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de son évolution fatale et de sa gravité, est connue de bien des gens et le mot paralysie générale, imprudemment prononcé, est susceptible de produire sur certains malades le même bouleversement que le diagnostic de syphilis sur d'autres. De là au suicide i{ n'y a pas loin et il n'est pas toujours nécessaire qu'une prédisposition mélancolique ou dégénérative s'associe à la méningo-encéphalique pour entraîner ce genre de réaction dangereuse à la période initiale de la maladie, à la phase en quelque sorte préparalytique j à ' la fin de la phaée de dynamie fonctionnelle, alors que le paralytique latent assiste presque conscient aux altérations premières, si inquiétantes, de la période prodromique. C'est le cas surtout des paralytiques sans délires dits « des hôpitaux » décrits par Requin et qu'on rencontre surtout aux consultations externes de la Salpêtrière, de Bicêtre et de l'Asile clinique.
C'est aussi parfois le cas de certains paralytiques en rémission qui pressentent la rechute imminente. Les faux pas de la mémoire, les ictus fugaces du début, les troubles moteurs, les insomnies, le tonus insolite de l'état nerveux et psychique peuvent être, pour certains, un avertissement non trompeur, indépendamment de tout délire associé ; plusieurs de nos malades ont été internés à la suite de tentatives de suicide avortées, exécutées avec une notion assez exacte de. la situation terrible pressentie.
Ceux qui réussissent à se tuer, à cette période où la coordination cérébrale le permet encore, échappent généralement à l'observation du médecin d'asile : aussi a-t-on coutume d'enseigner que les paralytiques ne se suicident pas. Cela n'est vrai que des paraly-
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tiques avérés observés à l'Asile, alors que la démence constituée, avec ou sans euphorie, écarte la possibilité de telles réactions. Encore des faits de suicide, dans ces conditions, existent-ils, puisque nous en avons relevé dans les services de Villejuif. — Il conviendrait en outre de citer un cas de pseudo -suicide par asphyxie à la suite de la déglutition d'un cataplasme de farine de lin. (Observation antérieure publiée par M. le D*^ Vallon, S. méd, légale, 1894.)
On peut dire que le suicide, rare chez les paralytiques généraux confirmés, peut cependant s'observer à la phase initiale de la maladie ou de sa rechute et dans les formes dites des hôpitaux et sans délire, de Requin.
Il peut, en efifet, procéder tantôt d'un état dépressif délirant associé, tantôt d'une dépression légitime due à la compréhension de la gravité du mal chez les plus cultivés . A l'Asile on peut encore observer des réactions suicides à une période plus ou moins avancée de la maladie^ mais elles perdent de plus en plus de leur gravité en tant qu'efiFet.
On peut cependant observer exceptionnellement le suicide par conceptions mélancolique ou de persécution associées à la démence, surtout le pseudo-suicide : le malade se tuant sans le vouloir par mégalomanie ou démence. C'est à ce pseudo -suicide qu'appartient la mort du P. G., se noyant persuadé qu'il surnagera ; ce dernier cas a été observé à la Colonie familiale de Gheel, où sont placés de nombreux paralytiques, mais où les autres formes de suicide n'ont pas été observées chez ces malades (Peetebs).
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« Mais c'est parmi les paralytiques à forme expansive, dit M. Ritti qu'on trouve parfois des morts accidentelles qu'on est porté à considérer comme des suicides. Le plus souvent les idées délirantes de grandeur sont la cause de l'accident : tel ce paralytique qui va se placer en face d'une locomotive en marche pour montrer qu'il est de force à pouvoir l'arrêter ; tel aussi cet autre qui, voulant prouver qu'il peut voler aussi bien qu'un oiseau, monte sur un arbre et se lance dans le vide (/. c). »
Nous avons eu nous-mêmes à observer un malade de ce genre qui s'est précipité sans suites fâcheuses d'ailleurs d'un imposte pour prendre l'air, disait-il, sachant bien qu'il était incassable.
