‹ La Démence neuro-épithélialeChapitre 15 sur 23 · OBSERVATIONS PERSONNELLES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS PERSONNELLES

Obs. 52 (Personnelle) (1)

Ba .,âägé de 21 ans, porteur aux halles, entre à l’asile de Vaucluse, t

suivant : « Délire mélancolique, hallucinations, mutisme, refus d'aliments, insomnie. » D' Dagonet. Antécédents héréditaires : un père alcoolique qui à été interné à Ville-Evrard pendant un an et un oncle qui a été en traitement dans le même asile ; mère bien portante, mais très bizarre, nerveuse, exagérée ; quatre frères plus jeunes qui se porteraient bien.

Enfance normale ; certificat d’études à 12 ans. C'était un garçon intelligent qui, quoique aimable, gentil, se serait toujours montré taciturne. Employé chez un fabricant de roues en fer, il gagnait #4 fr. par jour. Six mois avant son entrée à l'asile, il quitte cette place pour s'être disputé avec son contre-maître, et dans les derniers temps, il travaille comme porteur aux halles. Il aurait été refusé au service militaire pour varices. Il n'aurait fait d’excès d'aucune sorte se tenant plutôt à l'écart de ses camarades qui le considéraient comme un rêveur. Cependant il change de caractère, devient coléreux, se dispute avec ses amis, frappe des agents qui voulaient s'interposer au moment d’une discussion trop violente dans la rue. Laissé en liberté provisoire une première fois, il est arrêté à nouveau pour coups envers des agents ef est condamné à 2 mois de prison avec sursis. Rentré chez lui, il a des idées de suicide, des hallucinations ; il ne mange plus, ne parle plus ; et c'est dans ces conditions qu'il est interné.

A son entrée à Vaucluse, le malade a l'attitude d’un mélancolique. Il reste immobile dans un mutisme complet, n'obéissant qu’incomplètement aux ordres simples, comme «Q tirez la langue .., écartez les

(1) Nous devons la plupart de nos observations personnelles à l’extrême obligeance de M. le Dr Vigouroux, qui nous a accueilli dans son service de l’usile de Vaucluse, avec une bienveillance telle que nous ne savons comment lui exprimer notre gratitude.

doigts. » De taille moyenne, il pèse 62 kilog. 500. Il présente un peu de tremblement des doigts, pas de troubles de la marche. Les réflexes tendineux sont exagérés ; les cutanés normaux ; on ne constate pas de troubles de la sensibilité, pas de troubles trophiques. A noter cependant une tendance à la catatonie et un certain degré de dermographisme. Pas de modifications des pupilles. L'examen des divers appareils est négatif.

Du 26 août au 19 novembre 1904, état de stupeur avec mutisme, tendance à la catatonie et stéréotypie des attitudes. Cet état disparut progressivement et fit place à un état de confusion mentale avec impulsions motrices violentes, rires explosifs, ete. Le malade ne put jamais rendre compte de son état. Il ne conserve le souvenir d'aucune idée délirante. Il savait qu’il était à l'asile de Vaucluse et demandait sa sortie, bien qu'il fut incapable de se livrer au moindre travail. Il reconnaissait sa mère, lui demandait des friandises mais ne lui témoignait aucun sentiment affectueux.

Du 13 novembre 1904 en août 1905, confusion avec tendance à la dépression : il recherche la solitude, ne parle pas aux autres malades, répond aux questions par monosyllabes. Il est indiflérent, apathique ; toujours rires explosifs.

En août 1905, le diagnustic de démence précoce est posé dans un certificat aux fins de transfert.

Depuis cette époque, le malade présenta une série d'accès d’'excitation qui venaient se grefler sur l'état de confusion mentale sans aucune régularité.

Pendant les périodes de calme : il est confus, indifférent, s'occupe un peu S'il est dirigé, ne parle pas ou très peu, mange avec voracité et engraisse. Il ne s'intéresse à rien, ne Jit pas et n'entre en mouvement que si on l'incite, sauf cependant pour se laisser aller à des impulsions violentes.

Les périodes d’excitation sont beaucoup plus longues et de beaucoup les plus fréquentes. Elles débutent par un besoin de taquinerie, une recrudescence des impulsions violentes ; il frappe sans raison ou pour un motif futile parce qu'on l’a frôlé, touché. Puis apparaissent l'agitation motrice incessante, automatique et la loquacité: il se déshabille, déchire ses vêtements et sa literie, souille le parquet, les murs, son lit ou sa personne de matière fécale; il frappe avec violence dans la porte de sa cellule qu’il a souvent brisée : il parle sans cesse ou plutôt crie, tenant des propos incohérents mais surtout grossiers et injurieux

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pour ceux qui l’approchent. Il s'oppose à tous les ordres, à tous les mouvements qu'on veut lui imposer (négativisme). Au point de vue physique, il devient aphone et maigrit rapidement.

