III - DEMENCE CATATONIQUE
Définition : Catatonie et états catatoniques. —
Sous le nom de catatonie (xara, tovoç^ en contraction), Kahlbaum (1) a décrit, en 1874, une affection cérébrale à marche cyclique, revêtant tour à tour l'aspect de la manie, de la mélancolie, de la stupeur, etc., et se terminant par de la démence, avec cette particularité que ces troubles psychiques sont toujours accompagnés de modifications fonctionnelles du système nerveux mo-
(i ) Kahlbaum. — Die Kalatonie ocler dos Spannungsirreseirij 1874.
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leur offrant les caractères généraux de la spasticité. Cette conception qui ne tendait à rien moins qu'à faire de la catatonie une entité clinique comparable à la paralysie générale progressive — maladie dans laquelle sur un fonds démentiel on observe des délires variables et des troubles moteurs à forme paralytique — fut généralement rejetée. Néanmoins l'expression de catatonie est restée dans la science et aujourd'hui elle est appliquée un peu inconsidérément à des maladies, sinon à des malades, très différents, parce qu'en médecine mentale, comme dans les autres branches de la pathologie, il arrive trop souvent qu'on désigne sous un même vocable tantôt la maladie et tantôt le symptôme qui en constitue le phénomène capital.
Sans insister davantage sur ce côté de la question qu'on trouvera discuté dans une intéressante revue critique de Séglas et Chaslin (1), nous pensons qu'il y a lieu de séparer avant tout très nettement la catatonie proprement dite des étals ou des signes catatoniques qui peuvent apparaître dans le cours de différentes névropathiesoucérébropathies, telles que l'hystérie, l'épilepsie, certaines lésions cérébrales en foyer, la paralysie générale progressive, l'idiotie, l'alcoolisme, etc.
D'après Séglas (2), ces symptômes catatoniquessont des variétés d'états mélancoliques, simples ou symptomatiques, avec stupeur plusoumoins accentuée, variétés qui seraient peut-être en rapport avec le terrain hystérique.
(1) Ségi.as et Chaslin. — Archives de neurologie^ 1889, etc. No» 44, 45 et 46.
(2) Séglas. — Une observation de Mélancolique cataleptique (Aou». Icon. de la Salpêtrière, 1889).
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Mais^ défalcation faite des cas dans lesquels des phénomènes cataloniques ou catalepliformes se montrent surajoutés à une maladie fondamentale qu'il importe de reconnaître, il en existe d'autres, où le syndrome catatonique, évoluant pour son propre compte, peut être considéré sinon comme une entité spéciale, du moins comme l'une des trois grandes modalités que peut revêtir la démence précoce et qui constitue la catatonie proprement dite.
La catatonie (forme slupide de la démence précoce), que nous allons maintenant décrire, est caractérisée par des états particuliers de stupeur ou d'excitation, aboutissant le plus souvent à la démence et accompagnés de phénomènes de négativisme^ de suggestibilité etde 5^ereo/7/7>îe (Kraepelin).
Apathie intellectuelle et morale. Stupeur. — La catatonie débute habituellement par une courte phase d'excitation qui rappelle celle des hébéphréniques; mais celle-ci est généralement plus courte et fait place, au bout de quelques jours ou de quelques semaines à un état d'apathie, <i'i:nertie et de torpeur qui se change bientôt en véritable stupeur.
Tel jeune homme, par exemple, qui, jusque-là, travaillait convenablement, néglige ses études, s'emporte quand on lui fait des observations, refuse d'obéir à ses maîtres, ne trouve aucune raison pour justifier son changement de conduite, commet quelques actes extravagants, puis Onalementperd toute initiative et garde un mutisme absolu.
Une observation attentive des malades, pendant la courte phased'excitation qui précède la stupeur, permet le plus souvent de saisir quelques lambeaux d'idées délirantes, habituellement de couleur trisle : idées de
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culpabilité, de persécution, etc. Une femme de chambre d'hôtel trouve un mouchoir perdu par un voyageur, elle s'imagine qu'on va l'accuser de l'avoir volé, elle se lamente, se désole, puis, après quelquesjours de cet état anxieux, reste complètement inerte sans vouloir ni parler, ni manger. Une autre croit qu'elle sent le cadavre, qu'elle empoisonne par son odeur tous ceux qui l'approchent; le lendemain elle veut changer de religion et se croit en bulle aux persécutions des juifs; un autre jour elle ne reconnaît plus son mari, « elle n'a jamais été mariée, peut-être a-t-elle été sa maîtresse », tout cela débité sur un ton indifférent ou même en souriant. Une jeune fille de vingt-trois ans a deux crises d'excitation, de quelques semaines chacune de durée, séparées par un intervalle lucide, puis elle devient complètement apathique, ne prend plus aucun soin de sa personne et ne répond plus aux questions qu'on lui adresse que par un marmottement presque inintelligible.
