I. MoREL. Traité des maladies mentales, Paris, i86o
rieurs et extérieurs certains ; il pense donc que Tordre et la méthode à introduire dans les maladies men* taies ne souffrira nullement d'une classification qui fait de la démence une des variétés si importante de la folie. Il distingue des démences complètes et incomplètes, partielles et générales, continues, intermittentes, aiguës et chroniques, etc. Mais, d'une façon générale, la démence représente la terminaison des affections mçn taies.
« Si nous examinons, dit-il, la démence (amentia, affaiblissement progressif et général des facultés) dans son acception la plus large, nous resterons malheureusement convaincus que, en dehors de l'aliénation mentale, cette terminaison fatale est le lot inévitable de l'humanité.
Il en faut excepter quelques rares individualités qui conservent jusqu'à la fin de leur vie Ténergie et la plénitude de leurs aptitudes intellectuelles.
Mais le plus grand nombre, au contraire, est soumis à la loi de décroissance des facultés dans ses rapports avec la diminution progressive de vitalité du cerveau, l'instrument indispensable de la pensée. »
Les malades atteints de démence simple, dit FoviLLE, conservent une aptitude routinière à observer les convenances sociales et à suivre les habitudes contractées de longue date, à condition qu'ils ne cessent pas de vivre dans un cercle très restreint et où ils n'ont besoin, pour ainsi dire, d'aucune initiative. On les voit aller et venir ; se lever, se coucher, soigner leur toilette, prendre leurs repas d'une manière régulière. Que l'on interroge ces gens en apparence sensés et Ton reconnaîtra avec étonnement qu'ils
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n'ont plus ni mémoire, ni jugement, ni volonté. Ce sont des automates obéissant à d'anciennes habitudes. Ils n'ont plus qu'une conscience imparfaite du temps, des distances et des lieux, et finissent par perdre la notion exacte des incidents qui les touchent de plus près. Ils sont insouciants, imprévoyants, puérils, oublieux des convenances, négligés dans leur tenue, indifférents pour les personnes qui leur étaient chères.
Dans les cas très accentués, l'abolition des facultés psychiques est complète; le malade arrive à être réduit à la vie végétative. Il prononce à peine quelques paroles, est gâteux, n'a plus conscience du présent, ni de sa vie passée, ne sait même plus son nom. On est obligé de veiller à tous ses besoins, de prendre soin de lui comme d'un véritable enfant.
La démence (Ball*), au point de vue médical, n'est ni une entité clinique, ni une affection primitive. C'est l'expression clinique, variable suivant les circonstances qui la déterminent, d'une déchéance progressive des fonctions de la vie psychique. La chronicité et l'incurabilité en sont les deux caractères principaux. Dans les processus dégénératifs d'ailleurs, la démence ne représente qu'une partie des pertes que subit l'économie. A côté de cet affaiblissement graduel et inexorable de l'intelligence, on assiste à la ruine généralement plus lente des forces physiques et de la vie de nutrition, en sorte que l'on serait autorisé à regarder la démence comme l'une des faces de la décadence intellectuelle, morale et physique de l'individu.