‹ La démenceChapitre 57 sur 92 · I. Marie. Congrès de Médecine mentale. Lyon, 1893, p · texte numérisé non relu

I. Marie. Congrès de Médecine mentale. Lyon, 1893, p

importance apparente ; nous leur avons opposé les antécédents héréditaires qui, comme on le verra, ont paru l'emporter sur les premiers.

Antécédents personnels. — Au premier rang des causes occasionnelles, et en particulier des intoxications, s'imposait la recherche de l'alcoolisme, aussi y avons-nous procédé par la triple voie qui nous était accessible ; à savoir : l'examen direct du malade à l'entrée et la constatation des signes physiques de l'alcoolisme aigu ou chronique, ensuite les anamnestiques du malade lui-même, enfin l'interrogatoire des parents.

Les résultats correspondant à ces différents moyens d'investigation sont loin d'avoir une égale signification.

Un malade d'une période avancée, impossible à interroger sérieusement à notre point de vue, et ayant pu éliminer dès longtemps tout alcool, peut-il être pointé comme alcoolique ancien parce que la famille, pressée de questions, reconnaît qu'effectivement il buvait avant d'être malade?

Inversement, chez un paralytique entrant avec tous les signes d'un alcoolisme indubitable mais récent, comment apprécier la relation de cause à effet existant entre les deux ordres de symptômes, en l'absence d'autres renseignements complémentaires ?

Dans le doute nous avons subdivisé nos malades en différentes catégories.

Déduction faite de cas négatifs ou douteux, nous avons trouvé 67 sur 108, soit environ 65 pour 100 de paralysés généraux alcoolisés.

Mais ce chiffre éloquent au premier abord perd bien de sa valeur si l'on considère que nous observons dans un milieu spécial (ouvriers et artisans) et

que la proportion est réductible, car les cas d'alcoolisme aigu récent peuvent être considérés en bloc comme consécutifs ; même dans les cas chroniques d'ancienne date, des signes également certains de paralysie générale dûment constituée se retrouvent à une époque antérieure encore.

En second lieu, il n'y a pas de raison pour attribuer à l'alcool l'influence prépondérante, étant donné que nous le trouvons souvent combiné à d'autres facteurs aussi fréquents (syphilis, etc.). Enfin, l'alcool seul ne s'est rencontré dans nos observations que trois fois.

Il y avait lieu de faire la contre-épreuve de la statistique précédente concernant l'alcoolisme dans les antécédents des aliénés ordinaires, et dans certain milieu, en tenant compte de la fréquence relative de la paralysie générale dans ce même milieu. — C'est ce que nous avons fait. Sur un total de 222 entrées en 2 ans, à la Roche-Gandon, nous avons pointé iio cas d'alcoolisme se décomposant en 1 1 cas d'alcoolisme pur et simple et 91 cas d'aliénation variés (surtout des débiles héréditaires) avec excès alcooliques surajoutés. — D'autre part le contingent total d'entrants n'a fourni que i3 paralytiques dans le même espace de temps. Défalcation faite des paralytiques et des alcooliques simples voilà donc près de 5o pour 100 d'alcoolisme chez des aliénés ordinaires. Ce chifi're est considérable, pourtant nous n'observons pas une proportion plus grande de paralytiques dans ce milieu, au contraire (6, 2 pour 100).

En outre, pas plus pour les aliénés ordinaires que pour les paralytiques, l'alcool ne semble ici un facteur étiologique exclusif.

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En effet, la majorité de ces aliénés, non paralytiques, mais alcooliques, est constituée par des débiles; or, pour eux le doute n'est pas possible : la dégénérescence mentale, héréditaire, et la faiblesse congénitale sont évidemment, non l'effet, mais bien la cause de l'aliénation comme de l'alcoolisme concomitant.

Si l'alcool a pu exercer une influence pathogène, ce n'est que chez les ascendants, nous tombons alors dans le rôle prépondérant des antécédents héréditaires.

