‹ La démenceChapitre 29 sur 92 · I. Glaparède. L'association des idées, 0. Dom, 1906, p. 35o · texte numérisé non relu

I. Glaparède. L'association des idées, 0. Dom, 1906, p. 35o

que rarement l'occasion de se trouver en contiguïté, comme bleu œuf de Pâques, amer minéral, etc. Sommer ne se prononce pas, d'ailleurs, sur la cause du mécanisme de ces associations qu'il appelle « par bond » (sprunghaft). Cet exemple montre que la valeur intellectuelle d'une association ne dépend pas toujours de la rareté ou de l'originalité du rapprochement accompli.

Chez les déments l'affaiblissement des coordinations associatrices peut entraîner l'apparition de ces enchaînements d'idées par assonances automatiques ou par bonds.

Comme les dégénérés les déments peuvent présenter de la dysgraphieou dyslalie en écho ou en pseudoécho ; une finale rappelant un vocable plus ou moins voisin de forme.

On observe alors des écrits ou un verbiage rimes* ou bien de l'écholalie et de l'échographie pures un même mot ou un même nombre de mots se répétant indéfiniment en dehors de l'aphasie qui peut réduire les modes d'expression à un petit nombre de phrases, exprimées à tout propos.

Nous avons cité précédemment une démente coprolalique sans aphasie, on en peut aussi observer de coprographes, et même d'échocoprographes ou échocoprolaliques, c'est-à-dire chez qui des mots grossiers

I. V. Di'Reg.nard {Maladies épidéinufues de l*esprii, cité par Paulhan, (», 21): vers d'un délirant vaniteux : Magnan I à mon souhait, médecin iMagnanime, Adore de mon sort la force qui... t'anime. Admirant son beau crâne... autre renard de Phèdre, Nargue Legrand du SauUe et sois un Grand du Cèdre.

se répètent un nombre indéfini de fois à certains moments suivant un mode qui rappelle le bégaiement.

L'un des caractères les plus remarquables des travaux de DucHENNE sur la physionomie, c'est la simplification qu'il a apportée dans l'étude de celle-ci. Comme il Ta démontré, en effet, il suffit, le plus souvent, de la contraction d'un seul muscle pour déterminer une expression complète et tous les traits de la face ne sont pas forcément modifiés dans l'expression de certaines émotions telles que la douleur, l'attention, le mépris, etc.*.

On comprend dès lors que la physiognomonie des déments reste longtemps intéressante et que leur mimique subsiste souvent fort active et longtemps après la disparition des moyens d'expression vocaux et graphiques.

Le geste et la mimique sont en effet des modes d'expression moins complexes, plus primitifs et seront les derniers à s'éteindre dans l'ordre de régression. Les modes d'expression articulés sont souvent, en effet, réduits aux interjections et blasphèmes, à ce que RiBOT appelle le langage émotionnel ; le geste qui les souligne et la mimique qui les accompagne restent ainsi fort expressifs.

Dès le début de la vie active intra-utérine, dit CuTER^, les centres^psycho-dynamiques cérébraux enregistrent deux impressions initiales opposées : l'une de pression forcée, en flexion ; l'autre de détente, en extension. Or, comme cette détente ne peut jamais être complète, il arrive que l'impression de l'attitude

I. Ch. Cuyfr, La Mimique^ p. 38. Doin, 1908. 3. /.. c, p. 65.

en flexion domine toute la scène. Deux tendances initiales et opposées sont ainsi créées dans les centres psycho-idéateurs du fœtus, « le mouvement et l'idée sont ainsi intimement unis » : une tendance ayant rapport à la sensation de gêne et de fatigue, l'autre à la sensation de délassement et de bien-être. Sur ces deux branches-tronc viendront plus tard se grefifer automatiquement toutes les sensations d'ordre opposé entre elles. Toutes les sensatipnsde douleur, de faiblesse, de négation du amoin, etc., se manifesteront en flexion, et toutes les sensations de force, de joie, d'affirmation du « moiy>^ se manifesteront en extension...

De ces 2 tendances expressives fondamentales quelle est celle qui subsiste le plus souvent chez les déments?

Nous avons vu qu'il faut à ce point de vue établir une distinction essentielle ; parmi les vésaniques les uns sont des déprimés initiaux qui le resteront une fois entrés en démence secondaire, d'autres réagissent en euphorie d'emblée ou greffent une mégalomanie secondaire sur la fausse dépression initiale (persécutés) ; la démence finale ici se manifestera en extension suivant l'expression de CuTER, c'est-à-dire par l'affirmation d'un moi exagéré.

