Life and letters, t. 2, p
un éclat inaccoutumé. Un grand banquet fut organisé à Washington sous la présidence de Benton. Jackson, que le mauvais état de sa santé avait empêché d'y assister, envoya un toast au paiement de la dette publique; Benton y répondit en portant la santé du président. « Puisse, dit-il, le soir de sa vie être aussi tranquille et heureux pour lui-même, que le midi de ses jours a été resplendissant, glorieux et bienfaisant pour le pays. »
Cette extinction de la dette qui semblait devoir être pour les États-Unis le point de .départ d'une ère de prospérité ne fit que précipiter et aggraver la crise créée par une administration financière violente et imprévoyante. Les mesures qui, d'après les bruyantes déclarations de leurs auteurs, devaient faire disparaître les abus du banking System et favoriser la circulation métallique avaient produit des résultats tout opposés. L'espoir d'obtenir une part des dépôts des fonds publics avait suscité dans tous les États la création d'un nombre considérable de banques qui se livrèrent pour la plupart à des spéculations
effrénées et développèrent, dans des proportions inouïes la circulation fiduciaire. Dans l'espace de deux années, le capital des banques s'éleva de deux cents à deux cent cinquante millions de dollars et l'émission des billets de quatrevingt-quinze à cent quarante millions. Les banques auxquelles avait été accordée la faveur de recevoir les dépôts des fonds publics étaient tenues à plus de réserve pour les clauses de leur traité ; mais elles durent, sur les instances du gouvernement, employer ces fonds à faire des prêts dont l'importance n'était souvBnt en rapport ni avec la médiocrité de leur capital ni avec les besoins réels du commerce et de l'industrie de la région dans laquelle elles se trouvaient. L'extinciion de la dette, en faisant entrer dans leurs caisses les énormes excédents dont le gouvernement né trouvait plus l'emploi, eut pour conséquence un nouvel et subit accroissement du chiffre déjà excessif de ces prêts.
L'abus par les particuliers de la faculté d'emprunter, et l'abus par les banques de la faculté d'émettre des billets entraînèrent des désordres
analogues à ceux qui s'étaient produits vingt ans auparavant sous l'empire des mêmes causes. L'affluence des capitaux européens attirés en Amérique par le rapide développement de la richesse de ce pays put faire un moment illusion sur les périls de cet état de choses. Mais lorsque, vers l'automne de 1835,1e marché monétaire se resserra et que l'argent de l'Europe cessa d'affluer aux Élals-Unis, la situation économique apparut dans toute sa gravité.
A cette époque, la spéculation qui avait pris toutes les formes se porta principalement sur les terres publiques dont le prix fixé par la loi était demeuré stationnaire au milieu du renchérissement général. Le produit de ces ventes, inférieur en 4834 à cinq millions de dollars s'éleva en 1836 à près de vingt-deux millions. Il en résulta pour le gouvernement le double inconvénient de voir s'accroître avec une extrême rapidité l'excédent de revenu qui lui causait déjà de si graves embarras et de recevoir en paiement pour des sommes considérables des billets émis par des banques d'une solidité dou-
teuse, auxquelles s'adressaient les spéculateurs pour contracter des emprunts. La question des terres publiques, soumise depuis longtemps déjà aux délibérations du Congrès, prenait dans ces circonstances une importance nouvelle.
Clay, reproduisant un projet qu'il avait fait voter en 1832 et qu'avait paralysé le ve/o présidentiel, demanda dans la session de 1836 que le produit de la vente de ces terres fût partagé entre les États. Calhoun saisit de son côté le Sénat dans la même session d'un projet de distribution entre les États de l'excédent des revenus publics. Le Congrès réunit les deux projets en les amendant : il décida que les excédents qui, au 1®' janvier 4837, dépasseraient cinq millions de dollars seraient partagés entre les États dans la proportion de leur représentation fédérale et à titre de dépôts permanents; les États avaient le droit de les employer à leurs besoins et de les restituer quand ils le jugeraient convenable et ils devaient délivrer au secrétaire de la Trésorerie des certificats de dépôts négociables. Suivant la remarque très judicieuse de Benton, c'était no-
minalement un dépôt, en la forme un prêt, en réalité une distribution que le gouvernement fédéral faisait aux États. Les considérations d'intérêt électoral avaient, dans une large mesure, déterminé le vote de ce projet; elles empêchèrent également le président d'y opposer son veto; mais il en critiqua les dispositions dans son message de décembre 1836.
