I. G. Sfkgi. f.es émotions, Doin, 1901, p
la dénutrition, Tanémie, les lésions du cœur, des dégénérescences de la moelle, et d'autres conditions morbides des organes nutritifs et vitaux. On y trouve aussi des lésions cérébrales, de l'anémie cérébrale, dénutrition du cerveau, ramollissement, etc. Mais si l'on pense que la dénutrition générale doit avoir une très grande influence sur le cerveau et sur ses fonctions, que les anomalies des sentiments doivent aussi amener des anomalies de l'intelligence comme cela se voit également dans l'état normal et dans les accès d'émotions très violentes, il n'est pas surprenant de trouver que dans la persistance du mal pour les troubles émotionnels, l'intelligence se trouve aussi altérée de façon permanente et que des altérations naissent dans la substance cérébrale qui, à leur tour, influent sur l'état affectif des maladies.
D'autre part, s'il est vrai que le cerveau supérieur est siège de conscience et qull est un centre d'excitations pour les émotions, tous les troubles d'idées, de pensées, d'intelligence en général devront avoir leur influence sur les émotions caries excitations qu'elles apportent au centre émotif ne sont plus normales, les émotions qui en dérivent doivent donc être anormales. La maladie du cerveau, de l'écorce ou de toute autre partie, peut donc être une cause prochaine de troubles émotionnels parce que les phénomènes qui s'accomplissent eii lui ne sont pliis normaux et que tous les organes de la vie nutritive qui ont leur centre d'innervation dans la moelle allongée, dans le bulbe, doivent être nécessairement troublés dans leur fonction ; d'où l'anormalité émotive.
Actes. — Les acquisitions qui rési^«nt en dernier lieu, dit RiBOT, sont celles qui sont presque entièrement organiques : la routine journalière, les habitudes contractées de longue date. Beaucoup peuvent encore se lever, s'habiller, prendre leurs repas régulièrement, se coucher, s'occuper à des travaux manuels, jouer aux cartes et à d'autres jeux,' quelquefois même avec une aptitude remarquable alors qu'ils n'ont plus ni jugement, ni volonté, ni affections. Cette activité automatique, qui ne suppose qu'un minimum de mémoire consciente, appartient à cette forme inférieure de la mémoire, pour laquelle les ganglions cérébraux, le bulbe et la moelle suffisent.
La destruction progressive de la mémoire suit donc une marche logique, une loi. Elle descend progressivement de l'instable au stable. Elle commence par les souvenirs récents qui, mal fixés dans les éléments nerveux, rarement répétés et par conséquent faiblement associés avec les autres, représentent l'organisation à son degré le plus faible. Elle finit par cette mémoire sensorielle, instinctive, qui, fixée dans l'organisme revenue une partie de luimême ou plutôt lui-même, représente Torganisâtion k son degré le plus fort. Du terme initial au terme final, la marche de l'amnésie, réglée par la nature des choses, suit la ligne de la moindre résistance, c'est-à-dire de la moindre organisation. La pathologie confirme pleinement ces vues. C'est un processus d'organisation à degrés variables compris entre deux Umites extrêmes : l'état nouveau, l'enregistren^nt organique (Ribot).
I08 LilL DÉMENCE
Des déments à la suite d'un délire chronique longtemps prolongé ressassent d'une façon monotone des actes bizarres en rapport avec un délire ancien qui, lui, est éteint mais dont les manifestations automatiques subsistent et survivent à l'impulsion délirante qui les suscita.
Des dessins de vieux déments de ce genre consignent avec une persistance étonnante la série stéréotypée de leurs associations délirantes anciennes malgré leur complexité.
D'autrçs déments s'expriment à l'aide de symboles que leur déchéance démentielle marque au coin d'un archaïsme régressif qui les rapproche des productions analogues des hommes primitifs ou des sauvages contemporains. Un de nos vieux déments vésaniques nous a remis une balance confectionnée pour protester contre une injustice ancienne (délire). Ce symbole rappelle l'anneau avecdes silhouettes de poissons appendus par lequel les Indiens réclamaient à Franklin qu'on leur rende le droit de pêche sur un lac.
« Quelques personnes, dit Calmeil*, ont perdu la faculté de reproduire certains tons ou certaines couleurs et ont été obligées de renoncer à la musique ou à la peinture. »
Cependant la mémoire musicale en règle générale peut survivre comme plus élémentaire à la mémoire verbale non chantée.
La musique, dit Wagner (Lettres de Vienne, 28 septembre 1861), a fait de moi un homme purement exclamatif.