En même temps que celte absence de toute spontanéité et de toute initiative, on constate, chez la plupart de ces malades, une sorte d'anesthésie cutanée en rapport avec leur engourdissement cérébral. Leur physionomie dépourvue de toute expression, béate, niaise, quelquefois même un peu sarcastique est bien différente de celle des véritables mélancoliques aux traits durs, contractés et comme figés, qui reûètent si bien la profonde douleur morale dans laquelle ces malades sont plongés.
Après cette phase de début, caractérisée surtout par des phénomènes d apathie intellectuelle et morale et par l'apparition de quelques idées délirantes, rudimentaires, incohérentes et absurdes, accompagnées ou non de troubles sensoriel^, les malades, devenus complète-
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ment slupides, présentent une série de troubles moteurs et musculaires groupés sous les noms de négativisme, de stéréotypie et de suggestibilité, qui sont caractéristiques de la catatonie à sa période d'état.
Négativisme. — On désigne aujourd'hui sous le nom de négativisme le complexus symptomatique appelé autrefois folie d'opposition et qui est caractérisé par une tendance permanente et instinctive à se raidir contre toute sollicitation venue de Vextérieury quelle qu'en soit la nature (Kahlbaum). Cette définition, très étendue à dessein, permetd'englober dans le négativisme un grand nombre d'actes, différents en aj)parence, mais qui ne sont que Texpression variable d'une môme mentalité, d'un même entêtement systématique.
Si, par exemple, l'on essaye de soulever le bras d'un calalonique ou de lui ouvrir son poing fermé, une contraction musculaire antagoniste s'y oppose énergiquement; si l'on réussit à vaincre cette résistance, le bras ou la main reprennent, dès qu'on les abandonne, la position qu'ils occupaient primitivement : la palpation des muscles, durs et rigides, montre la réalité de la coutraction antagoniste.
Si on interroge ce catatonique, il ne répond rien, non parce qu'il ne saisit pas le sens des questions, mais parce qu'il ne veut pas parler et se renferme volontairement dans un mutisme obstiné. Ce mutisme constitue une véritable attitude stéréotypée prise par l'esprit (fig. 5). On a voulu y voir le résultat d'une convulsion tonique, que Kahlbaum opposait à la loquacité ou verbigération des excités catatoniques, qui, elle, représenterait une sorte de convulsion clonique. En réalité, la rigidité des muscles de la langue ou de la mâchoire, n'intervient que secondairement pour produire le mu-
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lîsme ; celui-ci est d'origine psychique et n'est qu'une
Fig. 5. — Démence CATATONIQUE. — Q..., 52 ans, fleuriste. —Début à 43 ans par une courte phase d'excitation anxieuse, allume un réchaud pour se tuer, à partir de ce moment ne prononce plus que le mot « feu ». Négativisme, mutisme, rigidité généralisée. Conserve invariablement la même attitude depuis quatre ans : la tête légèrement inclinée, la physionomie inerte, inditférenle, les doigts repliés convulsivement dans la paume de la main. Impulsions subites.
des formes de la résistance aveugle x[u'opposent ces malades à tout acte, si infime soit-il.
De même qu'il refuse de parler, le catatonique slupide
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refuse de se lever, de marcher, de manger, de se coucher, de se vêtir, ou bien fait le contraire de ce qu'on lui commande. Il garde une immobilité absolue pendant des journées entières, par peur du changement et du mouvement, ou sans aucune raison. Bientôt même cet absurde espirit de contradiction se traduit par une opposition systématique aux actes les moins volontaires delà vie végétative; non seulement il y a refus de nourriture, maison peut encore observer d'invraisemblables et permanents efforts pour retenir volontairement les urines, la salive, etc. {Vig. 6). Dans certains cas, la raideur motrice généralisée des catatoniques peut avoir un caractère physiognomonique et expliquer plastiquement une idée délirante, sous forme des attitudes stéréotypées que nous étudions plus loin.