L'événement ne justifia que trop ces critiques. Les banques qui avaient reçu et employé les fonds publics se virent tout à coup obligées de poursuivre le recouvrement de ces fonds pour les transférer aux États. Pour apprécier la perturbation qu'une telle mesuré devait jeter dans tous les intérêts, il suffira de constater qu'au 1*' juin 1835, le capital des banques privilégiées était en totalité de quarante-six millions de dollars et que les fonds publics dont elles étaient dépositaires ne s'élevaient pas à moins de quarante et un millions. Cette dette énorme devait être payée en quatre termes trimestriels dans le cours de 1837. Les versements de janvier et d'avril furent effectués en numéraire; mais au
mois de mai la crise prit une telle intensité que les banques durent suspendre leurs paiements en espèces. Le troisième versement se fil en papier : le quatrième fut reporté au mois de janvier 1839 et n'eut jamais lieu. Désastreuse pour la fortune publique, la mesure ne profita ni au gouvernement fédéral ni aux États. Le Congrès fit défense au secrétaire de la Trésorerie de négocier les certificats de dépôts que lui avaient délivrés les Etals, et même, aux époques les plus critiques, ces dépôts ne furent jamais réclamés. La plupart des États dissipèrent en dépenses stériles ou inavouables ces fonds qui, dans la pensée dés promoteui^ de la loi, devaient favoriser l'exécution de grands travaux d'intérêt général. Neuf d'entre eux seulement publièrent le compte rendu de l'emploi quMls avaient fait de la part qui leur avait été attribuée, et en 4877, le contrôleur de l'État de New-York déclarait qu'il lui avait été impossible de retrouver la trace des quatre millions de dollars reçus par cet État.
L'abus, ou pour employer l'expression consa-
crée aux États Unis, Yinflation du papier de circulation avait naturellement éveillé les alarmes du président et de ses amis. Benton crut y porter remède en demandant que le prix des terres publiques ne fût désormais payable qu'en espèces métalliques. Cette proposition ne fut pas votée ; mais, aussitôt après la séparation du Congrès, le secrétaire de la Trésorerie, sur Tordre du président, en reproduisit les dispositions dans une circulaire du 44 juillet 4836 connue sous le nom de specie circular. La légalité de cet acte était contestable, le Congrès ayant décidé, en 4846, que les billets seraient reçus en paiement comme Tor et l'argent par le gouvernement fédéral. Mais, quelle qu'en fût la valeur légale, les résultats de la mesure furent incontestablement désastreux. Elle eut pour effet de faire affluer la monnaie métallique dans les régions de l'Ouest où se vendaient les terres publiques, au grand préjudice des banques et des manufactures des États da l'Est où la raréfaction soudaine du numéraire causa les plus graves désordres. La crise monétaire prit dans
ces États les proportions d'une calamité publique. La circulaire, dit M. Sumner, n'en fut pas, à proprement parler, la cause, mais elle fut l'étincelle qui détermina l'explosion. LeCbngrè's s'en émut et, dans la session suivante, il annula, à une grande majorité, les prescriptions de la circulaire. Le bill fut envoyé au président qui, le 3 mars 1837, à onze heures quarante-cinq du soir, c'est-à-dire un quart d'heure avant l'expiration de ses pouvoirs, en ordonna le renvoi au département d'État, alléguant, après avoir consulté Vaiiorney gênerai^ qu'il ne se trouvait pas en mesure de prendre parti sur une question aussi complexe.
