D' von Holst, /.-C. Calhoun, p
d'un de ces États et le gouvernement général de l'Union. Il en conclut qu'il appartient à chaque État, comme membre de l'Union et en vertu de sa souveraineté, de déterminer, en ce qui concerne ses citoyens, l'étendue des obligations qu'il a contractées, et, lorsqu'il considère un acte du gouvernement fédéral comme inconstitutionnel, de le déclarer nul et de nul effet, cette déclaration devant être obligatoire pour tous les citoyens de l'État. Quant au gouvernement fédéral, aucune disposition de la constitution ne l'autorise à intervenir soit par la force, soit par un veto, soit par une procédure judiciaire quelconque, pour paralyser Texercice de la souveraineté d'un Etat. Il lui serait donc impos-. sible de faire exécuter légalement, dans les limites d'un État, un acte nulliQé, tandis que cet État a le droit de soutenir légalement et pacifiquement sa déclaration de nullification. Il ne dépendrait pas même delà majorité des États d'imposer leur volonté à celui d'entre eux qui aurait résisté à une mesure inconstitutionnelle; et, devant l'abus de la force il resterait à l'État
opprimé une ressource suprême, la sécession.
C'était le dernier mot et ce devait être, trente ans plus tard, la conséquence fatale de la doctrine de la nulli/ication.
Tandis que s'exaltaient les passions du Sud, la question du tarif était soumise aux délibérations du Congrès. Les revenus du gouvernement fédéral atteignaient un chiffre très supérieuràses besoins ; cette disproportion était devenue plus frappante depuis que Jackson avait répudié le système des améliorations intérieures, et l'on pouvait prévoir le moment prochain où, après l'extinction totale de la dette, on se trouverait en face d'un excédent annuel de douze à treize millions de dollars . Cette situation semblait de nature àjustifierune réduction des droits de douane qui eût calmé l'ardeur des revendications du Sud, et, dans son message de 1831,1e président avait appelé l'attention du Congrès sur l'opportunité d'une revision de tarif. Le comité des manufactures de la Chambre des représentants, que présidait J.-Q. Adams, accueillit favorablement cette idée ; mais elle fut énergiquement com-
battue au sénat par Henry Clay, qui comptait assurera sa candidature à la présidence l'appui des États manufacturiers du Nord. Il déclara consentir à l'abolition, de toutes les taxes qui n'avaient qu'un caractère fiscal, mais il réclama hautement, dans l'intérêt de l'industrie nationale, le maintien rigoureux du « système américain », ajoutant que, s'il fallait arriver à une réduction immédiate des revenus, il n'hésiterait pas à proposer la substitution d'un régime de prohibition absolue aux droits protecteurs qui frappaient les produits étrangers. L'esprit sage et politique d'Adams s'effraya de la témérité de cette thèse : « C'est un défi que vous jetez au Sud, dit-il à Clay. — Pour conserver et pour justifier le système américain, répondit celui-ci échauffé par l'ardeur de la lutte, je défierais le Sud, le président et le diable. »
Le 27 avril 1832, le secrétaire de la Trésorerie, Mac Lane, présenta un projet qui réduisait à douze millions de dollars le chiffre des recettes annuelles en abaissant à 15 p. 100 les droits sur la plupart des marchandises importées.
Cette proposilion fut écartée, et la loi qui fut votée le 14 juillet suivant, sous l'inspiration de Clay, se borna à opérer une réduction annuelle de trois millions environ au moyen de la suppression d'un certain nombre de droits fiscaux, en maintenant, presque sans changement, tous les droits protecteurs. .
