PÉRIODE D'AGITATION
5 novembre, 6 1e 11-13 nov.
LÉRDTE
lit, s'était redéshabillée, couchée et endormie jusqu'au matin. À ce moment, nous la trouvons tranquille ; son visage n'a rien de vultueux, ses yeux ont leur éclat ordinaire, ses réponses sont trainantes comme d'habitude, elle n’a pas cette loquacité des périodes d’agitation, son pouls est à 92, sa température axillaire à 36°2, elle ne présente en un mot aucun symptôme de délire. Nous lui demandons ce qu’elle ramassait derrière sa charrue, elle nous répond : « Des maquehons, je les aime bien. » Renseignements pris, maquehon est un mot patois lorrain qui désigne de fausses truffes à enveloppe noire et à intérieur blanchâtre, ensevelies dans la terre et qu'on recueille en automne dans le sillon tracé par la charrue. La sensation de froid, qu'éprouvait C... depuis quelque temps, avait réveillé chez elle le souvenir du moment de la récolte de ces fruits, qui coïncide avec les premiers froids et qu’enfant, nous a-t-elle dit elle-même, elle avait faite derrière la charrue de son père. Dans la journée du 4 novembre, elle exprime le désir d’avoir des maquehons, la nuit elle y pense encore et en rêve peut-être, elle se revoit enfant derrière la charrue et comme ses facultés supérieures, bien affaiblies par la maladie, sont annihilées par l'effet de la nuit (1), elle redevient enfant, se lève, s'habille et va cueillir les fruits dont elle est friande ; elle a conscience de son acte, puisqu'elle nous le repète le lendemain.
Le coefficient urinaire est remonté à 0,203 et se maintient à ce taux, le 6, il est encore de 0,198; il redescend, quatre jours après, le 11, à 0,182, et le 13,
(1) Bernheim. Leçons cliniques.
ot
à 0,114; cette faiblesse, qui est la même que celle du 14 et du 15 octobre à la veille du délire, attire notre attention sur l'état mental de la malade: elle est agacée et insiste sur le résultat d’une bataille entre gens de son village, bataille dont elle nous avait parlé deux jours auparavant, alors que le coefficient était à 0,131. Nous basant et sur la faiblesse du coefficient 0,114 et sur l’état psychique de la malade, nous ne nous contentons pas de supposer, mais nous certifions l'apparition prochaine du délire. Le lendemain, 14 novembre, la malade est impatiente, coléreuse, « énervée»,; l'agitation se manifeste le soir, la nuit se passe dans un délire continuel: la démente se lève, s'habille pour conduire la voiture ou aller au marché. Ce délire persiste le 15, où, même avec des urines recueillies en partie seulement, le coefficient s'élève à 0,170. Pour donner du repos à la malade, nous lui faisons prendre le soir 30 gr. de sirop de chloral et, une demi-heure après cette ingestion, C... s'endort pour toute la durée de la nuit ; le lendemain, elle est calme, mais hébétée.
Cette tranquillité persiste le 17, le coefficient retombe le 18 à 0,135, le délire réapparait la nuit et s'arrête Le 19 après l’ingestion de 30 grammes de sirop de chloral, qui amène un sommeil pendant lequel la malade marmotte sur sa dot, la compte et exprime la joie de voir son mari content. À son réveil, CG... est comme abrutie ; son coefficient urinaire s'élève à 0,207, mais le thermomètre, quin'’avait jamais dépassé 36°7 à l’aisselle, monte à 37°, et à l’auscultation de la poitrine, on entend de nombreux râles sibilants et ronflants : la démente est atteinte de bronchite su-
14 novembre
15 novembre
16 novembre
17 novembre
29 novembre
1° décembre