Jackson ne pouvait d'ailleurs considérer ce vole du Congrès comme un acte d'hostilité envers sa personne ou sa politique, car il venait d'obtenir, dans le cours même de celte session, le plus complet et le plus éclatant de tous les triomphes. Depuis le vote de censure de 1834, Benlon avait présenté chaque année au Sénat une proposition lendante à faire effacer celte résolution de ses procès-verbaux. Sa persévé-
rance, que n'avaient pas découragée plusieurs échecs successifs, fut couronnée de succès lorsque de nouvelles élections eurent déplacé la majorité de l'assemblée. Sûr de l'appui de cette majorité, il développa sa proposition dans la session de 4 8;37 en termes impérieux et hautains : c Je parle, dit-il, au nom du peuple, je réclame l'exécution de sa volonté, je demande que l'on fasse disparaître la sentence que la voix de quelques sénateurs, appuyée sur la puissance de leurallié.e, laBanque des Etats-Unis, a fait figurer dans le journal des séances du Sénat et que la voix de millions d'hommes libres a ordonné d'en effacer. » Le Sénat, à la majorité de 25 voix contre 19, obtempéra à cette insolente sommalion. Le journal des séances fut apporté sur le bureau ; la résolution de censure fut recouverte d'une large barre, et l'un des secrétaires écrivit en marge de la page raturée : « Effacé par l'ordre du Sénat le 16 janvier 18^{7. » On montre encore aux étrangers qui visitent le Capitole ce monument d'humiliation de la législature devant les prétentions triomphantes du pouvoir exécutif.
A cette revanche obtenue sur le Sénat, vint bientôt s'ajouter une satisfaction plus vive encore donnée aux haines et aux rancunes du président. La Banque des États-Unis, dont le privilège était expiré depuis le 3 mars 1836, avait obtenu de l'État de Pensylvanie une charte d'incorporation. Jackson la vit sombrer sous cette forme nouvelle dans le désastre qui atteignit, en 1837, presque toutes les banques américaines, et, pour que rien ne manquât à l'impitoyable ivresse de sa victoire, il put voir, avant la fin de sa .vie, son ancien adversaire Nicolas Biddle mourir à l'âge de cinquante-huit ans, le 27 février 1844, insolvable, oublié et désespéré.
L'indemnité de vingt-cinq millions. — Le message de 1834. — Menaces de rupture entre les États-Unis et la France. - Premières tentatives des -abolitionnistes. — Bill sur les écrits incendiaires. — Propositions de Galhoun. — Le parti démocrate et le Sud. — Élection de Van Burcn à la présidence. — Retour de Jackson à THermitagc. — Sa Lettre sur la question du Texas. — Sa mort. — Jugement sur sa carrière politique.
Le récit de la lutte de Jackson contre la Banque nous a forcé de laisser de côté deux importants épisodes de son histoire ; l'un met en lumière les procédés de sa diplomatie, assez semblables à ceux de sa politique intérieure; Taulre nous fait assister aux débuts du mouvement anti-esclavagiste aux États-Unis.
Un traité, conclu le 4 juillet 1831 après de longues négociations, avait réglé à vingt-cinq millions de francs l'indemnité due par la France aux États-Unis pour les navires saisis ou détruits en vertu des décrets de Napoléon I*' qui avaient établi le blocus continental. Le paiement de la première annuité devait, aux termes de cette convention, avoir lieu le 2 février 1833. Mais, à cette date, les mesures financières nécessaires à l'exécution du traité n'avaient pas encore été votées parles Chambres françaises. Sans se préoccuper de cette circonstance qu'il ne pouvait ignorer, et sans suivre les voies diplomatiques ordinaires, le secrétaire de la Trésorerie remit à l'échéance une traite sur le Trésor français à la Banque nationale qui la passa à l'ordre d'une maison anglaise. Ainsi qu'on devait le prévoir, le Trésor refusa d'effectuer un paiement pour lequel aucun crédit n'avait été ouvert et la traite revint impayée. Sur ces entrefaites, Livingston, qui venait d'être nommé ministre plénipotentiaire à Paris, se rendit à son poste et présenta ses lettres de créance. Le roi Louis-Philippe le
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reçut avec la cordialité qu'il témoignait en toute occasion à la nation américaine, l'entretint de cet incident et lui donna l'assurance que, dans le cours de la prochaine session, le traité serait ponctuellement exécuté.
