KendaH's Autobiographiff p
que rencontraient ses premiers actes et y répondit par des menaces : « Le peuple, dit-il, remettra toute chose dans Tordre et leur apprendra ce que c'est que de s'opposer à mes nominations. "»
Le vice-président Calhounet le secrélaire d'État Van Buren. — Mistress Eaton. — Luttes intestines dans le cabinet. — Rupture avec Galhoun. — Formation d*un nouveau cabinet. — Rejet de la nomination de Van Buren à la légation de Londres.
La partie du message dans laquelle Jackson se prononçait contre la rééligibilité du président et semblait prendre ainsi l'engagement implicite de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat, avait fait naître dans son entourage politique des impressions de nature opposée.
Le vice -président Calhoun et le secrétaire d'état Van Buren aspiraient l'un et l'autre à lui
succéder à la Maison-Blanche. Mais Calhoun, élu pour la seconde fois à la vice-présidence, qu'il avait occupée déjà sous l'administration d'Adams, ne pouvait prétendre à une troisième élection qu'interdisaient tous les précédents : aussi la réélection de Jackson ne devait-elle pas avoir seulement pour effet d'éloigner du brillant orateur du Sud le but de son ardente ambition; elle devait le condamner à rentrer pour quatre ans dans la vie privée et lui faire perdre au jour de la lutte les chances que lui aurait assurées le possession de la seconde magistrature de la République. Si l'intérêt de Calhoun lui faisait redouter la prolongation des pouvoirs du président, l'intérêt de Martin Van Buren était tout différent. En dehors de la grande popularité dont il jouissait dans l'état de New-York, il ne se sentait ni une notoriété, ni une autorité suffisantes dans les autres états de l'Union pour engager sans péril une lutte dans laquelle il trouverait réunies contre lui l'influence deClay, dans rOuest, celle de Webster, dans le Nord, et celle de Calhoun, dans le Sud. Pour tenir têle
à dé tels adversaires, ce n'était pas trop du prestige de Jackson : il importait donc de le décider à provoquer sa réélection, de l'amener, pour écarter toute compétition, à une promple et éclatante rupture avec Calhoun, et d'obtenir qu'au terme de sa seconde présidence, il présenlât lui-même Van Buren au pays comme Je représentant de sa politique et le continuateur de son œuvre. L'habile politicien de New- York dressa en conséquence son plan de campagne, en arrêta tous les détails avec la précision méthodique et la lucidité habituelle de son esprit et ne négligea rien pour l'exécuter de point en point.
Il ne fut pas besoin de grands efforts pour vaincre les scrupules réels ou affectés du président. Moins de trois mois après le message, Lewis se chargea d'obtenir de la législation de la Pensylvanie un vœu en faveur de la réélection : une adresse fut envoyée au « vieux héros » pour l'adjurer de céder à la volonté populaire et de ne pas déserter le service du pays. Des manifestations analogues se produisirent dans divers
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états SOUS la même impulsion. Jackson se laissa aisément fléchir, et son organe officieux, le
Globe, déclarait au mois de janvier, Tannée suivante, que sa candidature devait être considérée comme posée devant le pays.
Toutes les éventualités avaient d'ailleurs été soigneusement prévues, La santé du président avait été assez gravement atteinte à la fin de 1829 pour laisser craindre à ses amis qu'il n'arrivât pas au terme légal de sa présidence. Il importait, à tout événement, de l'amener à exprimer ses préférences au sujet du choix de son successeur dans une sorte de testament politique. Il s'y prêta de bonne grâce, et, le 31 décembre 1829, il adressa à son vieil ami le juge Ovcrton une lettre qui renfermait le passage suivant :
« J'ai trouvé en M. Van Buren tout ce que je pouvais désirer et je le crois digne non seulement de ma confiance, mais de la confiance de la nation... il a toutes les qualités nécessaires pour occuper la plus haute fonction que puisse
conférer le peuple, et le peuple trouvera en lui
un ami sincère* et un gardien fidèle de ses droits et de sa liberté... Je voudrais pouvoir en dire autant de M. Calhoun et de quelques-uns de ses amis! i»
Le ton de cette lettre montre que, dès cette époque, les dispositions de Jackson, tant à Tégard de Calhoun que de Van Buren, étaient telles que pouvaient le souhaiter les amis les plus ardents de ce dernier. Un incident ridicule et frivole en apparence avait trop contribué à ce résultat pour qu'il soit permis de le passer sous silence. Les républiques ont, comme les monarchies, leurs intrigues de cour, et il est parfois nécessaire d'interroger la chronique scandaleuse pour éclairer et compléter l'histoire.
A l'époque où Jackson siégeait au congrès, il était, ainsi qu'un certain nombre de ses collègues, l'hôte assidu d'une taverne en vogue tenue par un Irlandais nommé William O'Neil. Ce dernier avait une fille, beauté rousse assez piquante, dont les habitués de la taverne paternelle goûtaient fort la liberté d'allures, les reparties hardies et faciles, la gaieté communicative et pro-
vocante. Peg O'Neil, comme on la nommait familièrement, épousa un trésorier de la marine qui, en 1828, étant de service dans la Méditerranée, se coupa la gorge dans un accès de spleen causé par l'ivresse. Sa veuve ne se montra pas inconsolable, et, au bout de quelques mois, elle devint la femme du major Eaton qui, du vivant de son premier mari, s'était fait remarquer par ses assiduités auprès d'elle.