Cette nouvelle porta à son comble l'exaspération de la Caroline du Sud, où les élections venaient d'assurer la majorité aux partisans de la nullification. La législature de l'État convoqua une convention pour délibérer sur la situation créée par le vote du Congrès. Cette convention se réunit le 49 novembre sous la présidence du gouverneur Hamilton et vota une ordonnance de nullification. Aux termes de cette ordonnance, les actes du Congrès du 49 mai 4828 et du 44 juillet 4832 étaient ' déclarés nuls et de nul effet, et les droits perçus en vertu de ces actes devaient cesser d'être payés à dater du 4 •"février 4833. Aucun recours ne devait être porté devant une cour fédérale contre les décisions que rendraient les cours de l'État sur des procès impli-
quant la validité de l'ordonnance de nullification. Tous les fonctionnaires et les jurés devaient prêter serment d'obéir à cette ordonnance ainsi qu'à tous les actes de la législature qui en seraient la conséquence. Le dernier article portait que, si legouvernementdes États-Unis tentait de recourir à la force pour assurer l'exécution des tarifs existants, la Caroline du Sud ne se considérerait plus comme faisant partie de l'Union. « Le peuple de cet État se tiendrait, en conséquence, pour dégagé désormais de l'obligation de conserver les liens politiques qui le rattachent au peuple des autres États : il procéderait donc à l'organisation d'un gouvernement séparé et ferait tous les actes que les États souverains et indépendants ont le droit de faire. >
La législature prit immédiatement les mesures nécessaires pour assurer la mise à exécution de l'ordonnance : elle annula les saisies opérées par les agents de la douane, appela la milice et les volontaires et autorisa l'achat d'armes.
De son côté, le président ne restait pas inactif. Il avait envoyé deux navires de guerre devant
Charleston et avait donné au générai Scott Tordre de se rendre dans cette ville. Le 14 décembre, il adressa au peuple de la Caroline du Sud une proclamation dont Livingston était l'auteur et qui, par les doctrines dont elle contenait l'expression autant que par l'élévation de la pensée et la patriotique émotion dont elle était empreinte, se distinguait de la plupart des documents publics auxquels Jackson avait jusqu'alors attaché son nom. La théorie de la souveraineté des États y était énergiquement condamnée.
« Je considère, disait le président, que le pouvoir que s'attribue un État d'annuler une loi des États-Unis est incompatible avec l'existence de l'Union, en contradiction formelle avec le texte de la constitution et en opposition avec son esprit, inconciliable avec tous les principes qui en sont la base et destructrice du grand objet pour lequel elle a été faite. Soutenir une telle doctrine, c'est dire que les États-Unis ne sont pas une nation, n
La proclamation se terminait par un chaleureux appel au patriotisme des citoyens :
« Concitoyens, habitants de l'État qui m'a donné le jour, ce n'est pas seulement le premier magistrat de notre commune patrie qui vous avertit de ne pas vous exposer aux peines édictées par ses lois ; laissez-moi m'adresser à vous comme un père s'adresserait à ses enfants qu'il verrait courir à leur perte... Voyez quel est l'état de ce pays dont vous formez une fraclion importante ; considérez son gouvernement qui réunit tant d'États différents par les liens d'un intérêt commun et d'une protection générale, qui donne à tous les habitants le noble titre de citoyen américain... Regardez ce tableau d'honneur et de prospérité et dites : « Nous aussi, » nous sommes des citoyens américains ! LaCaro- » line est un de ces fiers États : ses armes ont » défendu, son sang a cimenté cette heureuse
> union. > Et maintenant ajoutez, si vous le pouvez sans horreur et sans remords : « Cette ». heureuse union, nous allons la dissoudre; ce » tableau de paix et de prospérité, nous allons » l'etfacer; ces plaines fertiles, nous allons les
> abreuver de sang ; la protection de ce glorieux
» drapeau, nous allons y renoncer; le nom même > d'Américains, nous allons le répudier !' > Et pourquoi, hommes égarés !... Pour le rêve d'une indépendance séparée, pour un rêve que ne larderont pas à interrompre de sanglantes luttes avec nos voisins et une soumission honteuse à une puissance étrangère. »
Cette proclamation fut accueillie, dans tous les États fidèles à l'Union, par des démonstrations d'enthousiasme auxquelles s'associèrent les adversaires mêmes de Jackson ; mais elle provoqua dans l'État rebelle un redoublement de colères et de violences. La législature invita le gouverneur à mettre le peuple en garde contre les tentatives que ferait le président pour le détourner de l'obéissance due aux pouvoirs de l'État et à faire appel aux citoyens pour défendre contre des menaces arbitraires la liberté et la dignité de cet État. Hayne, qui venait d'être élu gouverneur, se conforma à ces résolutions et publia le 20 décembre une proclamation dans laquelle il dénonçait les doctrines du président comme fausses et mensongères, et comme ten-
dantes à rétablissement d'un grand empire un et indivisible qui serait le pire de tous les despotismes. Il déclarait en terminant que l'État de la Caroline défendrait sa souveraineté ou s'ensevelirait sous ses ruines.
