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durant de longues années. « On les voit aller, venir, se lever, se coucher, soigner leur toilette, prendre leur repas d'une manière régulière (1). » Ils joueront aux dames, aux cartes, aux dominos, au billard ou feront de la musique comme une personne raisonnable. Ce sont là des faits d’automatisme cérébral, de mémoire inconsciente, comme l’a bien vu Calmeil (2), et non d’excitation intellectuelle comme le pensaient Georget (3) et Broussais (4). Nous n'avons pas d'exemples de malades pouvant se livrer convenablement au jeu. Ceux que nous avons examinés feraient certainement de bien tristes partenaires ; ils ont trop peu de mémoire Aussi pouvons-nous croire qu'il s’agit là de déments au début de leur maladie.
Nous avons noté que les faits, qui, même uniques dans l'existence du futur dément, ont vivement impressionné son cerveau, subsistent mieux que tout autre. Une cuisinière ne se rappelait que de deux choses: de la contredanse qu'elle fit avec le duc de Nemours ou d'Orléans, alors en garnison dans une ville de l'Est, et de la mort de son mari, tué par accident. |
Certains actes assez complexes sont parfois effectués par le dément. La cause première de leur accomplissement échappent à un examen superficiel; à un examen approfondi, on peut en trouver la cause dans une suggestion faite par la vue de certains
(1; Ach. Foville fils, Nouveau dictionnawe de médecine et de chirurgie pratiques. Art. Démence.
(2) Calmeil, cité par Rouillard, Loc, cit.
(3) Georget, Loc. cit.
(4) Broussais, loc. cit.
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objets ou seulement même par une attitude particulière du dément, qui viennent réveiller des souvenirs anciens et les faire penser, agir conformément à ces idées anciennes revenues pour un instant en pleine lumière. Tel est l'exemple de cet ex-suisse de la cathédrale (Obs. p.45), qui parcourait majestueusement les salles de Saint-Julien, en frappant tous les cinq ou six pas le plancher avec sa canne, et se retournant de temps en temps pour voir le quêteur qu'il supposait derrière lui.
Nous reviendrons d’ailleurs en détail sur ces faits intéressants, dont la pathogénie était mal connue et qu'on confondait avec le délire. Ce ne sont que la conséquence de l’amnésie encore incomplète du dément, comme l'a démontré M. P. Parisot dans ses leçons cliniques.
Cependant les facultés affectives et morales suivent la même régression que la mémoire. Rien n’excite La pitié ou ia sympathie du dément ; son entourage et sa famille lui deviennent étrangers. Nous demandions à une malade (Obs. p. 67) des nouvelles de ses enfants : Je ne m'en occupe pas, je ne sais pas où ils sont, nous répondit-elle, tandis que ses yeux brillaient de convoitise à la vue d'une montre.
Les sentiments altruistes ou sociaux (1) ont donc disparu. Les sentiments individuels, qui sont les premiers acquis, résistent encore : Méfiant, égoïste, le malade n’a souci que des objets d'un usage journalier et souvent de valeur minime ; les autres, d'un grand
(1) Szysgal, Etude sur la loi de la régression dans la démence, Thèse Paris,
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prix, sont oubliés. De là la facilité du vol à son détriment. L'approche du diner le fait rire bêtement. Il se met en colère pour des niaiseries qui troublent sa tranquillité. « Laissez-les, je ne veux pas entrer dans des histoires », nous répliquait-il (Obs. p. 67), quand nous lui parlions de choses indifférentes concernant ses voisins.
Les sens s’affaiblissent. L'acuité et le champ visuels diminuent (1), l’ouïe est plus dure, le toucher moins net (2). Cet état des sens rend la perception difficile et contribue naturellement à l'isolement dans lequel se confine le malade.
L’attention, la réflexion et l'imagination, qui exigent de la mémoire, s’éteignent avec elle. Interrogez un dément, il répond à peine. Insistez énergiquement et vous l'entendrez parler lentement, comme à regret, d'une voix monotone et fatigante.
Sa conversation toujours décousue à cause du défaut d'attention, de réflexion et de mémoire, nes’anime un peu qu'aux souvenirs de jeunesse. Pour soutenir l'entretien, vous serez obligé d'interroger le vieillard d'une façon continue, de le remonter à chaque instant, comme on remonte les pendules-jouets d'enfants et bientôt, malgré vos efforts, la lassitude paralysant ce qui reste de ses facultés mentales, il deviendra muet ou vous arrêtera par des mots de ce genre : « Ça me fatigue, ou bien mon cerveau se vide. » Cet abatte-
(1) Thomsen. Ueber das Vorkommen und die Bedentung der gemichten sensiblen Anœæsthesie bei Geisteskranken. Archiv. für Psychiatrie und Nervenkrankheit. Band XVII, Heft 2, p. 452.
(2) Tramboni et Algeri, 21 tempo del processo psichico nel ectesiometria tattile negli alienati, — Rivista sper. di fren., Fascicule IV, 1886. Analysé dans les Annales médico-psychologiques. À
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ment est encore plus rapide à jeun, alors que la pression artérielle est moindre, que la nutrition du cerveau est ralentie.
L'écriture, toujours tremblée, montre, comme la conversation, le degré de la décadence intellectuelle. En voici un spécimen.
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Le jugement, affaibli par l'oubli des appréciations passées, donne naissance à des propos souvent bien divertissants par leur imprévu : Faites estimer votre âge par des vieillards en démence assez avancée, les uns vous donneront dix ans, les autres soixante, le même vous donnera peut-être les deux à cinq minutes d'intervalie |
La volonté défaillante est détruite à son tour. Les désirs du dément ne durent qu'un instant, le temps de les manifester ; il oublie trop vite qu’il a voulu et ce qu'il a voulu, il obéit à la moindre injonction. Les dons les plus ridicules suffisent pour se faire bienvenir de lui et capter sa confiance.
Ainsi le vieillard, après avoir revécu sa vie, se trouve ramené à son point de départ : ilest en enfance.
État somatique et fonctions organiques. — Pendant
que toutes les facultés intellectuelles s’ensevelissent