Le même raisonnement, croyons-nous, pourrait s'appliquer aux paralytiques alcooliques, paralysie générale et alcoolisme devenant les deux conséquences successives et coexistantes d'une même prédisposition héréditaire sans rapport de causalité forcé de l'une à l'autre.

Cette manière de voir nous paraît aussi soutenable que celle qui consiste à renverser le rapport de cause à effet et à considérer l'alcoolisme comme cause de la paralysie générale.

Elle est, en effet, applicable aux autres intoxications involontaires : par le plomb, par exemple ; il est permis de croire que l'ouvrier plombier, chez lequel l'intoxication affecte la forme de Tencéphalopathie saturnine, était antérieurement un cérébral à la différence de tel autre qui, au contraire, a vu se localiser le toxique sur telle autre partie de son organisme (reins, tube digestif, système nerveux périphérique ou musculaire), le cerveau restant relativement indemne.

De même que chez les alcooliques (rares d'ailleurs) qui sans autres antécédents personnels versent dans la démence paralytique (Obs. de M. Magnan), il

s*aglrait encore de faire le départ exact des antécédents héréditaires, de même chez les paralytiques où le plomb paraît seul en cause (cas de Régis), il y a lieu peut-être de chercher dans l'hérédité la cause pathogène vraiment essentielle.

Quant à nous, l'importance minime du chiffre des paralytiques saturnines se trouve encore atténuée par la combinaison constante de ce facteur, non seulement à l'alcool (qui nous a paru encore prédominer chez un même individu), mais aussi à d'autres causes, traumatisme, syphilis, pellagre, enfin et surtout hérédité qui était constante dans nos observations, les autres facteurs étant multiples et variables.

La démence paralytique parait dans certains cas se développer consécutivement à un processus infectieux aigu comme la démence précoce. Mais, comme M. Falret l'a fait remarquer pour ces derniers, le processus infectieux agit à la façon d'un réactif chimique pour déceler la tare cérébropathique antérieure, véritable cause de la déchéance précoce dans laquelle ils versent d'emblée.

Au surplus, le nombre restreint de cas de ce genre (19) nous dispense, croyons-nous, d'insister plus longuement sur ce point et il y a lieu de chercher ailleurs une infection prolongée dont l'influence longtemps continuée puisse s'exercer d'une façon décisive et se retrouve avec une fréquence insolite chez nos malades.

La syphilis ne remplirait-elle pas cette double condition ?

Dépister la syphilis n'est pas chose facile ; aussi doit-on tout d'abord indiquer les moyens d'informa- D' Marie. 16

tion mis en œuvre. Comme pour Talcool ils sont de plusieurs ordres, ayant chacun une valeur variable. C'est d'abord l'interrogatoire des malades qui, seul, est bien critiquable : que de fois la syphilis, niée énergiquement avec la conviction de la sincérité, est démontrée par l'éclosion ultérieure d'accidents indubitables. Inversement la syphilis avouée se réduit parfois à une blennorrhagie confondue par le malade avec les accidents spécifiques. Aussi avons-nous autant que possible corroboré les données par l'examen objectif et la recherche de tous les stigmates de l'avarie ; en même temps nous avons recueilli les renseignements émanés des familles et des médecins traitants (au moins les documents indirects comme les ordonnances anciennes). Enfin nous n'avons pas négligé l'état des enfants existants et l'enquête relative à la femme (fausses couches, accouchements prématurés, contagion, etc.). Notre collègue, M. le D*" Bonnet, s'est chargé de cette partie de l'enquête; voici les chiffres obtenus par cette méthode :

Renseignements incomplets 85 *

— nettement négatifs 10

Syphilis dicutable 6

— probable 11

— certaine 54

Total des malades examinés à ce point de vue: 166.

Soit 42,7 pour 100 ou en ne tenant compte que des 81 observations complètes 66,6 pour 100 de syphilis certaine.

Voici en regard un tableau analogue de la fréquence de la syphilis chez un certain nombre de non paralytiques.

DEMENCES PARALYTIQUES

ALIÉNATIOÎÏS

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