Parmi les démences d'emblée il faut également opposer les démences paralytiques à euphorie et hypertrophie du moi fréquentes, aux démences séniles affectant fréquemment la forme de mélancolies tardives à leur début, mais ce ne sont là que des questions de fréquence caria P G. peut être dépressive et la démence des vieillards peut être en revanche exubérante et souvent aussi la même démence passe par des alternatives d'exubérance puis de dépression, celle-ci l'emportant toutefois généralement en dernier lieu.

PSYCHOPHTSIOLOCaiE OÉNÉRALE DES DÉMENTS I27

« Des expériences faites sur les animaux ont établi, dit encore Cuter, que, sous l'influence de la fatigue prolongée, les appendices piriformes des neurones perdent hurpouyoïT d'extension^ qu'ils ne réagissent plus, qu'ils rentrent en eux-mêmes, en flexion ou en contraction, peu importe le terme, selon la forme d'une sangsue qui se met en boule ou d'une corne d'escargot qui se replie et ne s'allonge plus sous le choc d'une excitation. Il est fort intéressant de constater que la fatigue produit les mêmes effets sur les attitudes humaines. Puisque le neurone préside à toute vie animale, que l'homme n'est qu'un énorme neurone, on peut se demander si^ en dernière analyse, il ne faut pas chercher la cause initiale des attitudes en extension et en flexion dans les attitudes mêmes des appendices piriformes des neurones eux-mêmes. Et cela d'autant mieux que leur allongement en extension établit les contacts de vie par le passage de l'onde, sensorielle ou motrice, tandis que leur rétraction ou flexion sur eux-mêmes abolit les contacts, c'est-à-dire le passage de l'onde de vie active ; ainsi les [attitudes même des appendices piriformes des neurones créeraient deux territoires fondamentaux : l'un de tonicité, c'està-dire d'effort pour la vie dont les réactions futures seront F extension : la force au point de vue physique et le plaisir au point de vue psychique ; l'autre d'atonie de ce même effort, dont les réactions futures seront Inflexion : la faiblesse au point de vue physique et la douleur au point de vue psychique. » (/. c, p. 67).

On conçoit que les démences ultimes se réalisent généralement en flexion c'est-à-dire en faiblesse douloureuse psychique et physique tout à la fois, c'est

ce qu'on observe aux phases terminales de toutes les démences où l'extinction totale de tout psychisme et réflexe expressif précède de peu la cachexie et le marasme qui emporte ledément réduit à la vie végétative.

Vie organique : Les fonctions organiques, chez les déments, s'exécutent tout d'abord d'une manière régulière. Ils mangent avec voracité, digèrent bien et assimilent de même ; beaucoup prennent de l'embonpoint, c'est même là un symptôme qui signale souvent le passage d'un état aigu à la chronicité et à la démence. Le sommeil fait alors rarement défaut ; les femmes sont bien réglées, il s'établit même un manque de réaction de l'économie sous l'influence de maladies intercurrentes, et il n'est pas rare de voir certains de ces malades mourir de maladies incidentes, sans qu'aucun symptôme grave ait attiré l'attention.

Mais c'est que le plus souvent le dément cachectisé est réduit à un équilibre fonctionnel précaire et à la merci du moindre avatar incident ; toutefois, selon l'espèce de démence et son étiologie, on peut voir se déceler finalement le point de moindre résistance de l'organisme du dément. Ce peut être le cerveau luimême qui sombre dans l'hémorragie destructive ou la thrombose qui entraîne les ramollissements étendus et les paralysies mortelles, ce sont aussi les complications du côté des viscères thoraciques (cœur, poumons) ou abdominaux, tube digestif (diarrhées, péritonites) et annexes (foie) ou voies urinaires (rein, vessie).

Les lésions tégumentaires peuvent aussi apparaître comme contre-coup combiné de l'insuffisance vitale des tissus et de l'état des centres neuro-trophiques et vaso-moteurs ; c'est alors que le dément est emporté

PSYCHOPHYSIOLOGIE GENERALE DES DEMENTS l^Q

par le décubitus aigu, les escarres fessières ou sacrées et les suppurations qui s'ensuivent.

A cette phase, les morts volontaires par suicide sont rares de par la démence même qui empêche la coordination des tentatives et ôte la conscience nécessaire pour l'éclosion de telles réactions, mais les morts accidentelles ne sont pas rares, en revanche, et les déments s'étouflFent parfois en avalant de travers ou se précipitent d'une fenêtre qu'ils prennent pour une porte.

