‹ La Démence SénileChapitre 9 sur 37 · HT · texte numérisé non relu

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mort dément à un âge relativement peu avancé, nous avons fait des recherches à ce sujet et avons trouvé que le célèbre naturaliste avait eu deux ans avant sa mort, à 72 ans, une attaque à la suite de laquelle il avait oublié son nom et que, peu de temps avant de mourir, il avait tracé, «dans une feuille écrite en latin, son caractère, ses mœurs et sa conformation extérieure » (1). Nous ne voyons pas là de symptômes de démence.

Mais le nombre de nos observations de dégénérés héréditaires est encore trop restreint pour nous permettre de rejeter complètement une opinion admise par nos maitres. Voilà la raison pour laquelle nous plaçons la dégénérescence mentale acquise à côté de l'héréditaire. Outre l'inactivité intellectuelle comme causes de dégénérescence, on cite Les excès de tout genre; en effet, leurs résultats sont importants au point de vue étiologique, bien que l’on puisse dire que le fait même de se livrer aux excès est une preuve de dégénérescence. Cette dernière est encore activée par les mauvaises conditions hygiéniques, les maladies douloureuses et de longue durée, les chagrins, l'alcoolisme, la goutte, le rhumatisme (ces derniers par le trouble dyscrasique du sang et les lésions vasculaires qu'ils entrainent), enfin par tout ce qui, par un mécanisme quelconque, rend la nutrition de l’en-

différentiel de cette maladie, si confus dans l’étude de Marcé, étaient encore peu connus à celte époque.

L'erreur de Moreau au sujet de la maladie de Linné se trouve reproduite depuis chez un certain nombre d'auteurs.

(1) Vicq d’Azyr. Éloge historique de Linné, p 30. Préface des anciennes éditions des ouvrages du naturaliste.

note céphale défectueuse et fait du cerveau un locus minoris resistentie.

2° Les causes occasionnelles de la démence sont les chagrins, les changements de milieu auquel le vieillard routinier s’habitue difficilement et surtout l'inactivité intellectuelle précitée. Certaines maladies infectieuses, en affaiblissant le système nerveux, amènent la démence ; nous avons vu, à Saint-Julien, une observation de démence apparue à la suite de grippe.

De toutes ces considérations étiologiques, on pourrait déduire : 1° l'existence hypothétique d'une démence sénile physiologique, amenée par les progrès de l’âge, et que la longévité intellectuelle de ceux dont le cerveau est bien constitué, ne nous permet pas d'observer parce qu'ils sont enlevés par une maladie intercurrente ; 2° que toutes les démences séniles que nous voyons sont des démences précoces, leur apparition étant hâtée par une faiblesse constitutive du cerveau. Elles seraient donc à la fois physiologiques et pathologiques. Cette dernière opinion est celle de M. Magnan qui, dans sa classification des maladies mentales, place la démence sénile comme trait d'union entre la physiologie et la pathologie.

Mais au point de vue pratique, l'hypothèse d'une démence sénile physiologique n'a aucune valeur. Pour nombre d'auteurs modernes, les démences sont purement physiologiques, c’est-à-dire amenées physiologiquement par l'inaction intellectuelle et par l'effet de la vieillesse, comme elles sont physiologiquement retardées par l'exercice cérébral. Cette opinion est en somme la même que la précédente, ‘mais comme elle ne repose sur aucune hypothèse, elle

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mérite plus de considération au point de vue théorique. Pratiquement, il s'ensuit que les déments séniles ne sont pas des aliénés, et c'est une des raisons pour lesquelles on ne leur accorde pas leur place encombrante dans les asiles (1). Les auteurs du Compendium de médecine pratique ne décrivent même pas la démence sénile parmi les affections mentales parce qu’ «elle n’est point une maladie (2) », et conforment ainsi leurs écrits à leurs idées. Partant de là, on ne devrait trouver les symptômes que présentent ces malades sans maladie que dans iles livres de physiolozie normale.

A côté de cette opinion généralement admise aujourd’hui, se place une deuxième qui lui est contraire et pour laquelle la démence sénile est pathologique : cest celle du professeur Ferrus ‘qui, en 1834, dans ses cours cliniques sur les maladies nerveuses à l'hospice de Bicêtre, contrsirement aux idées professées par les grands maitres, se refusait à admettre que les progrès seuls de l’âge aient pu déterminer cet état chez l'individu sain dont le cerveau est bien constitué et rapportait les causes de cette affection aux prédispositions et aux excès. Nous avons grande tendance à admettre ces idées ; les vieillards meurent les uns d'affections cérébrales, les autres d'affections rénales ou cardiaques, parce que ces organes résistent moins à la sénilité. C’est bien là un phénomène pathologique.

(1) Bourneville. Rapport sur les colonies d’aliénés. Congrès des médecins aliénistes. Session de Blois. 4er août 1892.

(2) Compendium de médecine pratique, 1842. Art, Folie, p. 175.

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