » C'est la liberté qu'on assassine dans Chàlier. Point d'indul- » gence, citoyens collègues , point de délai , point de lenteur » dans la punition du crime, si vous voulez produire un effet » salutaire. Les rois punissaient seulement parce qu'ils étaient » faibles et cruels; la justice du peuple doit être aussi » prompte que l'expression de sa volonté; nous avons pris » des moyens efficaces pour marquer sa toute-puissance, de » nianièœ à servir de leçon aux rebelles. »

Toutes les lettres qu'écrivaient ces deux enragés étaient autant de provocations à la destruction et à regorgement de respcce humaine. L'un de ces monstres existe encore en France; il est parfaitement tranquille; on prétend même qu'il joue un rôle assez important.

DECEMBllE 1793. 537

Ce fut le l*' de ce mois que le conseil delà Commune, sur le réquisitoire de Cliaumette , organisa les cérémonies de la religion nouvelle en Thonneur de la divinité Raison. Les mères de fahiille devaient y amener leurs enfants, les instituteurs leurs élèves; les vieillards devaient y présider, et des précepteurs de morale et des droits de Thomme y faire des prônes. Ce culte a duré jusqu'au moment où ses prêtres, poursuivis par Robespierre , furent jetés dans les prisons , et de là conduits à l'écliafaud.

Le même jour, Danton, qui commençait à sentir qu'il fallait un ordre public en France, demanda que les députés en mission ne pussent prendre aucune mesure générale sans un décret de la Convention. On se contenta de renvoyer cette motion au Comité de salut public. Combien de forfeits auraient été épargnés, ne fût-ce que par la honte, si la proposition de Danton eût été adoptée !

Lundi 2 décembre, l2*jT{maire, — La loi sur les suspects portait qu'on considérerait comme tels tous ceux à qui leur municipalité ou leur Comité révolutionnaire aurait refusé un certificat de civisme. Ainsi, dès qu'un membre de quelqu'une de ces agrégations voulait, par caprice ou par vengeance, faire mourir de faim ou incarcérer un malheureux qui avait besoin d'un certificat de civisme, il le dénonçait comme royaliste, signataire ou fédéraliste; personne n'osait réclamer, et le pétitionnaire était jeté dans les fers. Mais voici ce qu'il fallait avoir fait et n'avoir pas fait pour obtenir un certificat de civisme, d'après un arrêté du conseil de la Commune, pris sur le réquisitoire de Cliaumette, le 2 décembre :

1* Il faudra produire l'extrait de son enregistrement dans la garde nationale depuis le commencement de l'année 1790, pour ceux seulement qui étaient à cette époque nommés actifs ;

2* Produire des quittances de contributions patriotiques et d'impositions de 1791 et 1792 ;

3^ N'avoir occupé qu'une place à la Fois depuis le 10 août, et n'avoir touché qu'un traitement;

4* N'avoir fait aucun écrit contre la liberté ;

5" N'avoir été d'aucun club proscrit dans l'opinion publique, tels pour Paris, que ceux Monarchien, Feuillant, Sainte-Chapelle , Massiac et Montaigu ;

6' N'avoir été rejeté d'aucune société populaire, telle, pour Paris , que des Jacobins et des Gordeliers , lors de leur épuration;

7** N'avoir signé aucune des pétitions proscrites, telles, pour Paris, que celles des huit mille et des vingt mille, contre la translation de Voltaire et contre le mariage des prêtres, lors même qu'on se serait rétracté sur-le-champ.

Si tous ceux qui se trouvaient dans les cas énoncés dans l'arrêté que Ton vient de lire eussent demandé des certificats de civisme, les trois quarts au moins de la population de Paris auraient été mis en prison.

Ordre général.

* Lo coraïuissaire (jencral invite les commandante de section à lui donner Tétat des postes qui n'ont pas de capottes ; il espère que la nécessité de sa demande n'epprouvera aucun retard.

» Mes camarades , voici un fait qui me réputé à vous réciter. Le citoyen qui m'écrit s'explique ainsi : « Hier entre neuf et dix heures « <hi soir (c'est l'avant-dernière nuit) deux citoyens de garde amené- « rent icy, de l'ordre du Comité révolutionnaire de leur section , un » mauvais citoyen dont Técrou porte que ledit un tel n*a cessé de » nous paroftre suspect , en vertu des pièces suspectes trouvées dans » ses papiers : je demandai à ce riche muscadin , qui avoit une vache » pleine sur sa voiture , s'il étoit bon patriote , il me répondit qu il M étoit même républicain : l'un des deux gardes dit : nous l'avons » toujours connu pour bon citoyen, il a fait beaucoup de bien. Il » iàut observer que le citoyen de garde, a gardé ce muscadin pendant » cinquante-deux jours : je n'ai pu m'empécher de luy dire que la » soupe du riche muscadin, et quelques assignats, lui faisoient oublier » la dignité de républicain. On a vu des citoyens de garde s'avilir en » portant les paquets des riches suspects et destinez à la détention.

» On en a vu également ne pas jouir de la plénitude de leur raison , 1 en nous amenant lesdits détenus. Je pense qu'il est de l'intérêt » public que ma lettre soit publique affin que les sections fassent un » meilleur choix de ceux auxquels ils confient la g^arde des ennemis » de la République. •

n Eh bien , mes amis ! g^émissons de ce qu'il existe encore parmi nous des hommes si peu dighes de la liberté de cette austérité qui distingue le républicain français de Tesciave des tyrans. Un citoyen qui reçoit de son ennemi un bienfait , n'est ni probe , ni vertueux , ni républicain, c'est un méprisable esclave.