Quelques jou rs après, Çalhoun donna sa démission des fonctions de vice-président des États- Unis et se fit élire sénateur de la Caroline du Sud en remplacement de Hayne *. 11 quitta, dans les premiers jours de 1883, son habitation de Fort-Hill, d'où il avait dirigé la lutte, pour se rendre à Washington et prendre son siège au sénat. Un de ses biographes a comparé ce voyage à celui de Luther se rendant à ladiètede Worms. Lorsque le grand nullificateur, comme le nommaient ses contemporains, entra dans la salle des séances, le vide se fit autour de lui et ses anciens amis s'éloignèrent. Un mouvement se produisit dans l'assemblée au moment où il se leva pour prêter serment à la constitution ; il
1. M. Parton assure qu'à cette époque, on frappa un certain nombre de médailles avec cet exergue : John C- Çalhoun^ premier président de la Caroline du Sud,
prononça la formule du serment d'une voix haute et ferme sans trahir Temharras ni l'émotion par le tressaillement d'un seul muscle de son visage.
Le 26 janvier, le président, qui venait d'être réélu, adressa au Congrès un message dans lequel il rendait compte des mesures votées dans la Caroline du Sud et demandait les pouvoirs nécessaires pour maintenir l'intégrité de l'Union et assurer l'exécution des lois par tous les moyens constitutionnels. « En pareil cas, disait le message, c'est sur l'étendue des devoirs du gouvernement que doivent être mesurés ses pouvoirs. >
Le 21, le sénat fut saisi d'un projet {force bill) qui conférait au président les pouvoirs réclamés par le message. Calhoun y répondit par le dépôt d'une série de résolutions qu'il développa et dans lesquelles il avait formulé la théorie de la nullification. Webster, de son côté, présenta des contre-résolulions qui contenaient le résumé des doctrines constitutionnelles qu'il avait exposées dans son grand discours.
Le 1" février était le jour fixé par la convention de la Caroline du Sud pour la mise en vi-
gueur de l'ordonnance. Callioun en fit ajourner l'exécution jusqu'au vote du Congrès sur les
propositions de révision du tarif dont il élait saisi. Le président, qui était résolu à réprimer énergiquement toute tentative de rébellion*, élait en même temps disposé à donner aux griefs du Sud une large satisfaction. Il avait fait, en conséquence, préparer un projet de loi qui prit le nom de son rapporteur Verplanck, représentant de New-York, et qui ramenait les droits au taux du tarif de 1816. Ce projet rencontra, dans les Etats du Nord, une violente opposition, et Webster qui, après avoir à l'origine soutenu avec éclat les principes du libre échange, était devenu l'ardent défenseur de la protection, soutint que toute revision du tarif dans les circonstances présentes serait considérée comme une capitulation devant les exigences d'un État rebelle.
1. U annonçait hautement que, si Calhoun et ses amis metaient à exécution leurs projets, il les ferait pendre sans hésiter. « Je les aurais fait pendre à une potence plus haute que celle d*Aman, répétait-il dans ses dernières années. Cet acte aurait été le meilleur de ma vie et il aurait servi d'exemple aux traîtres de tous les temps. »
Moins absolu dans le système dont il avait été le promoteur, et préoccupé par-dessus tout du désir de prévenir un conflit dont s'alarmait son patriotisme, Clay prit l'initiative d'un de ces compromis auxquels son nom est demeuré attaché et à l'aide desquels il parvint plus d'une fois à conjurer ou à ajourner les crises qui menaçaient l'existence de l'Union. Il proposa au sénat, le 12 février, de substituer à la réduction immédiate des droits qu'aurait opérée le Verplanck's bill une réduction progressive qui devait ramener ces droits en 4842 à un taux uniforme de 20 p. 400. Le préambule dont ce projet était précédé déclarait en termes formels que désormais les droits de douane auraient uniquement pour but d'assurer au gouvernement les revenus nécessaires et cesseraient d'avoir pour objet la protection pu l'encouragement d'une branche quelconque de l'industrie nationale. Bien loin de trahir, comme on l'en accusa, les intérêts manufacturiers, Clay sauvait en réalité, au moyen de ce compromis, tout ce qui pouvait, dans ces con-
jectures, être conservé du régime protecteur : ce n'en était pas moins l'abandon du « système américain » par celui qui avait si fièrement revendiqué l'honneur de sa création. Aussi fut-il vivement attaqué par les champions de l'industrie du Nord, et le succès était-il fort incertain lorsque Calhoun, inquiet des conséquences de la résistance de la Caroline,, à laquelle les autres États du Sud avaient refusé de s'associer, se décida à appuyer le compromis moyennant quelques modifications de détails acceptées par Glay.