Suggestibilité. — En général, le négativisme se montre primitivement, et dure indéfiniment; mais il est remplacé de temps en temps par de la suggestibilité. Ce mot doit être entendu ici dans son acception la plus large; il ne s agit pas seulement de la faculté qu'ont ces malades de recevoir des suggestions verbales, mais d'une tendance générale, permanente et instinctive, à adopter toute sollicitation venue de l'extérieur, quelle quen soit la nature. C'est donc exactement l'inverse du négativisme ; et la suggestibilité ou docilité extrême de certains catatoniques n'est sans doute que la marque de la désagrégation progressive de leur personnalité.
Si la sollicitation venue de l'extérieur est d'ordre moteur, si, par exemple^ on soulève le bras d'un catatonique suggestible, le membre ou le segment de membre demeure fixé en l'air, dans la position qu'on lui imprime ; il en résulte des poses extatiques, des attitudes qui rappellent les états calaleptiques de
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rhystérie, et comme il s'agit là d'un signe facile à objectiver chez tous les malades qui sont plus ou moins
Fi^. 6. — Démknce CATATONIQUE. — V..., 33 ans. — Hérédité vésanique (mère aliénée, père suicidé). — Début à 20 ans. D'emblée négativisme (mutisme) et stéréotypie (faisait trois pas en avant, puis trois en arrière). Actuellement, suggestibilité (conservation des attitudes passives), coexistant avec la rétention volontaire et permanente de la salive (rendue apparente sur la photographie par la contraction des muscles de la partie inférieure du visage).
plongés dans la stupeur, on en a fait le signe calatonique par excellence {Vi^, 6).
L'explication psychologique de cette plasticité musculaire persistante est la même que celle de la catalepsie hystérique, à savoir Tabsence de toute perception
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venant avertir le sujet de la position de son bras; n'étaient son propre poids, et l'épuisement progressif des centres sensitivo-moteurs, il le garderait en lair indéfiniment. Pour d'autres auteurs, en particulier pour Raymond, ainsi que pour Séglas et Chaslin,'cette immobilité cataleptiforme provoquée serait en rapport avec des altérations du sens musculaire, telles qu'on en observe dans l'hystérie.
Mais la suggestibilité de ces malades ne se réduit pas à cette flexibilité cireuse [Flexibilitas cerea «des Allemands) et ils n'adoptent pas que les sollicitations motrices : ils reproduisent, spontanément et en les déformant plus ou moins, les mots ou même les phrases qu'on prononce devant eux. La forme la plus habituelle de celte écholalie se manifeste par la répétition automatique, à la manière d'un écho, des derniers mots qui frappent les oreilles des sujets. Dites-moi votre nom? — Mon nom? — Avez-vous dormi? — Dormi, etc. Dans le champ de cette conscience profondément troublée, le moindre changement apparaît difficile et douloureux; aussi le mot entendu tend à s'emparer de l'esprit et à y persister indéfiniment, au détriment des images qui ne peuvent plus être évoquées.
Celte extrême passivité, cette aboulie par désagrégation de la personnalité se manifeste encore davantage dans l'activité imitative de certains calatoniques suggeslibles qui reproduisent spontanément les gestes des personnes présentes (eW«omm2>, ec^o/>r«j?«>). Par exemple, le médecin avance la main : aussitôt le malade tend la sienne ; on prend sa montre, il fouille dans son gousset; on se baisse, il se baisse, etc. Ou bien ce sont les gestes et les attitudes des autres ma-
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lades, et de préférence les plus absurdes, qui sont imités ; à côlé d'un nialade qui se tient debout, immobile et la tète profondément penchée vers la terre, vient s'en placer un autre qui, non content d'imiter son attitude, l'exagère en fléchissant et penchant tout le corps en avant. Rien n'est plus curieux que de causer avec quelqu'un de ces malades, doués d'un tel pouvoir imilatif, et de relever au passage les causes extérieures, incessamment changeantes et éphémères, qui dirigent et orientent leur conversation incohérente. Enfin, dans certains cas, où la réceptivité passive de Tesprit laisse encore persister quelque faculté d'atlention, le pouvoir imilatif est si considérable qu'il suffit d'écrire au tableau noir. « Levez le bras en l'air », pour qu'aussitôt le malade accomplisse ce geste (Masselon).
Stéréotypie. — Négativisme et suggestibilité constituent par leur coexistence ou leur succession chez les mêmes malades, ce qu'on appelle \d^ stupeur catatonique à côté de laquelle on a coutume de décrire une excitation catatonique^ caractérisée surtout par des impulsions soudaines et par de la stéréotypie. Mais, bien plutôt que deux formes distinctes et devant êlre opposées Tune à l'autre, ce sont là deux états qui se succèdent habituellement chez un même sujet, des raptus passagers interrompant fréquemment l'état de stupeur, sous forme de périodes alternatives, plus ou moins régulières.