» Épurons la société de cette espèce d'hommes, désarmons-les, ils ne sont pas dignes d'éprouver avec nous les doux sentiments de la liberté et de l'égalité.

« Le service général à l'ordinaire. Signé à Toriginal : HàimiOT, commandant général. «

Mardi 3 décembre, \^ frimaire. — Depuis le 31 mai, la Révolution était devenue une véritable entreprise, dont la Convention avait délégué l'exécution à ses commissaires dans les départements , qu'on a trop honorés en les désignant sous le nom de proconsuls, car ils n'étaient autre chose que des machines qu'elle faisait mouvoir pour bouleverser la France, et elle les faisait rentrer dans le néant après en avoir tiré parti.

Dans la séance du 2 décembre 1793, un de ces commissaires, nommé Dubouchet, écrivait naïvement qu'il ne se sentait pas assez fort pour pouvoir révolutionner lui tout seul le département de Seine-et-Marne; qu'en conséquence il s'était adjoint des patriotes énergiques, à l'aide desquels il arriverait à un résultat qui ne laisserait rien à désirer.

Le 3 du même mois, la Convention reçut une lettre du tribunal révolutionnaire siégeant à Lyon , qui alors portait le nom de Ville-Affranchie. Ce tribunal était présidé par un comédien nommé Dorfeuille , digne émule et compagnon de Collot-d'Herbois. « Citoyen président, écrivait-il, chaque » jour le glaive de la loi fait tomber par trentaine les têtes » des conspirateurs de Ville-Affranchie. La nation sera éton-

n née de la profondeur et de retendue des complots que les » scélérats avaient tramés contre la République. Les deux M tribunaux, occupés sans relâche des fonctions qui leur » sont confiées , ont envoyé déjà plus de deux cents contre- » révolutionnaires à la mort. » Cette lettre était terminée par un déluge de mensonges et de calomnies contre les malheureux qu'on assassinait.

Dans la séance des Jacobins du 3, des patriotes du Havre vinrent demander que, pour comprimer les aristocrates de leur pays, on leur envoyât un détachement de l'armée révolutionnaire avec une guillotine ; enfin qu'on leur accordât un local assez spacieux pour se réunir en société populaire. Danton combattit cette demande. Coupé de FOise la sou-, tint, prétendant que tous les domaines nationaux appartenaient au peuple, et qu'il avait le droit de les occuper. Danton, accusé de modérantisme à ce sujet, profita de l'occasion pour faire l'apologie de sa conduite révolutionnaire qu'on avait paru suspecter, et demanda à s'expliquer devant le peuple, et à être jugé par lui.

Robespierre fit l'énumération des griefs reprochés à Danton; mais changeant tout à coup de langage, il se déclai*a le défenseur de celui qu'il avait semblé dénoncer. Quand on réfléchit sur ce qui s'est passé depuis, on ne saurait s'empêcher de croire que la prétendue apologie de Danton par Robespierre n'ait été une perfidie raffinée de ce dernier, pour perdre plus sûrement son rival.

Mercredi^ décembre, \ài frimaire. — Peu s'en fallut que la France ne fût obligée de céder aux puissances qui l'attaquaient, faute de poudre pour le service des armées; on manquait de matières premières, même de bras pour les confectionner. Le Comité de salut public trouva le moyen de s'en procurer par une opération qui ne pouvait être imaginée que dans les temps révolutionnaires où l'on se trouvait alors. Le 4 décembre, il fit rendre un décret portant que chaque citoyen serait tenu de fouiller le terrain de sa cave.

ou les décombres dont il pourrait être propriétaire, pour en extraire les terres impréguées de salpêtre qui s'y trouveraient. Le Comité de salut public avait imaginé le moven> et publié l'instruction nécessaire à cette opération. Celui de sûreté générale et les Comités révolutionnaires se chargèrent de l'exécution. Quiconque n'avait pas fourni de salpêtre ou travaillé à l'exploitation des terres qui le contenaient était regardé comme suspect. Pour éviter la terrible arrestation, chaque citoyen mettait sur sa porte une inscription de cette nature : Pour donner la mort aux tyrans, les citoyens logés dans cette maison ont fourni leur contingent de salpêtre. On trouve encore dans plusieurs quartiers de Paris des inscriptions semblables.

Quoi qu'il en soit/ si le Comité de salut public n'eût pas commis d'autres vexations que celle-là, on lui pardonnerait volontiers la fabrication révolutionnaire du salpêtre; on pourrait même lui en fiaire un titre de gloire. Le rapport sur cette fabrication fut fait par Prieur de la Côte-d'Or. Il est peut-être vrai de dire que cette o|>ération hardie a empêché la France de tomber au pouvoir de l'étranger.

On apprit le même jour que l'armée du Rhin avait remporté un avantage considérable sur les Autrichiens, et s'était emparée du poste important de Kaiserslautern.

Dans la même séance, la Convention termina l'organisation du gouvernement révolutionnaire , auquel elle se contenta, par amendement, de donner le nom de provisoire \

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