Jackson aval! été consulté sur ce mariage et l'avait approuvé : trois mois après il faisait du major Eaton son ministre de la guerre, et Peg O'Neil se trouvait appelée par sa situation officielle à prendre place dans la plus haute société de Washington. Il est malaisé, quelle que soit la forme du gouvernement et quelle que soit l'autorité de son chef, d'imposer à un monde qui la repousse line femme d'éducation médiocre et de réputation douteuse. Jackson le constata non sans surprise et sans colère. La femme du viceprésident et celles des ministres refusèrent de recevoir mistress Eaton. La propre nièce du président, mistress Donelson, qui faisait les
bonueurs de la Maison-Blanche, ne put se décider à subir les relations auxquelles elle se voyait contrainte et quitta Washington pour retourner dans le Tennessee. Les susceptibilités du corps diplomatique ne furent pas moins vives; et la femme du ministre des Pays-Bas, près de laquelle mistress Eaton était venue s'asseoir dans un grand dîner, affecta de se lever brusquement comme pour éviter jusqu'à son contact. Chacune de ces humiliations blessait Jackson comme une insulte personnelle : il s'était constitué le champion de rnjstress Eaton et le garant de sa vertu; il multipliait les démarches en sa faveur; il écrivait de nombreuses lettres dans lesquelles, avec son intempérance ordinaire de langage, il plaidait la cause de sa protégée et il attaquait violemment ses détracteurs. Non content de celte correspondance et de ces démarches quelque peu compromettantes pour la dignité présidentielle, il réunissait le 11 septembre 1829 les membres de son cabinet pour s'expliquer à ce sujet en leur présence avec deux respectables clergymen qui s'étaient faits
auprès de lui les interprètes de ropinion. Il se répandait à la fois en protestations et en invectives; il s'efforçait d'établir que la femme du secrétaire de la guerre était victime des calomnies qui n'avaient pas épargné mistress Jackson. Avec cette obstination haineuse qui prenait parfois chez lui le caractère de la monomanie, il désignait Clay comme l'instigateur de ces calomnies, et il jurait « devant l'Éternel > que les auteurs de scandale qui avaient empoisonné la vie de sa bien-aimée Rachel ne triompheraient pas de « sa petite amie Peggy ».
On comprend le parti que pouvait tirer de cette situation un politicien habile et médiocrement scrupuleux. Calhoun, avec l'austérité hautaine de son caractère et la sévérité traditionnelle des familles de la Caroline du Sud, avait énergiquement approuvé le refus de sa fenime d'entrer en relations avec mistress Eaton, malgré les instances du président. Van Buren, qui était veuf, se montra plein d'égards et de prévenances pour la femme de son collègue de la guerre, fréquenta assidûment son salon, et la pria de
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présider à ses réceptions. Il parvînt à faire entrer dans ses vues deux membres considérables du corps diplomatique, tous deux célibataires et désireux de se concilier les bonnes grâces du président, le ministre d'Angleterre Vaughan, et le baron de Kriidener, ministre de Russie. Us l'accompagnèrent chez mistress Eaton et donnèrent des fêtes dont elle fit les honneurs. Jackson, auquel elle avait coutume de faire la confidence des humiliations qui lui avaient été si souvent infligées, apprit bientôt de sa bouche les revanches éclatantes que lui avait ménagées la sollicitude de Van Buren; elle y joignit le récit des entretiens dans lesquels le secrétaire d'état exprimait sans cesse son admiration pour le génie politique du président. Jackson écoutait ses récits avec complaisance et s'en montrait ému jusqu'aux larmes, cr Je sais qu'il m'aime, » répétait-il; et il ajoutait d'un ton qui n'exprimait pas moins l'énergie de ses rancunes que la force de ses amitiés : « J'ai toujours su distinguer mes amis et mes ennemis*. >
i, Atlantic Monthly. Réminiscences of Washington, june 1880*
Le terrain était merveilleusement préparé, et le moment était venu de porter un coup décisif à l'influence de Calhoun. Nous avons dit à quelles discussions avait donné lieu, sous l'administration de Monroe, la conduite de Jackson dans la campagne contre les Indiens Séminoles. Adams avait pris énergiquement sa défense dans le cabinet et avait ramené à son opinion la majorité. Mais Calhoun, alors secrétaire de la guerre, avait, au témoignage d'Adams* blâmé très vivement le général d'à* voir contrevenu à ses ordres ; il avait soutenu que la prise de Pensacola constituait une agression contre l'Espagne, sans déclaration de guerre, et une violation de la constitution; et il avait demandé qu'un désaveu formel dégageât la responsabilité du gouvernement. Jackson avait ignoré ces détails et était resté persuadé qu'il avait été défendu par Calhoun, bien que, dès l'origine, des doutes paraissent avoir existé dans l'esprit de quelques-uns de ses amis sur