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I. RiBOT» Les maladies de la mémoire. Paris, Alcan

DEMENCES PRECOCES

Herzen sur la transformation fatale et le passage à

l'automatisme de tout processus psychique répété. •

Le délire stéréotypé, n'étant que la répétition d'un

même système de conceptions morbides, constitue

Fio. a3. — Écriture crygtographique d'une démente vésanique qui a conservé parallèlement l'écriture normale.

finalement une opération mentale automatique, échappant, comme telle, à l'amnésie de régression.

Quoi qu'il en soit, la démence confirmée par lésion organique caractérisée pourra à son tour survenir ici^ D' Marie. i5

comme dans les autres cas, avant ou apiès Tapparition de la mégalomanie.

Il semblerait même, avons-nous dit, dans quelques faits, y avoir une relation entre la prédominance hallucinatoire unilatérale et le développement ultérieur de foyers correspondants dans tel hémisphère.

Les images mnémoniques ou souvenirs sont enregistrées dans nos centres nerveux, du côté opposé à celui de l'excitation périphérique qui les a produits.

La reviviscence hallucinatoire de ces images entraîne l'extériorisation, l'objectivation de la cause extérieure supposée par le malade, du côté opposé, par un renversement identiquement inverse.

Il y aurait là comme un phénomène comparable à la déviation conjuguée de la tête et des yeux dans le cas de lésion irritative corticale du côté opposé au sens de la déviation. Ce qui pour nous complète l'analogie est que l'éréthisme hallucinatoire, de même que la lésion irritative corticale de l'apoplexie à laquelle nous le comparons, pourrait aboutir à la rupture finale des vaisseaux correspondants, avec vraie déviation consécutive et paralytique de sens opposé.

C'est du moins ce que nous avons vu se produire dans quelques cas ; nombre d'observations de démence vésanique due à une psychose systématisée progressive ancienne aboutissent finalement à des lésions cérébrales en foyer ; une observation suivie et minutieuse des phénomènes hallucinatoires les plus constants rapprochée des données fournies par l'autopsie permettrait peut-être d'établir enfin le substratum anatomo-clinique indispensable à la physiologie pathologique de ces psychoses hallucinatoires.

DÉMEIfGBS PRÉCOCES a55

Un de DOS déments mort d^ictus avec hémiplégie gauche avait toujours été soupçonneux de son vivant ; il en voulait aux prêtres depuis « Page de raison » parce qu^à aa première communion, ils avaient trahi le secret d'un vol qu'il avait avoué avoir fait à son patron comme apprenti. Très religieux malgré cela, il se « confessait directement à Dieu » ; il s'aperçut plus tard en disant son chapelet que des esprits lui volaient ses prières et les répétaient en même temps que lui « sur sa gauche » (dédoublement apparent, objectif) (( c'étaient les voleurs de bâtards ».

Grâce à un redoublement de piété, il a vu Dieu sortir du cadre d'un tableau de la chapelle gauche de l'église' (il a- compris depuis que c'était son propre portrait) ; dès lors il a découvert ce que c'était que le firmament et a contemplé « la lumière de lumière», etc.

Il dictait alors des sentences, s'inspirant pour cela d'un vieux missel qu'il appelait le livre de saint Hubert, « il contenait de bonnes et de mauvaises choses, ça dépend du côté... » les feuillets de gauche étaient seuls bons (pas d'hémiopie appréciable, au campimètre) ; il dialoguait en outre avec les « gars de gauche » devenus bienveillants ; il les interrogeait volontiers et leur demandait conseil sur les réponses à nous faire. Il les prononçait bas d'abord, et nous les r^était ensuite. II semblait s'adresser à des êtres imaginaires orientant la direction de l'oreille et des yeux vers l'angle supérieur gauche du plafond (hémiparésie correspondante légère sans anesthésie, dans les derniers temps).

L'hémiplégie gauche finale par foyer dans l'hémisphère droit, montre qu'il y avait une lésion du

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côté opposé à la latéralisation objective des phénomènes hallucinatoires, lésion consistant vraisemblablement en un éréthisme, une tension vasculaire persistante aboutissant par cela même à la rupture des vaisseaux qui en étaient le siège.

Un dément de M. P. Garnier, frappé d'ictus avec aphasie incomplète, ne voyait dans ces phénomènes qu'une exacerbation des tourments que lui infligeaient ses persécuteurs ÇArch, générales de Méd. 1889, t. 1, p. 820). Il semblait ainsi indiquer lui-même sa lésion en foyer comme étant le summum d'un trouble préexistant analogue comme localisation, mais moins accentué; « son aphasie n'avait rien détruit de la situation mentale antécédente ; on peut dire qu'elle était venue prêter des aliments nouveaux au délire et le fortifier. Dans la mesure où il pouvait se rendre compte de la perturbation apportée dans les divers modes dont se compose le langage, Eug. B... était persuadé qu'un tel trouble était le résultat de manœuvres exercées sur lui par des hommes de la science et il est vraisemblable que sa conviction s'appuyait sur des phénomènes analogues à ceux qu'il avait présentés autrefois. »

La contre-partie existe d'ailleurs, et on a signalé des cas où la survenance d'une lésion localisée unilatérale assez étendue, avait eu une influence curative sur les phénomènes hallucinatoires et les accidents délirants. (Observations de Lwoff, thèse, Paris, 1891. Obs. IV, p. io3).

Si l'éréthisme sensoriel peut s'exacerber ou disparaître sous l'influence de poussées congestives locales et de lésions en foyer, il n'en est pas tout à fait

de même des phénomènes moteurs (c'est là un argument de plus en faveur de leur nature secondaire dans les délires systématisés primitifs). C'est ainsi qu'on a signalé des hémiplégies droites avec agraphie chez des malades à écriture caractéristique ; on a pu voir ensuite reparaître les mêmes particularités dans les écrits, le malade étant parvenu à éduquer la main gauche pour écrire encore.

