Diary, july
Tattitude de ce dernier. Ces doutes ne lardèrent pas à se changer en certitude. Van Buren, qui avait soutenu en 1824 la candidature de Crawford à la présidence, fit en 1827 une tentative auprès de lui pour le rallier à la candidature de Jackson. Les négociations commencées furent suivies par des amis communs. Crawford protesta qu'il n'était animé envers Jackson d'aucun sentiment hostile et que celui-ci n'avait de son côté aucun motif de lui en vouloir, puisqu'il l'avait autrefois défendu contre Calhoun dans le cabinet de Monroe.
Cette déclaration fut soigneusement recueillie, mais on résolut d'attendre un moment opportun pour en faire usage. Ce moment sembla venu lorsqu'à la suite des incidents que nous venons de raconter, un refroidissement sensible se fut manifesté dans les relations de Jackson et de Calhoun. Lewis, qui était tout acquis aux intérêts de Van Buren et qui avait dirigé cette négociation avec un art consommé, se chargea de mettre sous les yeux de Jackson une longue lettre adressée par Crawford, le 30 avril 1830,
au sénateur Forsyth, et qui contenait tout l'historique de l'affaire. L'attitude hostile de Calhoun y était habilement mise en lumière et Crawford se défendait de s'y être associé à un degré quelconque.
Le président communiqua cette lettre à Calhoun en lui demandant des explications. Ce dernier aurait pu s'y refuser en invoquant le secret dû aux délibérations du cabinet. Il préféra se justifier en accusant Crawford et en protestant, ce qui semble au moins contestable*, que, pour sa part, il n'avait jamais suspecté ni le patriotisme ni les intentions de Jackson. Il ajoutait d'ailleurs, avec raison, qu'il n'y avait eu dans toute cette affaire qu'une question de devoir professionnel, et non une question d'amitié ou d'inimitié privée.
Jackson n'accepta pas cette tentative de justi-
1. Adams rapporte, d'après une conversation avec Calhoun, que celui-ci, en déclarant que Jackson avait eu, dès Torigine, rintention arrêtée de s'emparer des forts espagnols, avait entendu faire allusion à certaines rumeurs qui attribuaient au général des intérêts dans des spéculations sur les terres à Pensacola {Diary march 2, 1831).
fication et y répondit par de violentes récriminations et des plaintes amères.
« J'avais, écrivit-il à Galhoun, une trop haute idée de votre honneur et de votre loyauté pour vous croire un seul instant capable d'une semblable trahison. Je le répète, j'étais en droit de vous considérer comme un ami sincère, et, jusqu'à ce jour, je ne croyais pas avoir à vous adresser le reproche de César : Et tUy Brute? >
La rupture était consommée. Elle eut pour premier résultat d'enlever au président l'appui du journal le Télégraphe^ dont le rédacteur en chef, Duff Green, resta fidèle à la cause de Calhoun. Amos Kendall proposa à Jackson, pour le remplacer, son ancien collaborateur de VA rgus, Francis P. Blair . Aucun choix ne pouvait être plus heureux. Blair, qui avait alors trenteneuf ans, et qui avait été activement mêlé, dans le Kentucky, à la politique et aux affaires, était doué d'un talent supérieur de journaliste, d*un grand sens politique, d'une habileté et d'un tact incomparables. Il fonda, le 7 décembre 1830, le Globe, pour remplacer le Télégraphe comme
organe officieux de radmiaistration, et il succéda à Duff Green dans le kitchen cabinet. Il s'était identifié, comme Kendall, avec les tendances et les passions qui dirigèrent la politique de Jackson, et il exerça pendant longtemps avec lui une influence considérable sur cette politique. La querelle de Jackson et de Calhoun resta quelque temps ignorée. Le bruit s'en répandit à la fin de 1830, et Calhoun la rendit publique au mois de mars 1831, en faisant imprimer sa correspondance avec Jackson, précédée d'une préface adressée au peuple des États-Unis.
L'opinion, disait-il, avait été trompée par des récits mensongers, et le soin de son honneur l'obligeait à rétablir la vérité. Le président prépara une réponse à cette publication, mais il renonça à la faire paraître et il la légua à Blair, avec tous ses papiers. On peut la lire dans le grand ouvrage de Benton, où elle a été intégralement publiée ^ Elle n'apporte dans le débat aucun élément nouveau : toute l'argumentation