Le projet de loi avait en effet été déposé dès la lin de 4832, et le 10 mars 1834, la commission de la Chambre des députés, à laquelle il avait été renvoyé, en proposa à l'unanimité l'adoption. Mais, par une de ces surprises dont l'histoire des assemblées politiques oifre plus d'un exemple, les attaques de l'opposition jetèrent le le trouble et l'hésitation dans l'esprit de la Chambre, et, malgré l'énergique intervention du duc de Broglie, président du conseil, et de M. Duchâtel qui démontrèrent péremptoirement, au témoignage de M. Guizot, « l'équité morale et la sagesse politique de cette transaction », le projet fut rejeté par une majorité de huit voix. Le duc de Broglie avait à un trop haut degré le sentiment de sa dignité et des conditions essentielles du gouvernement parlementaire pour accepter cet échec personnel et, dès le lendemain, il donna
sa démission. Le roi s'en montra vivement affecté au double point de vue de la politique intérieure et du maintiw des^ bonnes relations qu'il tenait à entretenir avec les États-Unis. Il témoigna ses regrets à Livingston et lui exprima l'espoir que la Chambre ne persisterait pas dans sa résistance lorsqu'elle connaîtrait l'importance que le gouvernement américain attachait à la solution de cette affaire.
Le ministre des États-Unis se crut fondé à conclure de cet entretien que l'insuccès de la mesure n'avait eu d'autre cause que Texcessive modération de son gouvernement, et il engagea le président, dans une dépêche du 22 novembre, à tenir un langage qui ne pût être taxé de faiblesse. « Du ton du message, écrivait-il, dépendra non seulement le paiement de notre créance, mais notre réputation nationale d'énergie. ^ Il était assurément superflu d'adresser à Jackson une recommandation de ce genre.
Il ne manqua pas de s'y conformer et, en dépit des observations de plusieurs membres du cabinet, le ton du message de 1834 fut au su-
prême degré violent el injurieux pour la France. Tout en protestant de ses intentions pacifiques
et en déclarant que la France aurait tort de prendre ses paroles pour des menaces, le président s'exprimait dans les termes suivants : « Puisque la France, violant les engagements pris par son ministre, en a retardé si longtemps l'exécution que sa décision ne sera sans doute pas connue assez tôt pour être communiquée au Congrès, je demande le vote d'une loi autorisant des représailles sur les biens des Français, dans le cas où des mesures ne seraient pas prises pour assurer le paiement de la dette à la prochaine session. » C'était vouloir rendre tout accord impossible; le Sénat le comprit et déclara, le 14 janvier 1835, parun vote unanime, qu'iln'y avait pas lieu pour le moment d'adopter des mesures législatives au sujet des affaires pendantes entre les États-Unis el la France. De son côté, la Chambre, appuyant de son vote le langage tenu par le président, réclama par une résolution également unanime l'exécution du traité. Sur ces entrefaites, le duc de Broglie avait été
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rappelé aux affaires et chargé de former un nouveau cabinet. Un de ses premiers soins fut
de poursuivre le règlement de ce déplorable incident qu'avait singulièrement aggravé la légitime irritation causée en France par le message présidentiel et par la publication des dépêches de Livingston. Sur sa demande, les Chambres votèrent les crédits nécessaires à Texécution du traité, mais sous la condition expresse qu'aucun paiement ne serait effectué tant que des explications satisfaisantes n'auraient pas été fournies au sujet du message. Livingston remit, le 25 avril, une note dans laquelle il exposait que le message était un acte de politique intérieure dont une puissance étrangère ne pouvait demander compte au gouvernement américain, que, d'ailleurs, le message lui-même désavouait suffisamment Iqs intentions qu'on prêtait au président, qu'enfin la condition à laquelle les Chambres avaient subordonné le paiement ne permettait pas de considérer la loi qu'elle avait votée comme une solution satisfaisante du différend. Jackson revint sur la
question en termes plus mesurés dans son message de 1835; il protesta qu'il n'avait jamais adressé de menaces à la France et s'en référa aux explications contenues dans la note de Livingston; mais il déclara en même temps, de la façon la plus formelle, qu'il ne consentirait jamais à présenter des excuses. De nouvelles dépêches furent échangées ; le duc de Broglie, interrogé au mois d'octobre par le chargé d'affaires des États-Unis sur les intentions de son gouvernement, lui fit connaître qu'aucun paiement n'aurait lieu jusqu'à ce que le gouvernement américain eût déclaré qu'il regrettait le malentendu qui s'était produit, que ce malentendu était le résultat d'une erreur et que le président n'avait jamais entendu mettre en doute la bonne foi de la France ou lui adresser une menace.
L'accord n'ayant pu s'établir sur ces bases, les deux chargés d'affaires furent rappelés de Paris et de Washington et les relations diplomatiques furent complètement interrompues.
