UNE
époque déjà (1), la démence sénile amène des débats Judiciaires.
Hippocrate explique la décrépitude dûe à l’âge par sa théorie du feu et de l’eau: « Les vieillards (2) sont froids et humides, parce que le feu se retire et que l’eau afflue, parce que le sec s’en va et que l’humide se constitue ». Or «dans (3) les combinaisons où le feu est encore plus surmonté par l'eau existante, on a des gens qui sont dits par les uns insensés, par les autres étonnés. La folie de ces gens a un caractère de lenteur ; ils se plaignent sans que personne les afflige ou les batte ; ils craignent ce qui n'est pas à craindre, ils se tourmentent de ce qui n’a rien de tourmentant et ne sentent véritablement rien comme sent un homme d'esprit sain. » Comme médication, Hippocrate recommande les étuves, la purgation avec les hellébores, les aliments secs et moindres, les exercices plus considérables et plus actifs.
Cicéron, dans son DeSenectule (4), ne se contente pas de peindre cette déchéance psychique, il en donne encore l’étiologie. « La mémoire diminue ; oui, si vous ne l'exercez pas ou si elle est naturellement paresseuse. Les vieillards conservent leur esprit pourvu qu'ils conservent le goût de l'étude et du travail. L’affaiblissement des forces de l'esprit vient plus souvent des vices de la jeunesse qu'il n’est l'effet du temps. Un vieillard doit soigner sa santé, user d'exercices
1) Sophocle est mort en 405 avant J.-C.
2) Hippocrate. Traduction Littré, t. IV, p. 513. 3) Hippocrate. Traduction Littré, 1. IV, p. 519. (4) Ciceron, De Senectute. Traduction librairie Hachette, 1884, p. 32, 34, 46, etc.
modérés, ne boire et ne manger qu'autant qu’il est nécessaire pour soutenir les forces, sans charger le corps; il faut aussi s'occuper de l'esprit et de l’âme, car cette double lumière de notre être s'éteint facilement dans un vieillard, s'il ne l’entretient en y versant de l'huile. Cette imbécillité sénile, à laquelle on a donné le nom d'enfance, se trouve chez les vieillards d'un esprit faible et non chez tous.
Aujourd’hui, c'est-à-dire près de deux mille ans après Cicéron, que savons-nous de plus en fait d’étiologie de la démence sénile ?
Juvénal (1) fait un portrait fidèle du dément sénile. Après avoir énuméré les déchéances corporelles de la vieillesse, il ajoute que «la démence est un mal plus grand que la perte des membres; on ne se souvient ni des noms de ses esclaves, ni du visage de l'ami avec qui on a soupé la veille; on ne reconnait nises enfants, ni ceux qu'on a élevés.
Arétée admet la théorie d'Hippocrate. Le froid et la sécheresse sont la cause de la vieillesse et de la mort ; il ajoute avec raison que le délire sénile qui est la calamité du dernier âge est sans intermittence et incurable (2).
Dans cette longue obscurité médicale qui s'étend d’Arétée au XvnII° siècle, nous n'avons que trois ou quatre médecins à citer, mais ils font, par leur expérience et la profondeur de leur jugement, un contraste frappant avec le milieu où ils vivent.
Félix Plater (3) dit que l’infidélité de la mémoire, si
(1) Juvénal, mort en 143 après J.-C, Sat. X, v. 221 à 295, (2) Arétée, cité dans le Compendium de médecine pratique, 1842, Art. Folie, (3) Félix Plater, cité par Calmeil. De la Folie, 1845.
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commune dans la vieillesse,est dûe à une lésion du cerveau. Les facultés de l'esprit demandent à être exercées ; leur inaction habituelle peut dégénérer en incapacité. On ne peut appeler déments les vieillards dont la mémoire diminue, mais dont le jugement reste prompt et sain. On s’exprimerait d'une manière plus convenable en disant que la mémoire qu'ils ont pendant si longtemps surchargée d'impressions et d'idées variées autant que nombreuses, se comporte chez eux comme s'il ne restait plus d'espaces pour admettre de nouveaux concepts.
Baillou (1) attribue les troubles de la pensée et de la mémoire à la sécheresse de la substance cérébrale, à son défaut de consistance, à la surabondance de sérosité. Thomas Willis (2) rapporte les troubles de la mémoire au désordre de la substance corticale, ceux de l'imagination aux lésions des corps calleux et de la substance blanche, mais il fait intervenir les esprits animaux.
Avant Félix Plater, le médecin lorrain Nicolas Lepois (3) [1580] attribuait la démence, constituée par l'affaiblissement du jugement compliqué de celui de la mémoire, au dérangement de l’encéphale.
Enfin, au xvrrI' siècle, l’animiste Boissier de Sauvages (4) distingue, parmi les nombreuses variétés de la démence, la démence des vieillards qui lui parait surtout dépendre de l'excès de consistance du cerveau. |
) Baillou, cité par Calmeil. De la Folie, 1845. ) Thomas Willis, cité par Calmeil, Loc. cit.
} Nicolas Lepois, id. id.
) Boissier de Sauvages, id, id.