I . Dictionnaire de médecine en trente volumes, art. Amnésie.
t>StC!ttOPIlTSIOLOÔlE GÉNÉRALE DES DÉMENTS ÎOQ
C'est que Je langage le plus simple ronomatopée
Fio. II. — Tableau délirant symbolisant et paraphrasant un délire systématisé persistant de quinze années.
du primitif et de Tenfant se confond avec la modu- D' Marie. 7
altion expressive qui précède l'expression articulée.
Souvent un aphasique verbal peut encore articuler les mots oubliés à la condition de les associer à une modulation.
La dissolution psychique, avons-nons vu, suit une
Fio. la. — Réclamation symbolique d'un dément vésanique demandant justice et rappelant la réclamation symbolique des Indiens au Président Franklin.
marche régressive du plus volontaire et du plus complexe au moins volontaire et au plus simple, c'est-à-dire à l'automatisme.
Pour démontrer que cette loi est vérifiée par les faits, comme dit M. Ribot, on n'a que l'embarras du choix.
Motilité: En 1868, Hughlings Jackson, étudiant
PSTGHOPHTSIOLOGIE GENERALE DES DEMENTS III
certains désordres du système nerveux, fit remarquer « que les mouvements et facultés les plus volontaires et les plus spéciaux sont atteints tout d'abord et plus que les autres* ». Ce « principe de dissolution » ou « de réduction à un état plus automatique » fut posé par lui comme le corrélatif des doctrines de Herbert Spencer sur l'évolution du système nerveux. Il prend un cas des plus simples, l'hémiplégie commune par lésion du corps strié. Un caillot sanguin a fait pour nous une expérience. Nous voyons que le patient, dont la face, la langue, le bras et la jambe sont paralysés, a perdu les mouvements les plus volontaires d'une partie de son corps, sans perdre les mouvén^ents les plus automatiques. « L'étude des cas d'héitiiplégie* nous montre en effet que les parties externes qui souffrent le plus sont celles qui, psychologiquement parlant, sont le plus sous le commandement de la volonté, et qui, physiologiquement parlant, impliquent le plus grand nombre de mouvements différents, produits avec le plus grand nombre d'intervalles différents », au lieu d'être simultanés comme les mouvements automatiques. Si la lésion est plus grave et si elle atteint non seulement les parties les plus volontaires du corps (face, bras, jambe), mais celles qui sont moins volontaires (perte de certains mouvements des yeux et de la tête et d'un côté de la poitrine), on trouve que les parties les plus volontaires sont beaucoup plus paralysées que les autres.
I . Clinical and physiological Researches on tkê nervous System, London, in-8, 1875.
Ferrier fait remarquer * de même, que la destruction générale de la région motrice, dans l'écorce du cerveau, comme celle du corps strié, produit « les mêmes troubles relatifs des différents mouvements, ceux-là étant les plus affectés et paralysés qui sont le plus sous l'influence de la volonté, du moins après que le premier choc est passé. La paralysie faciale réside surtout dans la région faciale inférieure, por tant sur les mouvements les plus indépendants, le frontal et les muscles ordinaires n'étant que légèrement atteints. Les mouvements de la jambe sont moins affectés que ceux du bras, ceux du bras moins que ceux de la main. »
Le même auteur établit une distinction entre les différentes sortes de mouvements et leurs centres respectifs, « ceux qui impliquent la conscience et que nous appelons volontaires au sens strict du mot » (les centres corticaux supérieurs) et ceux « qui sont décrits comme automatiques, instinctifs, responsifs, y compris les adaptations motrices de l'équilibre et de la coordination motrice, l'expression instinctive des émotions, et qui sont organisés d'une manière
I. Ferrier, p. 36, 87. Dans rexpérience de Goltz, si la lésion est faite au cerveau gauche, dans tout mouvement où lo chien a coutume de se servir de la patte antérieure en guise de main, il néglige l'usage de la patte droite. C'est ainsi qu'il tiendra un os uniquement avec la patte antérieure gauche ; c'est cette patte seulement qu'il emploiera pour fouiller le sol ou atteindre sa blessure. Si l'on a dressé Tanimal à donner la patte au commandement, après la mutilation, il ne donnera plus que la patte gauche, tandis qu'il tiendra sa patte droite comme rivée au sol.
plus OU moins complète dans les centres sous-jacents à l'écorce » . Il constate que ces derniers ont une indépendance relative qui est au maximum chez les vertébrés inférieurs (grenouille, pigeon), au minimum chez le singe et l'homme. « J'osai prédire, ajoute-t-il, que, chez les animaux dont les facultés motrices ne semblaient pas beaucoup souffrir d'une lésion destructive des centres nerveux, ces mouvements-là devraient être paralysés qui impliquent la conscience (mouvements volontaires) et n'étaient pas automatiquement organisés. » C'est ce qu'ont amplement confirmé les recherches de Goltz. Il a montré que, bien que la patte du chien ne soit pas définitivement paralysée en tant qu'organe de locomotion, par une lésion de l'écorce, elle l'est, en tant que servant de main et employée comme telle*. Cette dernière expérience est du plus grand intérêt.