La médiation de l'Angleterre vint heureusement dénouer cette situation qui semblait de-
venue inextricable. Le gouvernement français consentit à considérer le message de 1835 comme un désaveu de celui de 1834; cette déclaration fut transmise par le ministre d'Angleterre au secrétaire d'État, Forsyth, qui la porta à la connaissance du Congrès; et, le 19 mars 1836, le Trésor français effectua le paiement de tous les termes échus.
La popularité du président sortit encore grandie de cet épisode diplomatique dans lequel les maladresses et les emportements de son.
langage avaient failli entraîner une irrémédiable rupture entre les États-Unis el celle dôs nations du continent qui avait été leur plus ancienne et leur plus constante alliée. Une fois de plus, le succès était venu justifier les imprudences et les violences de sa politique et le peuple américain saluait en lui l'intraitable gardien de l'honneur national.
C'est sous la présidence de Jackson que se
placent les premiers efforts tentés aux Etats- Unis en faveur de l'abolition de l'esclavage. Les premiers abolitionnistes n'étaient pas des
politiques mais des apôtres : c'était un quaker de New- York, Benjamin Lundy, qui parcourait à pied le pays en prêchant une sorte de croisade contre l'institution servile; c'était William Lloyd Garrison, ouvrier imprimeur de Boston devenu écrivain par la puissance du travail et de la volonté qui fonda en 1831 le journal le Libérâleur et voua sa vie à la cause de la liberté humaine et de l'égalité des deux races; en décembre 1833, la société anti-esclavagiste américaine publia son premier manifeste. Au momoment où, dans un document célèbre, le gouverneur de la Caroline du Sud, Macduffie, déclarait que, bien loin d'être un mal politique, l'esclavage était « la pierre angulaire de l'édifice républicain », les défenseurs de l'abolition proclamèrent dans leurs brochures et dans leurs journaux que l'esclavage était un crime social, qu'il fallait à tout prix en poursuivre la destruction et que les États libres eux-mêmes avaient une part de responsabilité dans son maintien. Isolés dans leur pays, mais pleins de foi dans le triomphe de la vérité et de la justice, ils se livré-
rentàune active propagande et envoyèrent dans les États du Sud des écrits consacrés à l'exposition et à la défense de leurs doctrines. Une telle audace éveilla les alarmes et les colères du Sud : les États à esclaves se prétendirent menacés dans les droits que leur garantissait la constitution et réclamèrent l'intervention du gouvernement fédéral. La populace avait pris les devants, en pillant les bureaux de poste et en brûlant les écrits abolitionnistes qui y avaient été transportés. Effrayé de ces violences qu'encourageait la connivence du gouverneur, le maître de poste de Charleston s'adressa à Amos Kendall qui venait d'être nommé postmaster général^ lui annonça qu'il avait pris sur lui de refuser de délivrer aux destinataires un certain nombre de ces écrits et lui demanda s'il approuvait sa conduite. Le gouvernement craignait de s'engager sur cette grave question. 11 ne pouvait méconnaître le caractère illégal des mesures pour lesquelles on demandait une approbation. Mais Amos Kendall avait besoin, pour obtenir la confirmation de
sa nomination, des voix d'un certain nombre de
sénateurs du Sud ; de son côté, Jackson tenait par-dessus tout à assurer les votes des Etats esclavagistes à la candidature présidentielle de Van Buren. Le postmaster gênerai fit en conséquence, le 4 août 1835, une réponse équivoque dont il avait soigneusement pesé les termes. Il protesta qu'en ce qui le concernait, il ne prêterait sciemment aucun concours direct ni indirect à la propagation d'écrits qu'on lui dénonçait comme « incendiaires et insurrectionnels ». Il confessait toutefois que les lois ne lui fournissaient aucun moyen de s'y opposer; mais il invoquait hardiment la théorie du salut public. « Nous avons, disait-il, le devoir de respecter les lois ; mais nous avons de plus grands devoirs encore envers les sociétés dans lesquelles nous vivons, et si les lois sont détournées de leur objet naturel au point de menacer l'existence de la société, c'est faire acte de patriotisme que de n'y point obéir. Étant dans ces sentiments, je ne puis sanctionner, mais je ne saurais blâmer la résolution que vous avez prise. »
Quelque grave que fût cette déclaration, elle
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ne parut pas suffisante aux Sudistes qui exigeaient une intervention formelle du gouvernement fédéral en faveur de l'esclavage. Ils obtinrent sur ce point de Van Buren des engagements précis, et le président lui-même dut porter la question devant le Congrès. II signalait, dans son
