I. Séglas. Idées de négations, p. 2. In Cliniques mentales
de sa voix, le contact de ses mains, etc., et cependant il y manque ce je ne sais quoi d'essentiel distinguant l'apparence de la,, réalité. Néanmoins il sait encore reconnaître, puisque la présentation d'un objet provoque de sa part telle négation particulière... Lui présente-ton, par exemple, une rose, sans mot dire, il s'écrie : « Ce n'est pas une rose 1 » L'idée et le mot lui restent, mais lui paraissent, en quelque sorte'; vides de leur contenu, selon l'expression
de COTARD*.
Il semble que l'aberration des perceptions actuelles ne s'étende pas toujours en même temps aux perceptions anciennes ; les malades doutent seulement des gens dont on leur parle sans les leur montrer, alors qu'ils nient formellement ceux qu'on leur présente.
Les perceptions actuelles sont méconnues et niées dans leur objet, les images enregistrées à une époque où la mentalité n'était pas entamée sont encore reconnues normales, jusqu'à ce que, à leur tour, elles s'altèrent, comme celles correspondant aux acquisitions ultérieures. Cette dissociation progressive de la synthèse mentale implique donc un processus rétrograde, un délire rétrospectif spécial. A mesure que les phénomènes se dessinent, d'ailleurs, les tendances négatrices s'accusent ; le malade en arrive à nier, non plus l'objet perçu, mais aussi les perceptions mêmes de la vue, de l'ouïe, du tact, etc. Gomment pourrait-il voir, sentir, toucher, puisqu'il n'a ni yeux, ni oreilles, ni mains..., plus rien.
A ce propos, il n'est pas sans intérêt de noter
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Tordre dans lequel s'altèrent les différents éléments constituant l'ensemble de nos perceptions psychosensorielles. Les données relatives au sens interne et aux perceptions organiques cénesthésiques semblent constamment méconnues les premières. Les malades se plaignent souvent d'altérations viscérales : on leur a changé leur cerveau ; ils n'ont plus de cœur, de poumons, de foie, etc.
Le sens musculaire s'altère ensuite. Le négateur méconnaît ses propres mouvements, les attribuant à d'autres ou à un mécanisme inerte. Finalement, il les nie. En dernier lieu, la sensibilité tégumentaire (sens externe du tact et sens spéciaux) est, à son tour, l'objet de la même aberration ; le monde extérieur disparait également, dans le présent, d'abord, puis même dans le passé.
Comme on l'a dit, les sens externes circonscrivent la personnalité, mais ne la constituent pas ; aussi comprend-on que tous les phénomènes morbides puissent ici être rapportés à la perte initiale du sentiment de l'individualité propre, conséquence fatale d'une altération cénesthésique démentielle.
C'est par la perception obscure inconsciente, mais continue, que nous nous sentons exister. De cette notion, nous tirons celles d'autres existences analogues, causes, comme elle, des phénomènes perçus. Le substratum essentiel de ces notions premières mamquant, le lien qui unit les phénomènes à la notion de réaUté afiBrmable est rompu ; rien n'est plus.
La différence qu'il y a entre ces extinctions des perceptions ou souvenirs cénesthésiques (et, secondairement de la personnalité) dans les démences brusques
et dans les démences lentement progressives consiste dans une phase plus ou moins nette de dissociation de la synthèse psychique correspondant à la période intermédiaire entre l'état normal et l'état démentiel confirmé. Les démences progressives par délire chronique systématisé sont celles où la gradation s'observe avec le plus de lenteur et de possibilité d'analyse psychologique, mais à la condition de suivre les mêmes malades durant des années et avec grand soin et attention.
On peut dans certains cas de délire chronique assister à une renaissance d'un moi nouveau sur les vestiges de l'ancien après une première période de désagrégation psychique.
Aussi a-t-on dans ces cas de démence des délires chroniques proposé le terme de pseudo-démence, à cause de la persistance de ces éléments vivaces de la synthèse psychique ancienne, à la différence des démences autres où elle sombre plus intégralement et plus définitivement.
Nous en citerons un exemple sur la voie de la démence bien qu'encore à la phase de mégalomanie seulement.
T... est aliéné depuis lo ans; il a commencé par être hypochondriaque persécuté durant 5 années.
Aujourd'hui il manifeste nettement une hypertrophie croissante du moi, après avoir changé de personnalité. Il raconte, en effet, avec des détails très circonstanciés que le nommé T... (son nom) est un individu qui a été assassiné dans des conditions mystérieuses et compliquées, dont seul il a le secret.