Ces états d'excitation catatonique sont remarquable» par la tendance à la stéréotypie dans le langage et dans les actes.
« La stéréotypie (Kraepelin) est caractérisée par la durée anormale des impulsions motrices^ qu'il s'agisse G. De.^y et P. UoY..— Démence précoce. 3
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d'une contracture permanente d un certain groupe de muscles, ou de la répétition fréquente d'un même mouvement ». L'excitation catatonique est donc une excitation stéréotypée, uniforme, systématisée, tandis que l'excitation maniaque ordinaire est mobile, variable, polymorphe.
La définition de Krœpelin établit immédiatement la division, commode pour la description, adoptée par Ricci (î), Séglas et Cahen (2) en stéréotypies de l'attitude ou akinétiques, et en stéréotypies des mouvements et des actes ou parakinétiques.
Nous avons déjà relevé plusieurs cas de stéréotypies akinétiques, comme ce malade qui refuse de quitter le lit par peur du changement ou celui qui se tient continuellement debout, sans appui, dans l'immobilité absolue; de même on en voit qui restent couchés en chien de fusil ; un autre garde son visage appliqué contre terre, un troisième demeure accroupi, les coudes sur les genoux et tout replié sur lui-même à la manière d'un sphynx.On trouve chez les catatoniques beaucoup dautres attitudes professionnelles ou pathétiques, bizarres, cabalistiques: attitudes de combattant, de prédicateur, de gymnaste, de crucifié, etc. (fig. 7).
Mais les stéréotypies parakinétiques sont bien plus nombreuses; tandis que le maniaque se fait remarquer par les variations incessantes de sa turbulence et de son agitation, le catatonique excité se reconnaît à la répétition monotone des mêmes mouvements sans but : certains vont sans cesse d'un point à un autre et revien-
(I^ Ricci. — Les stéréotypies dans les démences et spécialement dans les démences consécutives {Riv. sp. di fren.^ 1890).
(î) Cahen. — Contribution à l'élude des stéréotypies (Arch. de neurologie, déc. 1901).
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nent par le même chemia; d'aulres tournent encercle avec une vitesse constante et sans que rien puisse les distraire de leur invariable itinéraire ; d'autres encore, en
Fig. 7. — Attitude catatonique chez un dément précoce. (Due à Tobligeance de M. le D"* Séglas.)
un point de leur course, se livrent à quelque acte absurde, comme ce malade qui, depuis des années, lèche le mur toujours au même endroit, au point que la pierre
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en est usée et comme polie. Les démarches les plus bizarres peuvent s'oberver: certains malades ne pro-
Fig. 8. — Démence catatonique. — R..., 39 ans, employé de chemins de fer. Début à 22 ans par de la prostration, du mutisme, de la stupeur, des mouvements bizarres (arrêté sur la voie publique à cause de ses extravagances). Onanisme. Se tient toujours debout, les bras en avant du corps, la tête fléchie, marmottant des mots inintelligibles. Négativisme.
pressent qu'en sautant, en rampant sur les mains, en
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marchant de côté, en ayant soin de toujours porter le même pied en avant, etc. (fig. 8).
A côté de ces stéréolypies dans la marche, il en est d^autres qui nMntéressent qu'une partie déterminée du corps: un malade répète sans cesse le geste de secouer une main amie; un autre imite les mouvements d'un cavalier et excite une monture imaginaire par des interjections toujours identiques; un troisième frappe dans ses mains nuit et jour; un autre encore balance sa tête à la manière d'un ours. Une de nos catatoniques passe son temps à s'épiler les cheveux, les sourcils, le pubis; une autre s'écorche les différentes parties du visage. Certains mouvements stéréotypés s'observent avec une fréquence particulière à la face : tantôt ce sont des mouvements des lèvres que le malade avance en les contractant en forme de museau {bouche en groin) ou qu'il écarte en léger rictus, tantôt des reniûements, des clignements d'yeux, des battements des paupières, etc. Des hoquets et autres bruits bucco-pharyngés composent encore des grimaces qui aboutissent quelquefois au rire et au pleurer spasmodiques.
