CHAPITRE IV
Anatomie pathologique.
Les facultés psychiques étant détruites dans la démence sénile, nous constaterons des lésions profondes dans l'écorce grise du cerveau.
On divise toute l'épaisseur de l'écorce cérébrale normale en cinq couches qui sont en allant de la substance blanche aux méninges : La première, dite interne, formée de cellules étoilées et fusiformes ; Ja seconde, caractérisée par des éléments cellulaires petits et très nombreux, de forme peu régulière; la troisième, remplie de grandes cellules pyramidales et de tubes nerveux très nombreux et très gros, dont les uns sont perpendiculaires, les autres parallèles aux méninges. Les premiers viennent de la couronne rayonnante de Reïl, après avoir parcouru les étages précédents, les seconds, intra-corticaux proprement dits, viennent d’une autre partie de l'écorce. La quatrième couche est formée par de petites cellules pyramidales et des fibres très fines disposées en tous sens. La cinquième, dite externe ou granuleuse, sousjacente aux méninges, contient des cellules très petites et des fibres très fines, dites tangentielles ou parallèles aux méninges. Les fibres de toutes ces couches sont à myéline. Cellules et tubes nerveux sont soutenus par la névroglie que parcourt les artérioles et les capillaires.
Mentionnons encore le sang qui, lui aussi, est un
élément constitutif de la substance cérébrale qu'il est chargé de nourrir.
Que deviennent tous ces éléments dans la démence sénile? Comme notre symptomatologie débute par l'état mental du vieillard dont l'intelligence est normale, nous suivrons le même plan pour l'anatomie pathologique afin de pouvoir comparer le cerveau du vieillard avec celui du dément.
Chez le vieillard dont l'intelligence est normale, l’encéphale participe au processus atrophique de tous les organes. Son poids qui était de 1,341 gr. chez l’homme de 40 ans et de 1,262 chez la femme du même âge, n’est plus que de 1,326 gr. et 1,203 à 60 ans et au-dessus (1). Cette diminution porte principalement sur les régions frontales et pariéto-temporales et plus encore sur l'hémisphère gauche que sur l'hémisphère droit (2). A 80 ou 85 ans, le premier a perdu 101 gr. et le second 106 gr. (3). Les circonvolutions sont amincies, la substance grise corticale décolorée présente parfois cependant une teinte plus foncée. Ses cellules paraissent plus petites et présentent des granulations pigmentaires et graisseuses plus nombreuses (4). La substance blanche prend une teinte jaunâtre (5). Les membranes d’enveloppe sont épaissies par place. Les capillaires sont atteints de dégénérescence graisseuse,
(1) Broca, cité par Demange. Etude clinique et anatomo-pathologique sur la vieillesse.
(2) Rey. Du poids des lobes du cerveau d’après les registres de Broca, in Annales médico-psychologiques .
(3) Rey. Idem. 3
(4) Vulpian, cité par Charcot, Anatomie et physiologie de la vieillesse. OEuvres complètes, 1. VII.
() Demange, Loc. cit.
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les vaisseaux artério-scléreux présentent l'état athéromateux à divers degrés (1). Signalons encore les dilatations ou varicocités considérées par M. Laborde (2) comme normales chez les vieillards. Les veines sont dilatées et gorgées de sang. Ce dernier lui-même est moins oxygéné et plus chargé d'acide carbonique (3). La quantité d'hémoglobine, le nombre des globules rouges sont diminués. Il est donc moins vivifiant (4).
Nous allons retrouver les mêmes lésions chez le dément sénile; mais leur proportion plus grande en amènera d’autres et les rendra incompatibles avec le bon fonctionnement du cerveau. Etudions d'abord les lésions macroscopiques, nous verrons ensuite les altérations microscopiques.
1° LÉSIONS MACROSCOPIQUES : La dure-mère est adhérente au crâne, l’arachnoïde opalescente par places, la pie-mère épaissie. Le liquide céphalo-rachidien, en grande quantité dans les ventricules et à la surface des hémisphères, supplée à l’atrophie de l’encéphale : le poids de ce dernier chez le dément sénile, âgé de 68 ans, n'est plus en moyenne que de 1,249 gr. pour l’homme et de 1,154 pour la femme. Cette perte porte spécialement sur le cerveau (5), dont le poids spécifique lui-même est diminué (6). « Les circonvolutions, surtout les frontales, sont amincies, amaigries, sé-
(1) Demange. Loc, cit.
(2) Laborde, Bulletin de la Société anatomique, Paris, 1863, p. 170.
(3) Mathieu et Urbain, cités par Demange, Loc. vit.
(4) Demange. Loc. cit.
(5) Bra. Etudes sur le poids de l’encéphale dans les maladies mentales. Thèse de Paris.
(6) Morselli, Rivista sperim. di frenatria e di medicina legale, Analysé in Annales méd, psych.
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parées des circonvolutions voisines par de larges sillons, par de véritables lacunes, remplies de sérosité, au-dessous desquelles la pie-mère passe comme un pont; en incisant les circonvolutions, on constate que l’atrophie porte spécialement sur la substance grise dont l'épaisseur a diminué de plus d'un millimètre... Leur surface est dépolie, chagrinée, rugueuse et comme érodée. Elles sont flétries, ratatinées, plus dures et moins élastiques et présentent une couleur jaunâtre, ambrée ». (Marcé) (1).