Le projet fut voté à la Chambre des représentants, le 26 février, par 119 voix contre 85; il fut porté, le jour même, au Sénat, où il réunit 29 voix contre 16. Le lendemain, la Chambre adopta à la majorité de 111 voix contre 40 le force bill qui avait été voté précédemment par le Sénat. A la nouvelle de ce double vote, la convention de la Caroline du Sud fut convoquéepourlell mars; elle rapporta l'ordonnance de nullificalion du tarif, mais, pour affirmer de nouveau les droits qu'elle avait revendiqués, elle prononça la nullification du force act.
Telle fut l'issue de cette longue et redoutable crise. Le véritable vainqueur, a dit M. de Holst dans son Histoire constitutionnelle des États- Unis, ce fut Calhoun. Nous nesaurions souscrire à ce jugement. Le Sud avait obtenu sans doute l'abaissement du tarif, et Calhoun pouvait soutenir que la victoire si longtemps disputée était due aux efforts des nullificateurs et à la résistance de la Caroline du Sud. Mais le vote du force bill était la consécration des droits de l'Union, la négation du principe de la souveraineté des États et l'attribution au gouvernement fédéral des pouvoirs nécessaires pour réprimer toute tentative nouvelle de sécession. Calhoun lui-même ne se faisait pas illusion sur la gravité de cet échec infligea sa cause. « Tant que cette loi de sang souillera nos codes, écrivait-il au mois d'août 1833, tant que le gouvernement refusera de reconnaître les droits des États, nous resterons condamnés à un servage politique. >
Quant à Jackson, il était sorti grandi de cette épreuve. Il avait compris les devoirs de chef d'une grande nation et ils les avait remplis sans
violence et sans faiblesse. Il avait soutenu et fait prévaloir la cause de l'Union et les véritables principes de la constitution américaine ; il avait mis à leur service son pouvoir et sa popularité. C'est la page la plus pure et la plus glorieuse de son histoire.
La Banque nationale des États-Unis. — Ses origines. — Alexandre Hamiiton. — La constitutionnalité des privilèges de la Banque. — Renouvellement du privilège en 1816. — Jackson déclare la guerre à la Banque. — Demande et vote d'une nouvelle charte d'incorporation. — Veto du président. — Débats du Congrès. — Benton et Webster.
La lutte de Jackson contre la Banque nationale des États-Unis remplit presque complètement les huit années de sa double présidence. Pour en apprécier le caractère et les conséquences, il est indispensable de remonter aux origines de celte grande institution financière.
Au début de la présidence de Washington, les États-Unis qui ne comptaient encore que
trois millions d'habitants avaient à supporter le poids énorme d'une dette de soixante-quinze millions et demi de dollars créée pendant la guerre de l'Indépendance ; dans ce chiffre, la dette propre de l'Union figurait pour cinquantequatre millions environ; le surplus réprésentait les emprunts contractés par les États. Le numéraire était rare à cette époque et la circulation se composait presque exclusivement de billets émis par des banques particulières qui ne possédaient qu'un faible capital et de bons d'États au porteur qui se négociaient à peine au dixième de leur valeur nominale. C'était dans ces circonstances critiques que le gouvernement fédéral avait à fonder le crédit de l'Union en lui donnant pour base le respect scrupuleux des engagements pris au nom du peuple américain. Alexandre Hamilton accepta cette lourde et glorieuse tâche lorsqu'à l'âge de trente-deux ans il fut appelé par Washington aux fonctions de secrétaire de la Trésorerie*. Le jeune publi-