Tel un malade persécuté de M. Marandon de MoNTYEL, atteint de graphomanie, qui fut atteint à la période de démence d'une hémiplégie droite avec agraphie (A. M. P. 77. XVllI. 364).

Une malade de Féré, atteinte de déviation, conjuguée par contraction spasmodique des muscles de l'œil, de la. tête et du cou, présente à chaque accès de contracture, une hallucination correspondante, latéralisée et orientée dans le sens de la déviation conjuguée; elle est unilatérale en ce sens, bien que perçue par les deux yeux (Soc. de biologie, i4 mars 1896). Il paraît y avoir là une analogie frappante avec la déviation conjuguée des yeux des apoplectiques.

Les délirants chroniques objectivant leurs visions du côté correspondant à l'hémisphère dont le fonctionnement est perverti, on arrivera peut-être par le progrès de l'anatomie pathologique à déterminer et à localiser les lésions initiales de ces vésanies.

Cette latéralisation des visions qui correspond en général à une orientation analogue des hallucinations auditives indiquerait peut-être le siège de la lésion cérébrale coexistante.

Il est en effet à remarquer qu'il semble y avoir une

correspondance entre Torientation des visions et le côté où s'entendent les voix.

Les malades, qui entendent parler d'un certain côté, voient généralement les personnages dans la même direction ; dans les cas d'hallucinations de l'ouïe unilatérales, les visions sont aussi objectivées du même côté.

Le phénomène est encore plus typique dans les cas où l'hallucination unilatérale de l'ouïe est combinée à une hallucination hémiopique correspondante, telle l'observation de Peterson (^New-York Médical Journal, 3o août 1890).

On est donc en droit de voir dans la lésion terminale des centres psycho-sensoriels, l'aboutissant d'un processus antérieur d'éréthisme, se traduisant tout d'abord par des hallucinations déterminées comme orientation.

Un examen plus minutieux des délirants chroniques, et l'étude précise de leurs hallucinations presque toujours stéréotypées et orientées suivant une aire de plan tantôt horizontale, tantôt verticale pourrait fournir, avec le temps, la clef de l'anatomie pathologique de ces psychoses hallucinatoires chroniques.

Ce ne serait là qu'une application logique de la méthode anatomo -clinique, à l'étude des lésions en foyer de la démence vésanique finale. « Le diagnostic régional des affections encéphaliques n'est-il pas, comme a dit Charcot, l'idéal vers lequel doivent tendre tous les efforts du clinicien? »

Quoi qu'il en soit, on voit sur ce point la démence vésanique progressive initiale, après de longues années d'un processus neuro-épithélial , se compliquer de lésions vasculo-conjonctives finales, ce qui établit une

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transition naturelle entre nos deux groupes primitivement distingués.

D. — Démences hévrosiques.

Aux démences secondaires précitées on peut assimiler comme mécanisme de genèse certaines démences plus ou moins rapides succédant à des bouffées déli- . rantes dégénéra tives ou à des phénomènes de névroses diverses qui ne sont en somme, elles aussi, le plus sou • vent que monnaie de dégénérescence. L'équivalence de l'hystérie et de Tépilepsie par rapport aux syndromes épisodiques comme aux bouffées polymorphes qui les accompagnent en tant qu'expression de la dégénérescence héréditaire*, est aujourd'hui un fait acquis, surtout en ce qui concerne les cas où la démence précoce se greffe sur ces états variés.

Il n'en serait pas de même à priori pour les cas de névroses chroniques à la suite desquels la démence peut s'établir, consécutivement à un processus longtemps continué et en quelque sorte progressif, voire même à une époque voisine de l'échéance de la régression sénile normale.

Mais ici encore, nous trouvons entre les névroses, susceptibles d'entraîner la démence et la sénilité, des points de contact multiples.

L'étiologie générale actuellement le plus constamment admise est celle qui fait jouer à l'arthritisme

I. Voir Colin. Névroses et dégénérescence et RobinowiTCH. Hystérie mâle et dégénérescence ^ Thèses Paris, 1892,

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héréditaire le rôle prépondérant dans le nervosisme en général et les névroses diverses qu'il engendre.

D'autre part, l'échéance prochaine de la sénilité s'annonce fréquemment par des syndromes prémoni toires qui revêtent exactement les allures des névroses diverses auxquelles on donne alors le nom de névroses préséniles comme on décrit à l'orée du processus de péri-encéphalite diffuse des névroses préparalytiques ^

Au premier rang de ces névroses prédémentielles souvent, il faut ranger l'hystérie sénile*.

La production de ces phénomènes névrosiques est souvent liée à un trauma intra-encéphalique passé inaperçu, ictus larvé, ruptures d'anévrismes miliaires dont l'étude éclaircira peut-être un jour l'anatomie pathologique encore si obscure des névroses préséniles.

Le nervosisme est une des formes de l'arthritisme, celle où les troubles de nutrition retentissent plus spécialement sur les centres nerveux. Il peut être considéré comme le résultat d'intoxications d'origine externe ou interne, et comme reposant sur un état de réceptivité toxique spéciale à certaines cellules nerveuses.

Les formes multiples que prend le nervosisme peuvent s'expliquer par ce fait : que le fœtus a subi l'intoxication bradytrophique maternelle à une phase déterminée de son évolution, à une époque où telle

I. A. Makie. Névroses et paralysie générale t congrès Bruxelle, 1904.

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