Nous terminerons- ces considérations générales de psychophysiologie en rappelant les applications des tests mathématiques et des tests mnémoniques autres avec syllogismes élémentaires en usage au Laboratoire de psychologie expérimentale de Villejuif. Nous emprunterons les applications cliniques de ce genre faites à des déments variés et y ajouterons quelques observations personnnelles relatives aux facultés mathématiques de certains déments.

« On fait lire, disent MM. Toulouse et Damaye *, au malade quelques chiffres inscrits en gros caractères sur une feuille de papier, chiffres qu'il devra répéter aussitôt la feuille retirée de dessous ses yeux : on voit ainsi combien il est capable d'en retenir à la fois. On procède de même pour la mémoire des phrases qui se traduit également par le nombre de mots ou de lignes imprimées susceptible d'être retenu. » (Inutile d'ajouter que pour des épreuves qui sont avant tout cliniques, ils n'ont eu recours qu'à des phrases courtes et d'une compréhension très facile.)

I. Toulouse et Damaye. La démence vasanîque est-elle une démence ? ( Ouv, c ité).

l3o LA DEMENCE

Le syllogisme a pour but d'examiner l'état du jugement. Ici, il devra être tout à fait simple, étant donnée la catégorie de malades que nous avons en vue. On expose au sujet les prémisses en même temps qu'on les lui explique et on lui laisse trouver la conclusion.

Ce qui importe, dans les résultats à obtenir, c'est la recherche des exactes réponses aux diverses questions ou épreuves : c'est cela seul et non les tournures de phrases qui doivent renseigner sur l'état de validité des facultés. La méthode d'examen étant ainsi établie, nous allons transcrire un certain nombre d'observations pour lesquelles on l'a employée.

Voici d'abord quelques examens de paralytiques générales pratiqués par MM. Toulouse et Damatb. Au-dessous de la question posée, est inscrite la réponse, successivement obtenue à chacune des séances d'interrogations, un pointillé remplace les réponses qui n'ont pas été exprimées. Les réponses reconnues exactes sont mentionnées.

M"® D***, 4o ans, paralysie générale à la période d'état chez une personne d'intelligence ordinaire et sans instruction.

Examinée trois fois dans le courant de juillet 1904.

a44 : aa »

Additions

1" examen : 1628

a» -^ 8878 (exact)

On lui fait lire les chiffres :

Elle répète :

PSTGHOPHTSIOLOGIE GÉNÉRALE DES DÉMENTS l3l

Elle semble ne pouvoir retenir plus de trois chiffres. On lui lit ensuite le test suivant :

« Les deux petites» sautant dans les fossés, explorant avec attention les endroits ombragés, commencèrent leur cueillette. »

La malade n'en retient que ces trois mots : « Les deux petites ». Deux autres tests, aussi faciles, sont essayés sans aucun succès.

L'épreuve du syllogisme a été complètement négative.

M™* L***, 4i ans, paralysie générale peu avancée, crises épileptiformes. Travaille au ménage dans son quartier. Cause encore assez bien. Peu instruite. Examinée trois fois.

Additions ôaBg

6Aa5 3694 5

1" exam. ; 8878 i" exam. : 22198 i*' exam. : i4a 2« 8878 (exact) a» — 1 3 188 (exact) a» — ii5 3« — 8878 (exact) 3« — 456

Elle n'a pas effectué les divisions, disant qu'elle n'avait jamais su les faire.

On lui fait lire les chiffres : Elle retient :

Cette malade est donc capable de répéter au moins cinq chiffres, quoique souvent dans un ordre inverse à celui dans lequel elle les a lus.

La mémoire des phrases n'est pas aussi satisfaisante.

Après avoir lu trois fois le test :

Les deux petites sautant dans les fossés, explorant avec

attention les endroits ombragés, commencèrent leur cueillette.

Elle ne retient que :

— Les deux enfants commencèrent leur cueillette. Autre test ;

Un homme dans un bois rencontra un loup qui voulut le dévorer, mais d'un coup de hache, il le tua. La malade répète :

— Un homme dans un bois, un loup voulut le dévorer ; il lui donna un coup de hache et le tua.

On lui donne ensuite à conclure le syllogisme suivant : Un métal est dur ; le fer est un métal, donc le fer est dur. La malade en trouve la conclusion après qu'on le lui a expliqué trois fois.

]^me B***^ ^3 ans. Paralysie générale à la période de début. A reçu une instruction ordinaire. Très travailleuse et très docile. S'occupe au ménage dans son quartier. Confusion mentale déjà très manifeste.

Additions

aA53

i«' examen : 8878 J

a« 8878 > exact.

13198 ( exact.

a 43 : a = 1*' examen.

i*' examen : 56

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