Les faits et considérations précédents montrent que les déments ne sauraient être déclarés en bloc dangereux ou non dangereux, selon les afiFections mentales mais que les cas doivent être soigneusement individualisés et que entre la démence au début et la démence confirmée irrémédiable il y a tous les degrés intermédiaires qui rappellent l'homme normal et le relient au malade dément.
Avec la démence au début peut coexister une partie de mentalité normale avec tempérament et réactions fâcheuses relativement indépendantes parfois de la démence.
L'élude de ces déments avec les appareils de psychophysiologie est fort difficile, en raison de la difficulté qu'on rencontre à fixer leur attention.
Néanmoins, au début de TafiFection, quand les dégâts ne sont pas encore trop considérables, on peut constater au chronomètre d'Arsonval un retard mar-
que dans les temps de perception comme dans les temps de réaction. L'exploration des divers ordres de sensibilité et de la motilité est également fort importante.
C'est, en effet, par la constatation clinique de ces troubles physiques essentiels que l'on peut établir le diagnostic exact de la nature paralytique de la démence précitée.
Nous devons donc, au point de vue expérimental, parler de ses signes soma tiques positifs, constatables, et montrer leur relation d'origine avec les phénomènes démentiels, car le mécanisme en est identique.
Tout comme les signes psychiques démentiels, les lignes physiques sont liés à des lésions des cellules cérébrales et médullaires et de leurs prolongements.
Les signes physiques peuvent être distingués en troubles moteurs et sensitivo-sensoriels. Les uns comme les autres sont essentiellement diffus, variables, et progressivement généralisés comme les lésions qui les causent.
Motilité. — Des parésies ou paralysies fugaces et transitoires au début, les troubles moteurs évoluent vers la paralysie totale finale par une accentuation lente jusqu'à abolition complète delà motilité. La coordination des mouvements complexes et délicats est la première en date, naturellement, en vertu de la loi de désagrégation des processus régressifs revenant du complexe au simple dans l'ordre moteur comme dans l'ordre psychique.
Les mouvements automatiques et ceux qui exigent Je moins de concentration, d'attention, comme ceux
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dus à une longue habitude, résistent mieux et en imposent parfois pour une intégrité relative des synergies motrices, alors que les altérations centrales sont déjà fort avancées.
Mais, si l'on fait appel aux coordinations psychomotrices (attention, volition, arrêts) on met en relief l'impossibilité de ces actions psychiques sur les sphères motrices dont les détentes tournent au réflexe immédiat irrésistible et partant, exagéré.
Les synergies élémentaires reposant sur l'équilibre des antagonismes musculaires sont toutes lésées, et l'immobilité devient aussi impossible que le mouvement coordonné avec logique et sûreté. D'où les tremblements au repos comme ceux à l'état de mouvement.
En dehors des appareils enregistreurs dont les graphiques peuvent mettre en lumière les incoordinations motrices diverses, caractéristiques de la paralysie générale, il est un genre d'associations motrices particulièrement faciles à vérifier et dont l'inscription se décèle sans appareil, je veux parler des mouvements d'expression, de la parole parlée et écrite.
L'expression mimique, à elle seule, décèlerait la nature paralytique de la démence, si l'on remarque l'état irrégulier et asymétique des traits, combiné aux tremblements spasmodiques et intermittents de certains muscles (orbiculaires surtout). Il en résulte une mobilité et une variabilité d'expression où prédomine cependant le masque d'une déchéance psy— chique traduite par une atonie générale et une euphorie niaise.
Si le masque paralytique ne s'aflGrme qu'avec les progrès de la démence, le verbe paralytique peut se
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manifester bien avant. On observe alors un contraste entre les expressions automatiques et celles en rapport avec des questions posées sur des sujets inhabituels. J'ai observé un paralytique général qui avait été candidat dans une campagne électorale. C'est d'ailleurs là un fait plus fréquent qu'on ne croit ; à la période d'excitation dynamique, les luttes de tous ordres attirent les malades en quête d'aliments pour leur exaltation maladive, et il y aurait un curieux chapitre à écrire sur les déments dans les luttes électorales. Notre dément paralytique arriva à l'Asile avec un minimum de troubles moteurs vocaux lorsqu'on lui laissait prononcer les discours politiques habituels appris par cœur pendant les élections. C'est au point que j'ai pu recueillir au phonographe un curieux exposé politique d'une durée de 20 minutes sans accrocs manifestes, alors que les réponses à des questions inattendues sur des sujets non familiers relevaient un embarras plus net.