Lui est un noble étranger, d'origine russe, il parle
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toutes les langues vivantes ou mortes et les écrit (cryptographie fantaisiste), il écrit des télégrammes fréquents aux ambassadeurs, en écriture cryptographique dont seul il a la clef. Quand on lui présente des étrangers, il les toise et leur parle leur langue ! Il peint et dessine des compositions d^ailleurs très curieuses et variées.
Il a composé tout un herbier dessiné, recréant la flore à nouveau ; les fleurs, feuilles et fruits sont inexistants ou représentent, dit-il, des espèces disparues ou exotiques dont il donne les noms.
Il proteste contre la non-remise des réponses à ses télégrammes, et à la lecture des journaux reconnaît tous les événements comme l'exécution de ses ordres de la veille.
A la nouvelle de l'éruption de la montagne Pelée, il a dit : « Voilà comme je les châtie ! c'est moi qui l'ai déchaînée » et ainsi de tous les grands événements : guerre russo-japonaise, grève de Limoges, etc., etc.
C'est le déjà voulu comparable au déjà vu.
Il peint, mais tout ce qu'on lui montre à copier, c'est lui qui l'a fait déjà. Les Téniers c'est lui qui les a faits, ainsi que toutes les œuvres d'art ancien. «J'ai fait cela il y a 600 ans », dit-il. C'est le déjà vu et déjà fait sur toute la ligne.
On voit ici, tout ensemble, le moi se désagréger et s'hypertrophier ; ses limites dans le temps et l'espace devenant indistinctes, il parait s'amplifier.
— On peut rapprocher des déments paragraphiques, les nombreux délirants chroniques, caractérisés par une altération typique du vocabulaire parlé ou écrit. Ces malades, croyant conformer leur attitude,
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leur mimique et leurs expressions à une personnalité
Fio. 9. — Écritare cryptographique
nouvelle extraordinaire, abandonnent leur langage courant habituel, et s'expriment en des termes stéréo-
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typés correspondant à des caractères graphiques in-
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de démente vésanique.
solites, bien que systématiques, mais n'ayant de sens que pour eux seuls.
D' Marie. « 4
C'est une cryptographie incompréhensible paraissant posséder cependant parfois une clef, car ces malades n'altèrent au début que certaines lettres ou certains mots, surtout la signature ou les pronoms correspondants à leur personnalité (je, moi, mon, etc.), ces aberrations graphiques semblent progressives, et on voit l'écriture partiellement altérée et coïncidant avec la conservation de l'écriture normale faire peu à peu place à l'écriture cryptographique pure, où ne subsiste parfois plus aucun caractère normal. L'altération parallèle du langage parlé s'observe de même suivant une gradation identique.
L'attitude générale, l'habitus extérieur et la mimique s'altèrent également.
On observe alors chez ces mêmes déments ces bizarreries typiques du costume, ces attitudes hiératiques ou ces expressions d'une majesté bouflFonne, attestant la conviction en une personnalité finale grandiose.
Des gestes, des incantations accompagnent souvent les particularités de la tenue et de Taccoutrement de ces déments, chez lesquels peuvent encore persister des vestiges du courant initial de persécution. L'accoutrement s'en ressent aussi, et parmi des particularités du costume s'en combinent qui répondent à des moyens de défense, conjointement avec certains gestes et formules conjuratives parlées ou écrites.
Nous donnerons, à propos des particularités de l'expression, de la mimique et de l'écriture de ces déments, des figures qui montreront ces particularités mieux que des observations longues.
Il est à remarquer que ces stéréo typies du geste,
de la tenue, de l'expression de ces déments les rapprochent de certaines stéréotypies d'emblée de déments précoces où un délire rapide a pu, au début, en permettre la genèse, mais où la mentalité rapidement déchue n'a laissé que la coque extérieure, si l'on peut ainsi dire, des manifestations dont la psychose active s'était enveloppée.
Amnésie démentielle des représentations de sensations EXTERNES. — Daus les altérations de la personnalité des déments jusqu'ici envisagées, nous avons déjà rencontré à chaque instant des contre-coups d'altérations des autres facultés en particulier de la mémoire et du sentiment, c'est que les catégories psychologiques artificielles que nous distinguons n'ont rien k faire avec les réalités et que les séparations théoriques auxquelles nous nous astreignons n'ont de fondée que l'incapacité où se trouve notre esprit d'envisager d'ensemble la complexité de phénomènes étroitement unis.
Nous conserverons néanmoins l'ordre adopté pour l'examen des états de la mémoire dans la démence.
C'est elle qui subit les premières et les plus profondes transformations et altérations dans les diverses démences et ses plus fréquentes aberrations consistent dans les amnésies progressives variées.
Le^ amnésies progressives^ dit Ribot, sont celles qui, par un travail de dissolution lent et continu, conduisent à Fabolition complète de la mémoire*. Cette définition est applicable à la plupart des cas de démence ;