Des actes plus compliqués peuvent être stéréotypés, et certains déments précoces recommencent un grand nombre de fois les mêmes puériles tentatives d'évasion ou de suicide accomplies dans les mêmes circonstances et avec la même stupidité. Enfin l'excitation génitale, assez fréquente, peut imprimer une direction spéciale aux mouvements automatiques (onanisme effréné).
Cette stéréotypie que nous constatons si nettement chez les catatoniques existe également, quoiqu'en général moins accentuée, dans les autres formes de la démence précoce et l'on peut trouver tous les intermédiaires entre les stéréotypies catatoniques et le simple
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maniérisme, les tics, les grimaces et Tabsurdité du maintien que nous avons notés dans la forme hébéphrénique. Maudsley(l) rapporte plusieurs exemples des bizarreries et des excentricités plus ou moins conscientes de certains hébéphréniques, témoin ce jeune homme qui avait l'habitude de heurter à deux reprises la pierre qu'il venait à heurter; s'il crachait une fois, il devait cracher deux fois, et s'il écrivait un mot d'une manière incorrecte, il devait répéter Tincorrection.
Comme nous Tavons observé pour la paramimie hébéphrénique, les mouvements delà face, le^gesticulatib-ns désordonnées des membres et du tronc des catatoniques n'ont aucune relation entre eux, ni ne sont en rapport avec les idées délirantes en cours. De même que ces malades ont des conceptions délirantes remarquables par leur caractère incohérent, absurde, contradictoire, démentiel^ de même les manifestations motrices (mimique ou langage) apparaissent privées de toute signification, considérées en elles-mêmes ou rapportées au délire. Tandis que certains maniaques ont des gestes conformes à leur délire, l'agitation musculaire du dément précoce est toujours absurde et marquée, dès le début, derempreintedémentielle. C'est donc à bon droit que Masoin rapproche la stéréotypie catatonique de l'automatisme de Tidiot qui portent l'un et l'autre la marque d'un même affaiblissement intellectuel, ne différant que par la date de son apparition, tardive ou congénitale.
La stéréotypie du langage parlé ou écrit [verbigération) est tout aussi fréquente que celle des autres actes et mouvements.
(1) Maudslet. — Pathologie de V esprit, Trad. Germont, 1883.
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Exagérant ]a loquacité extravagante et TalTectation puérile de certains hébéphrénîques qui répètent à satiété les mêmes mots ouïes mêmes phrases, les catatoniques qui ont de la verbigération passent des journées entières à fredonner la même mélopée, à marmotter quelques mots ou quelques lambeaux de phrases, toujours les mêmes et le plus souvent inintelligibles. D'autres entremêlent ou font suivre toutes leurs paroles d'interjections, d'adverbes sans signification, parfois même de néologismes fabriqués à leur usage. Il s'agit là d'impulsions verbales automatiques qui sont, en quelque sorte, de véritables tics du langage; et c'est ce qui distingue la verbigération catatonique de l'idéorrhée, de la confabulation et de la radolerie des autres variétés de démence.
Pas plus que le négativisme et la suggestibililé, la stéréotypie n'est pathognomonique de la catalonie ou même de la démence précoce. Pour permettre à la stéréotypie de prendre naissance, il faiit sans doute, dans certains cas, un délire plus ou moins systématisé, où les idées, fixées et stéréotypées, entraînent des actes automatiques et toujours identiques (Cahen) ; c'est à ce titre que nous retrouverons la stéréotypie dans la démence paranoïde. Mais ce qui esl indispensable, même dans les cas de délire systématisé, c'est un affaiblissement intellectuel assez prononcé, un amoindrissement de la conscience et de la volonté suffisant pour ne pas empêcher la production des mouvements stéréotypés. Stéréotijpie signifie donc avant tout déficience psychique^ et ceci suffit à montrer sa valeur sémiologique dans la démence précoce en général et dans la cala, tonie en particulier.
Ainèi que nous l'avons déjà indiqué, les phases de
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stupeur ou d'excitation, tantôt existent à Tétat isolé, tantôt se succèdent et s'entremêlent.
La durée de ces périodes de stupeur ou d'excitation est toujours longue, elle varie de quelques mois à plusieurs années; aussi le passage de cette période d'état à la démence terminale est-il habituellement assez difficile à saisir.
Ajoutons, avant de terminer ce tableau, que les catatoniques stupides ne sont guère moins dangereux que les excités, les uns, et les autres réagissant, à la manière des hébéphréniques, contre leurs troubles sensoriels et leurs représentations mentales exagérées par des actes impulsifs qui les rendent très dangereux pour leur entourage.