1. L'histoire offre peu de figures qui commandent à un aussi haut degré le respect et radmiration. Un juge peu suspect.
ciste qui venait de tracer d'une main si ferme dons le Federalist le programme du gouvernement d'une démocratie libre, se révéla financier consommé dans les deux rapports qu'il publia à la fin de décembre 1790 « sur les moyens d'affermir le crédit public > et c sur l'érablissement d'une Banque nationale ». Dans le premier de ces deux rapports il proclamait le caractère doublement sacré d'une dette qu i avait été « le prix de la liberté ». Il proposait de mettre à la charge de l'Union les dettes des
le prince de Tallcyrand, qui avait connu Hamilton pendant son séjour en Amérique, avait été frappé de la supériorité de son esprit et de Taustère grandeur de son caractère. VanBuren en recueillit le témoignage à Londres de la bouche même du vieux diplomate, (c C*est, lui dit ce dernier, l'homme le plus remarquable que j'aie connu aux États-Unis, et je ne sais si je ne pourrais pas dire sans Injustice en Europe. » Talieyrand racontait qu*ù Tépoque où Hamilton, sorti de la vie publique, avait repris à New-York l'exercice de sa profession d'avocat, il avait eu Toccasion de passer à une heure avancée de la nuit devant le modeste logis qu'habitait Tancien secrétaire de la Trésorerie, et dont les fenêtres étaient encore éclairées par sa lampe de travail, a j'ai vu, disait-il le lendemain, 'une des merveilles du monde : j'ai vu un homme qui travaillait toute la nuit pour subvenir aux besoins de sa famille, et cet homme avait fait la fortune d'une nation » (Sheâ, The life andepoch of Hamilton, Boston, 1879, p. 44).
LE GÉNÉRAL ANDRÉ JACKSON 2i5
États, d'acquitter immédiatement la dette étrangère et de consolider la dette intérieure. Il offrait aux créanciers une annuité de 6 p. 100 du capital emprunté en réservant au gouvernement le droit de racheter cette rente de manière à lui permettre de profiter des circonstances favorables pour en réduire le taux. En même temps, il posait pour l'avenir ce principe fondamental du crédit public qu'aucune dette ne pourrait désormais être contractée sans être accompagnée de la création des ressources nécessaires pour en assurer l'amortissement. Le second rapport était consacré au projet d'établissement d'une Banque nationale. Les avantages de cette institution étaient habilement mis en lumière; c'était le moyen d'accroître le capital actif et productif du pays, d'assurer au gouvernement, dans les besoins urgents, un concours financier efficace, de faciliter le recouvrement des impôts en mettant le crédit à la portée des citoyens. La plus spécieuse des objections des adversaires du projet était tirée du danger qu'il y aumit à provoquer la sortie des métaux précieux par un
2i6 LÀ DÉMOCBATIE AUTORITAIRE
développement excessif de la circulation fiduciaire. Hamilton ^ y répondait en rappelant qu'un peuple ne pouvait se procurer les métaux précieux qu'en échange de ses produits naturels ou manufacturés et que les banques qui favorisaient le développement commercial et industriel d'un pays devaient nécessairement par cela même y faire refluer l'or et ^arge^t des pays étrangers. Il faisait en outre observer que des circonstances spéciales aux États-Unis y rendaient plus nécessaire que partout ailleurs la création d'une Banque nationale. L'immobilisation d'une large part de la richesse du pays dans la culture de terres encore improductives, entraînait un grand ralentissement du mouvement industriel et une raréfaction considérable des métaux précieux; il convenait d'ajouter que, placés dans une situation qui les rendait habituellement débiteurs plutôt que créanciers
1. J.-C. Hamilton. History of the repMic of the UnUed States as traoed in the wriiings of Alex. Hamilton and his cotemporaries^ Y.ég&lemenitAlexander Hamilton by H. Cabot Lodge, Boston/1882.
de l'Europe et séparés par un intervalle de deux mois de ce réservoir central de la circulation monétaire, les États-Unis pouvaient faire difficilement de la monnaie métallique l'agent principal de la circulation : ils n'avaient donc que le choix entre le procédé périlleux qui consisterait à faire émettre par le gouvernement lui même un papier-monnaie et une émission de billets par une banque privilégiée, émission que devaient limiter à la fois l'importance de la demande et la valeur de l'encaisse. On ne proposait pas d'ailleurs de constituer un monopole; les banques particulières devaient rester comme par le passé, à la fois banques d'escompte, de dépôts et d'émission ; il s'agissait uniquement t de constituer un pouvoir régulateur dans les mains d'une banque centrale munie de forces suffisantes pour maîtriser habi- ' tuellement la circulation en espèces et le cours des changes^ >. La Banque nationale ne devait pas être un établissement public; elle serait