I. Année psychologique, (900, p
I. — Réponses qui ont un certain rapport avec l'objet considéré :
a. Ressemblances vraies, sensorielles, qui s'expliquent d'elles-mêmes.
b. Ressemblances partielles; l'objet reconnu ressemble partiellement à l'objet réel.
c. Rapport interne, logique entre l'objet reconnu et l'objet réel (poire prise pour un raisin, un col pour une manchette, etc.).
IL — Réponses qui n'ont aucun rapport avec l'objet présenté.
Les réponses de cette seconde catégorie sont souvent dues à un phénomène que les Allemands appellent Haftenbleiben, et que Ton a traduit par intoxication par Vidée ou le mot précédents. Ce trouble est du même genre que celui que Pick(i 19) a appelé p.9e«rfoapraxie : si un malade s'est servi, par exemple, d'une cuillère, et qu'on lui mette dans la main une clef, il se mettra à puiser sa soupe avec cette clef. Un malade de NoDET a reconnu une épingle au toucher : une orange qu'on lui tendra servira pour lui à mettre des épingles ; celui de Heilbronner (obs. i) tire la langue sur demande; si on le prie ensuit^ de fermer les yeux, etc., il continue invariablement à tirer la langue. Quoique plus apparente dans le domaine des actes, cette influence de l'idée précédente sur la représentation actuelle se manifeste aussi à propos de la reconnaissance (Claparède, /. c).
« Il est très probable que la raison de ces réponses fausses est à trouver dans l'ajustement cérébral tel qu'il existe au moment considéré : chez des personnes saines, le même buisson vu au clair de lune pourra
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sembler un animal ou une personne, ou tel autre fan-tôme, selon la disposition d'esprit du personnage. Nous touchons encore une fois du doigt l'influence des images dans la perception. Chez le malade de NoDET, vieux jardinier, une fourchette est un râteau ; une bouteille est une plante ; une clef sert à mettre des graines, etc. Si l'on place le malade dans certaines conditions, il arrivera peut être à reconnaître des objets ignorés un instant auparavant. Bernheim avait déjà remarqué le fait. Nodet (p. 71) également : « On conduit le malade à table pour manger, et il se sert correctement de la fourchette qu'il n'avait pas reconnue isolée ; on lui présente une montre en lui demandant l'heure et il reconnaît la montre que l'instant d'avant il n'avait pu identifier, etc. » Le malade d'HEiLBROSMER (obs. i) se sert correctement des objets usuels, mais seulement dans la manière habituelle et au milieu des autres objets usuels. Ainsi, il sait se servir de sa cuillère pendant les repas ; mais, dans le courant de la journée, il ne la reconnaît plus, et s'en sert, par exemple, pour écrire. »
Les figures qui sont les plus sujettes à n'être pas reconnues sont les figures humaines. C'est là, en effet, où il importe le plus que les signes soient présents en grand nombre à la fois pour marquer la personnalité à laquelle ils se rapportent.
Il arrive fréquemment, par contre, que les malades reconnaissent au son de leur voix les personnes qu'ils n'identifiaient pas à la vue (Laehr, etc.). C'est ainsi que les sens se suppléent mutuellement ; le malade de Bernheim ne pouvait reconnaître une clochette à la vue, mais bien en l'entendant sonner ; dans un
grand nombre de cas, l'objet pour lequel il y aicécité est reconnu par le toucher (Freund, &5, abs> i, Bruns et Stoelting , Farces , Lissauer , Vorster ,
MûLLER, obs. I, KtJNSTERMANN, etc).