Plus encore que la parole, l'écriture enregistre graphiquement l'altération des centres moteurs correspondant à toutes l^s phases de leur désagrégation.
Qu'il nous suffise à ce point de vue de présenter une série d'échantillons d'écritures de paralytiques aux diverses phases de l'évolution maladive.
Les symptômes qui se rattachent aux autres troubles moteurs des trois fonctions : parole, lecture et écriture, chez les paralytiques généraux, ont entre eux une grande similitude tenant à l'état démentiel fondamental et à l'incoordination motrice connexe.
n est possible de les grouper, avec Joffroy, sous deux chefs :
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{ arthrolalies.
lo Troubles physiques } arthrolexies.
r troubles calligraphiques.
( troubles psychologiques.
30 Troubles pscyhiques | — psycholexiques.
( — psychographiques.
indépendamment des modifications spéciales de parole et d'écriture de nature aphasique, alexique ou agraphique, soit motrices, soit sensorielles. (Joffroy, Iconog. de la Salpêtrière, n" 6, 1904.)
Des phénomènes d'automatisme peuvent s'observer de façon transitoire chez les déments paralytiques et déceler un isolement parcellaire des lobes corticaux ; alors, comme on l'a dit, le lobe frontal dialogue avec les lobes postérieurs.
Chez un de ces paralytiques, l'attitude et la voix modifiées m'ont porté à l'interroger et je me suis aperçu qu'il croyait être sa propre femme incarnée en lui et parlant par sa bouche i Sorti du bain où ce malade avait attiré mon attention, il a pu écrire et le phénomène a persisté dans l'écriture; dans une lettre curieuse au médecin, signée d'un nom de femme, le malade se plaint de l'étrange sentiment qu'il éprouve et finit par s'écrire à lui-même une lettre débordant d'affection et rappelant d'intimes souvenirs ; des objurgations à fin de sortie terminent l'épître avec l'espoir exprimé que les deux êtres réunis en un corps pourront encore se suicider ou fuir ensemble.
Quelques jours après, le malade écrivait des lettres où rien ne persistait du phénomène, pas plus que dans sa parole articulée.
Un deuxième cas d'automatisme psycho-moteur a
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été cité au (îhapitre II. C'est un paralytique qui s'est plaint en pleurant, un matin, d'avoir quelque
FiG. 26. — Écriture de deux paralytiques à deux phases différentes (mêmes mots dictés).'
chose dans la gorge qui le faisait insulter. Un mot d'écrit confirmait cette plainte.
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Le lendemain, le malade, invité à Scrire, signait d'un nom inconnu, quelques lignes d'insultes et de menaces à sa propre adresse : « M. G... est une canaille, je lui prendrai ses 4o ooo francs (idées de grandeur)..., je lui tiens la main. »
Deux jours après, l'euphorie prenait le dessus et l'intrus, au mieux avec son hôte, en célébrait les qualités. La scission delà personnalité s'est ensuite effacée.
Le deuxième malade n'avait eu aucun contact avec le précédent étant dans une section autre (7®)*.
Tels sont les cas d'automatisme chez des paralytiques que j'ai eu occasion d'observer. J'en ai publié l'observation détaillée ^. Ces cas, bien qu'assez rares, méritent l'attention, car ils éclairent les phénomènes d'automatisme plus frustes que l'on rencontre fréquemnient dans la paralysie générale.
Dans les cas d'hallucinations motrices au cours de la paralysie générale, en raison de la période de la maladie à laquelle on les observe, il semble qu'on assiste à la désintégration des neurones centraux d'où résultent les troubles psycho-moteurs et leur paraphrase délirante.
Normalement, le courant cellulifuge actionnant les myoneurones se produit dans l'arc nerveux à la suite d'incitations venues des protoneurones. Le sujet se reconnaît alors objet de sensation et cause de mouvement.
L'usure fonctionnelle qui résulte du phénomène normal se répare.