« Elle montre, dit Ribot, que, dans un même organe adapté à la fois à la locomotion et à la préhepsion, l'une persiste, bien que altérée, quand l'autre, la plus délicate, a disparu.
« L'instabilité de l'action volontaire, complexe, supérieure (c'est tout un) par rapport à l'action automatique, simple, inférieure, se montre sous une forme progressive dans la démence paralytique. »
<c Les premières imperfections de la motilité, dit FoviLLE, celles qui se traduisent par un défaut à peine commençant dans l'harmonie des contractions musculaires, sont d'autant plus appréciables qu'elles inté-
I. Goltz, ap. Dictionnaire encycl. des sciences médi-' cales, art. nerveux, p. 588.
Il4 LA DÉMENCE
ressent des mouvements plus délicats, qui exigent une précision et une perfection plus grandes dans leur accomplissement. Il n'est donc pa^ étonnant qu'elles se traduisent d'abord dans les opérations musculaires si délicates qui concourent à la phonation. On sait que l'embarras de la parole est un des premiers symptômes de cette maladie. Si faible, au début, qu'une oreille exercée est seule capable de le saisir, le trouble de la prononciation augmente progressivement et aboutit à un bredouillement inintelligible. »
a Les muscles qui contribuent à l'articulation ont perdu toute leur harmonie d'action ; ils ne peuvent plus se contracter qu'avec effort; la parole est devenue méconnaissable.
« Dans les membres, les lésions de la motilité n'affectent d'abord que les mouvements qui comportent le plus de minutie et de précision, ^.e malade peut faire de grandes marches et se servir de.ses bras, pour des travaux qui n'exigent que des mouvements d'ensemble; mais il ne peut plus exécuter de petites opérations délicates des doigts, sans trembler un peu et sans s'y reprendre à plusieurs fois : on s'en aperçoit surtout si on lui dit de ramasser une épingle à terre, de remonter sa montre, etc. Les artisans habitués, par leur métier, à des travaux de précision, sont hors d'état de s'occuper, bien avant ceux qui n'ont que des tâches grossières à remplir. — Lorsqu'il s'agit d'écrire, la plume est tenue avec une indécision qui se traduit par une irrégularité plus ou moins prononcée des caractères tracés. Plus la maladie avance dans sa marche, plus l'écriture devient tremblante et
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défigurée ; de sorte que, en comparant une série de lettres écrites à des époques différentes, on peut suivre les progrès successifs de rafiTection jusqu'à ce que le malade soit devenu incapable d'écrire.
« Plus tard, l'indécision des membres supérieurs existe même dans les mouvements d'ensemble : le tremblement, l'affaiblissement empêchent le malade de porter directement ses aliments à sa bouche, de tirer son mouchoir, de le remettre dans sa poche, etc.
« Dans les membres inférieurs, la progression est analogue : au début, les aliénés paralytiques marchent avec vigueur, allant droit devant eux ; mais, s'il s'agit d'aller à droite ou à gauche et surtout de pivoter sur eux-mêmes pour revenir sur leur pas, l'hésitation et le défaut de précision se laissent apercevoir. Puis, même en marchant devant eux, ils avancent d'un pas pesant, mal coordonné. Plus tard enfin, ils ont peine à faire quelques pas ^ »
Rappelons encore les troubles de la motiUté de la dénaence par l'abus de l'alcool. Le tremblement est un des phénomènes les plus précoces. « Les mains sont les premières parties affectées, puis les bras, les jambes, la langue et les lèvres. A mesure qu'il s'accroît, le tremblement se complique en général d'un autre désordre plus grave, l'affaiblissement musculaire. Il affecte d'abord les membres supérieurs ; c'est là un caractère presque constant. Les doigts deviennent inhabiles, maladroits ; la main serre mal les objets et les laisse échapper. Puis cette faiblesse gagne l'avantbras ; le malade ne peut alors se servir de ses membres