« Ce sont ces cas de suppléances qui sont intéressants pour le psychologue. Ils permettent de se . rendre compte de la valeur respective des divers sens de la connaissance du monde extérieur. Mais cette suppléance n'est probablement qu'apparente dans un grand nombre de cas. Lorsqu'un malade entend la voix d'une personne qu'il n'a pas reconnue visuellement, cette voix ne fait peut-être qu'éveiller l'image visuelle affaiblie, et par l'intermédiaire de celleci, met enjeu les nombreuses associations secondaires. Il en est de même pour la suppléance par le toucher. Certes, les images auditives et tactiles sont bien le point de départ, elles aussi, de multiples associations ; mais, peuvent-elles se passer entièrement du renfort de l'image visuelle? C'est là la question. Il est vrai que, dans la cécité psychique, cette représentation visuelle sera elle-même ou détruite, ou isolée par trouble des associations ; mais, une représentation est un composé de beaucoup d'images supposant un grand réseau associatif, dont il restera toujours quelque partie pour renforcer l'identification par l'ouïe ou le toucher. La question ne pourra être éclaircie que par un examen psychologique des malades tendant à vérifier si le fait de toucher etd'entendre un objet leur en facilite lareprésentation visuelle : Wolpf (p. 36) pense que, sous ce rapport, l'ouïe se comporte autrement que le toucher ; à la suite de recherches qu'il a faites sur quelques sujets et sur lui-même, il est arrivé à cette conclusion
que, lorsqu'on palpe une montre, on ne la reconnaît qu'après se l'être représentée visuellement; au contraire, lorsqu'on en entend le tic tac, la reconnaissance est immédiate. Pour d'autres objets il en est autrement : avant de reconnaître un porte-monnaie ou un canif au bruit qu'ils font en se fermant, on les voit mentalement. Ces expériences délicates méritent d'être reprises ; on ose à peine espérer pouvoir les faire sur des malades. Dans le cas de cécité psychique rapporté par Burr, une montre, qui ne rappelait rien à la vue ni au toucher, était reconnue au tic tac. « Pour ce €[ui concerne plus spécialement la reconnaissance des objets peu familiers par le toucher il est certain — ainsi que des expériences entreprises au Laboratoire de Genève l'ont montré * — que la pré^ sence des images visuelles est indispensable. Mais pour les objets très familiers, celles-ci n'apparaissent pas à l'introspection. Nous trouvons dansl'intéressanteobservation de Lépine quelques détails qui semblent parler dans le même sens: à la vue, le malade reconnaît « toujours et sans l'ombre d'hésitation » les objets qui lui étaient familiers avant sa maladie. Mais pour les objets d'un usage moins fréquent, il y a hésitation ou impossibilité à les reconnaître ; on lui montre une seringue de Pravaz ; après l'avoir bien examinée il déclare être incapable de savoir à quoi cet objet peut servir. // nen sait pas davantage après l'avoir palpée, quoique le plus souvent le toucher l'aide à reconnaître les objets : le toucher est donc impuissant là où la vue Tétait. )> (Claparewe).:
I. V, la thèse de Markoff sui» la' perception stéréognoslique.
8o LA DÉMENCE
Dans le cas de cécité corticale de Chauffard (27 6w), où les objets étaient reconnus par le toucher, l'écorce du cunéus était intacte : les iinages visuelles devaient donc être présentes.
« Inversement, lorsque des malades qui reconnaissent les objets par la vue ne les reconnaissent pas par le toucher (asymbolie tactile)^ et à supposer qu'il n'y ait pas de trouble de l'identification primaire des sensations musculo-tactiles (stéréo-agnosié)^ il faut penser tout d'abord à une rupture des associations entre les impressions stéréognostiques et l'image visuelle qui a coutume de leur correspondre : l'asymbolie tactile sera alors simplement le résultat de la cécité tactile (Voy. Année PsychoL, V, p. 80-81). D'ailleurs, des observations précises manquent pour éclairer cette question, qui est très délicate. » (Claparède).
Pour l'asymbolie dans le domaine du goût et de l'odorat les documents manquent presque totalement, d'ailleurs, la question n'a qu'un intérêt secondaire, et il est trop difficile de s'assurer qu'il n'y a pas de troubles de la sensibilité brute.
NoDET (p. 78) fait justement observer que, la condition essentielle de toute agnosie étant la possibilité de distinguer nettement dans un territoire sensoriel les deux classes d'identification, il faudrait pou- . voir faire cette distinction d'une façon précise pour Todorat et le goût.
BoNHOEFFER (17, p. 235) a publié le cas d'une femme alcoolique atteinte d'asymbolie pour le goût, l'odorat, et non pour l'ouïe. Elle buvait le lait croyant que c'était de la bière, et la bière pour de l'eau.
Ces phénomènes d'agneusie et d'anosmie sont dif-
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ficîles à déceler dans les démences confirmées, mais au début des états démentiels ils peuvent s'observer avec l'intégrité relative des autres sphères psychiques permettant l'examen des malades et leurs constatations.
C'est ainsi que A. Voisin a signalé l'agneusie et l'anosmie précoces chez les déments paralytiques ; l'anosmie pourrait même s'observer unilatérale à la phase préparalytique réalisant dans le domaine de l'olfaction une inégalité de réaction sensitivo-sensorielle analogue à celle qu'on observe dans les réactions oculo-pupillaires pour la sphère visuelle.
L'agneusie permet aussi de comprendre le pica des déments coprophages qui absorbent leurs excréments comme si c'étaient des aliments succulents. Cela s'observe chez les déments séniles, chez les déments paralytiques surtout et chez les déments précoces parfois.
« La diminution ou la perte de l'odorat des deux côtés ou d'un seul est un des signes sur lesquels j'ai depuis longtemps appelé l'attention*. Dès 1867 j'ai étudié ce phénomène, ses causes et sa haute importance diagnostique.
(( Chaque année dans mes cours, je ne manque pas de le faire remarquer aux élèves et c'est à mon avis un des meilleurs signes du début de la paralysie générale ; car: i® il est presque constant; 2° il n'appartient pas à une autre maladie qu'à la paralysie générale, sauf les cas exceptionnels (tels par exemple que l'ozène et ses suites, une ancienne fracture de l'ethmoïde) ; dans la folie simple, l'odorat est plutôt augmenté que diminué ; 3® c'est un signe du début qu'on