LUGANO
venons de comparer, suspension passagère de contact entre neurones et rupture définitive des communications, il peut y avoir en fait un rapport de succession ; à l'origine des démences il peut y avoir des suspensions réparables et passagères avant rupture, mais la préparant et l'annonçant ; la plasticité des appendices dendritiques peut commencer par diminuer en attendant qu'elle soit reinplacée par l'atrophie terminale des dendriles.
2 2 LA DÉVfENCE
L'un des phénomènes n'en mène pas moins à l'autre qui, une fois constitué, s'accompagne de démence confirmée irréparable par définition et constatable par l'histologie.
Entre les deux périodes se place une phase intermédiaire durant laquelle les connexions diminuées
7. — Appendices piriformcs et cellules corticales d*anîmaux morts sous le chloroforme (Stefamowska).
A comparer avec la figure tt.
ne sont plus compensées ou le sont mal par les connexions subsistantes ; alors peut se produire un état délirant confus, des illusions, des interprétations fausses, des amnésies, des parésies fugaces, des états émotionnels exagérés par iasuffisante irradiation des excitations. C'est le délire exubérant ou dépressif, selon le tempérament antérieur, les tendances héréditaires et la prédominance des altérations dendri tiques sur les neurones cènes thésiques ou des sens externes.
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Peu à peu, ces états délirants transitoires font place à l'état démentiel terminal à mesure que les dendrites se rompent et réalisent plus complètement l'isolement des neurones corticaux.
« En se rapportant, dit Klippel, aux phases que traverse la cellule nerveuse, au cours de son évolution embryologique et après la naissance, on reconnaît que l'abondance des épines et des ramifications du neurone marque le stade le plus élevé de cette évolution. Chez les animaux, à la naissance, les épines sont encore peu développées ; leur nombre semble s'accroître parallèlement au degré des fonctions de l'écorce. Les connexions qu'affectent les dendrites et les épines qui les recouvrent avec les fibres neurales dans les phases successives de V histogenèse, leur développement tardif et parallèle avec l'évolution psychique de l'individu, ne sont-ils pas en rapport avec les faits précédents tout d'abord indiqués par la pathologie : à savoir que, dans la démence organique, ces arborisations et ces épines vont en s'amoindrissant et qu'elles se détruisent suivant une loi correspondante de régression avant le corps cellulaire luimême?
« De telle sorte que la démence est en évolution parallèle avec la destruction de ces mêmes dendrites dont l'abondance et la multiplicité de connexions avaient marqué le développement progressif des facultés supérieures » *.
I. Klippel. Histologie de la paralysie générale. Congrès de Bruxelles y iqo3, où se trouvent résumés les travaux de l'auteur.
c( ... La destruction d'un certain nombre de fibres, écrivait le même auteur, mettant en communication récorce avec les centres moteurs du bulbe et de la moelle explique les signes physiques de la maladie. Mais, d'un autre côté, on trouve aussi la lésion des fibres transversales qui font communiquer entre elles les différentes circonvolutions et les différents départements de l'écorce... L'affaiblissement mental, l'incohérence, la démence... peuvent être regardés comme la suite de l'altération de ces fibres de communications entre des zones voisines ou éloignées. » {BalL de la Soc, d'anat., 1889.)
Comment la cellule cérébrale perd-elle des dentrites ? Il peut y avoir à cela deux modes : le milieu vital nécessaire à son activité peut être altéré et la cellule subit la même altération, la décurtation de l'arbre cellulaire pourrait alors apparaître ici comme un acte de défense, au moment où la nutrition est trop viciée pour suffire à l'individu, c'est-à-dire à la cellule tout entière (Klippel). Les tissus ambiants restant relativement indemnes, la cellule peut dégénérer seule par suite d'un processus limité à l'ensemble du système des neurones et de leurs annexes, voire même à une partie du système seulement.
Dans le premier cas, les individus frappés de démence présenteront à l'examen post mortem un tissu cérébral où se manifesteront des altérations concomitantes des cellules cérébrales et surtout des fibres blanches en émanant, ainsi que de la névroglie et des vaisseaux. C'est l'altération des systèmes neuroépithélial et vasculo-conjectif tout à la fois, c'est-àdire que tous les éléments constituant la substance
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cérébrale se montrent lésés ; ce sont là les démences les plus fréquentes dont l'examen microscopique complet décèle souvent, comme nous le verrons, au moins à titre de conséquence, la participation de tous les tissus vivants à la dégénération générale constatée . dans le cerveau.
Dans d'autres cas de démences, les neurones seuls sont atrophiés, et le système vasculo-conjectif indemne ; aussi voit-on ces déments vésaniques, précoces le plus souvent, vivre avec un cerveau non désorganisé au point de vue de la viabilité du tissu, mais privé de ses associations corticales et survivants à l'autonomie cellulaire, grâce à une assistance appropriée.
M. le D*" Klippel, dont nous sommes heureux de pouvoir invoquer l'autorité en citant les belles préparations qu^il a bien voulu nous communiquer, s'est attaché à démontrer que l'encéphale était composé de tissus de diflerencialions diverses comportant des vulnérabilités différentes. Il a établi que certaines démences frappaient l'ensemble de ces tissus, les éléments neuro-épi théliaux (neurones et névroglie) aussi bien que les éléments vasculo-conjectifs (vaisseaux et méninges), tandis que d'autres se localisaient en définitive sur les seuls éléments neuro-épithéliaux (démences vésaniques et démences précoces).
Or, c'est dégager un caractère important d'un agent pathogène que de reconnaître sur lesquels de ces tissus porte son action.
La lésion du seul tissu neuro-épithélial caractériserait donc tout une grande classe, très particulière des démences et semblerait indiquer que les agents pa- D*" Marie h
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thogènes qui la provoquent n'entraînent de lésions que dans le tissu le plus hautement différencié et par là le plus fragile, agissant probablement de façon assez faible, mais lente et répétée, de sorte que les réactions vasculo-conjectives pourraient faire défaut contrairement aux autres démences où les altérations vasculaires se produisent avec constance*-.
Si donc toutes les démences reconnaissent des lésions organiques dans celles dites précoces et vésaniques, les lésions qui, d'ailleurs, y peuvent être des plus marquées seraient circonscrites au seul tissu neuro-épi thélial.
Pour résumer ces considérations préliminaires concernant la démence, en général, nous dirons que le substratum organique en serait l'altération de l'atome psychique appelé neurone, lésé d'abord et essentiellement dans ses expansions dendri tiques, d'où isolement et autonomie cellulaire (rupture consécutive des associations psychiques).
Cette atrophie de la cellule élémentaire cérébrale peut être associée à une altération générale de tout ou partie du tissu encéphalique qui constitue son soutènement, son terrain de culture, si l'on peut ainsi dire. Mais l'atrophie peut être limitée à la cellule nerveuse.
De là deux grandes classes de démence en rapport avec ces deux mécanismes d'altération de l'organe de la pensée.
A vrai dire, ce dédoublement des démences en deux catégories anatomopathologiques appelle des