message, l'envoi par la poste de journaux et de brochures destinés à soulever les passions des esclaves, et, pour combattre cette propagande, il conseilla le vote d'une loi qui interdirait sous des peines sévères l'inlroduclion par la poste dans les Élats du Sud de publications incendiaires tendantesàpousserlesesclavesàlarévolle. Le comité, auquel cette partie du message fut renvoyée sur la demande de Calhoun, substitua un projet présenté par ce dernier à celui qu'avait suggéré le président. Calhoun défendit sa proposition le 12 avril 1836, dans un de ses plus remarquables discours. Il ne lui fut pas difficile de faire ressortir le caractère arbitraire du projet du gouvernement et de démontrer qu'il était inconciliable avec le principe de la liberté de la presse consacré par la constitu-
tion. Mais ce qu'il s'atlacha surtout à établir, c'est qu'une loi de ce genre pourrait devenir funeste aux intérêts qu'elle prétendait protéger et que le droit attribué au Congrès de déterminer les écrits incendiaires remettrait en réalité à sa discrétion les États du Sud. « Attribuer un tel droit au Congrès, dit-il, c'est en fait lui donner le pouvoir d'abolir l'esclavage en lui fournissant le moyen de briser toutes les barrières élevées par les États à esclaves pour la défense de la vie et des biens de leurs citoyens. » 11 demanda en conséquence qu'il fût défendu aux maîtres de poste de transporter dans un État quelconque des écrits dont la circulation aurait été interdite par les lois de cet Etat.
Une telle législation n'eût été assurément ni moins arbitraire ni plus respectueuse de la liberté de la presse que celle qu'avait proposée le président : elle n'en différait qu'en un seul point ; c'est qu'au lieu d'abandonner au Congrès le droit de désigner les écrits qu'il jugerait nécessaire d'interdir, elle réduisait le gouvernement fédéral au rôle d'agent et d'exécuteur des décisions des
législatures des États. La théorie soutenue naguère par les défenseurs de la nuUification était singulièrement dépassée. Il n'était plus question d'un contrat intervenu entre les États et l'Union en les plaçant sur le pied d'une égalité réciproque sans leur donner de juge commun. Calhoun formulait en termes plus absolus et plus hardis la doctrine des droits des États : il sommait le gouvernement de l'Union de faire plier devant leur souveraineté l'autorité de ses propres lois, afin de mettre, dans le Sud, au-dessus de toute atteinte le maintien de l'institution de l'esclavage, condition fondamentale du pacte national. (( Détruire les rapports existant entre les deux races, disait-il, c'est créer entre elles une lutte qui ne peut finir que par l'expulsion ou la destruction de l'une d'elles... Entre elles l'égalité est impossible; en dehors de l'égalité, changer la condition de la race africaine ne serait que créer une forme nouvelle d'esclavage. D'ailleurs, les Etats à esclaves ne se laisseront pas sacrifier. Ils mettront tout en œuvre pour défendre leurs biens, leurs familles, leur pays, leur liberté, leur
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existence. » Le souffle de rébellion qui avait agité la Caroline du Sud vibrait encore dans les
dernières paroles de son tribun : « Je dois le
dire au Sénat; que votre décision soit ce qu'elle voudra, le Sud ne renoncera jamais aux principes de ce bill. Si vous refusez de coopérer à l'exécution de nos lois et qu'un conflit surgisse entre vos lois et les nôtres, les Étals du Sud ne reconnaîtront jamais la supériorité de vos lois. Qu'il soit bien entendu, qu'il demeure gravé dans tous les esprits du Sud que les lois des États à esclaves pour la protection de leurs institutions domestiques sont supérieures aux lois du gouvernement général qui règlent le service du commerce et des malles-poste et que, dans le cas d'un conflit, ce sont ces dernières qui doivent céder devaut les premières. »
Le sénat rejeta le bill par 25 voix contre 19; et, quelques mois plus tard, une loi interdit aux. maîtres de poste de détenir illégalement dans leurs bureaux des lettres, brochures ou journaux dans le but d'en empêcher l'arrivée ou la remise aux destinataires. Les prétentions de
Ui LA DÉMOCRATIE AUTORITAIRE
Calhoun avaient donc été repoussées par le Congrès; mais il avait pu, au lendemain des tentatives avortées de nullification, relever avec une audace nouvelle le drapeau des droits des États, proclamer le caractère inviolable et sacré de Tesclavage et affirmer les revendications du Sud. Une minorité compacte avait appuyé ces revendications et ceux mêmes des membres du parti démocrate qui avaient refusé de s'y associer leur avaient prêté, sous l'empire de préoccupations électorales, la complicité de leur silence. Ainsi s'annonçait, sous le gouvernement du plus populaire et du plus énergique de ses chefs, le honteux asservissement de ce parti aux intérêts esclavagistes et aux passions du Sud, dont il devait peu à peu confondre la cause avec la sienne, subir l'humiliante protection, encourager la rébellion par ses complaisances et, par un juste retour, partager un jour la défaite.