Après une dernière période de calme d'août à décembre 1909, une période d’excitation s’installe qui dure jusqu’à la mort. Toujours agité, sans sommeil, maigrissant, on le laisse alité. Il reste assis sur son lit après avoir déchiré toute sa literie, tout nu ou enveloppé dans un reste de couverture, se masturbant fréquemment, riant aux éclats sans raison, sautant brusquement de son lit pour voler un objet ou frapper un malade voisin. Très amaigri, il s’affaiblit et présente une série de furoncles sur tout le corps; puis surviennent la diarrhée, l’inappétence, l'incontinence d’urines et la mort, le 26 octobre 1910.

Autopsie des organes. — Au niveau des poumons, on trouve de l’ædème et de la congestion ; pas de ganglions caséux au hile. Histologiquement, les capillaires apparaissent gorgés de sang; certaines alvéoles sont libres ; d’autres sont remplies de fibrine avec polynucléaires ; mais pas de traces de tuberculose.

Le cœur pèse 280 grammes ; le ventricule gauche est légèrement hypertrophié ; les orifices sont normaux; pas de modifications notables des vaisseaux.

Le foie pèse 1,370 grammes et ne se montre pas altéré macroscopiquement. À l'examen histologique, on ne note aucun processus de dégénérescence graisseuse ou de cirrhose, seulement de la congestion.

Le pancréas est normal ainsi que la rate.

Le rein gauche pèse 300 grammes ; au niveau du rein droit, on trouve un petit abcès de la grosseur d'une noix s’ouvrant dans le bassinet. Histologiquement, il s’agit d'une infiltration de polynucléaires avec débris cellulaires provenant de la destruction des tubes, mais sans lésions tuberculeuses. Capsules surrénales, corps thyroïde et testicule ont été examinés au microscope et trouvés sans altération aucune ; au niveau du testicule en particulier, on voit les cellules des tubes séminifères en prolifération active et pas de modifications des cellules interstitielles.

Système nerveux. — Légère opacité de la pie-mère au niveau des sillons sans traces de méningite ; décortication sans érosions. Cerveau tuméfié, œdémateux ; circonvolutions régulières ; artères de la base non athéromateuses. À la coupe intégrité macroscopique des noyaux gris et de la substance blanche: ventricules non dilatés, à parois

lisses. Bulbe, cervelet et moelle normaux en apparence. Hypophyse normale. |

Examen histologique. — Hématéosine et Van Gieson, Nissl, Weigert- Pal. Méthode de Lhermitte pour la névroglie. Flemming.

Cerveau. Méninges : fibres connectives, dissociées par l’œdème (œdème agonique) ; pas de multiplication des cellules fixes ; pas d’infiltration lymphocytique ou autre. Vaisseaux pie-mériens intacts, sans lésion des parois, sans diapédèse. Les vaisseaux intra-cérébraux se montrent partout indemnes ; leur gaine lymphatique est distendue par l’ædème mais reste libre ; ils sont congestionnés mais il n’y a pas de

diapédèse.

Fic. 1. — Cas Bal. — 2° frontale. Couche des grandes pyramidales. Stiassnie 0c. 1. Imm. 1/18. Nissl.

Vaisseau à paroi intacte, sans infiltration de la gaine ni réaction névroptique. Cellules nerveuses en voie de destruction, la plupart réduites à un noyau déformé avec nucléole déplacé, entouré d’un amas granuleux plus ou moins abondant, vestige du corps protoplasmique et de cellules sattellites névroptiques nettement proliférées (1).

Deuxième frontale. — Lésions étendues à toutes les couches de l'écorce. La lésion la plus fréquente consiste en une rétraction de la cellule avec disparition des prolongements, le corps cellulaire étant uniformément granuleux, plus ou moins chargé en pigment, pigment jaune ne se colorant pas en noir par l’action de l'acide osmique, le noyau vésiculeux, ou réduit au nucléole le plus souvent en position excentrique. D’autres cellules ne présentent plus de traces de noyau et sont mal limitées ; d'autres au contraire sont réduites à un noyau sans nucléole. Il existe une prolifération très nette des cellules satellites

(1) Dessin de M. G. Kuenemann, externe des hôpitaux.

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