L'élection présidentielle, de 1836 fut le couronnement de la carrière politique de Jackson. Il avait lui-même proposé la candidature de
VanBurenetil était de sa personne descendu dans l'arène pour lui prêter le prestige de sa situation officielle et Tappui plus puissant de sa popularité. Sous son influence, la convention démocratique, réunie à Baltimore, et composée en majorité de fonctionnaires, adopta la candidature de Van Buren qui se déclara résolu à marcher sur les traces du président actuel « heureux s'il pouvait continuer l'œuvre si glorieusement commencée ». Les Whigs, écartant les noms de leurs chefs politiques, lui opposèrent le vieux général Harrison qui s'était illustré vingt-cinq ans auparavant dans les guerres contre les Indiens et dont la victoire de Tippecanoe avait à cette époque rendu le nom populaire. Nommé ministre des États-Unis en Colombie à la suite de ses succès militaires et brutalement révoqué par Jackson au début de sa présidence, il s'était retiré dans l'État d'Ohio où il exploitait une petite ferme et où, pour suppléer à Tinsuffisance de ses ressources, il remplissait en outre les modestes fonctions de greffier d'un tribunal. Van Buren réunit 170 voix et 73 seulement se
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portèrent sur le nom d'Harrison* . Pour la viceprésidence, les suffrages se partagèrent entre plusieurs candidats ; le candidat du parti démocrate, Johnson, qui avait obtenu la majorité relative fut élu par le Sénat.
Les sentiments qu'inspirait à Jackson l'élection du successeur qu'il avait désigné se font jour dans une lettre qu'il adressait le 2 mars 1837 à son secrétaire Nicolas Trist : « J'espère, disait-il, être en état d'aller le* 4 au Capitole assister à ce glorieux spectacle: M. Van Buren, dont le Sénat a autrefois rejeté la nomination, prêtant serment entre les mains du chief justice Taney, repoussé lui aussi par un Sénat factieux. » Cette joie suprême de la rancune assouvie né lui fut pas refusée. A peine remis des atteintes d'un mal qui à plusieurs reprises avait mis sa vie en danger, il put quitter sa chambre de malade pour conduire son successeur au Capi-
1. Harrisoii fut élu en 1840, mais mourut un mois après l'inauguration de sa présidence laissant le pouvoir au viceprésident Tyler. (V. Montgomery, The Life of major gênerai W\ II. Harrison, Cleveland, 1852.)
tole et y recevoir comme un dernier adieu les acclamations populaires.
Le 4 mars, à midi, les deux présidents arrivèrent sur la place dans une voiture traînée par quatre chevaux gris et faite du bois de la frégate la ConstitiUiony illustrée dans les combats livrés à la marine anglaise. Ils mirent pied à terre pour traverser les flots pressés d'une foule enthousiaste. Tous les yeux étaient fixés sur ce vieillard dont le visage amaigri et sillonné de rides portait les traces de la fatigue et de la souffrance, mais dont le regard perçant brillait encore de tout son éclat et qui redressait fièrement sa grande taille et sa tête blanchie. Il salua l'assemblée et s'arrêta pour entendre le discours d'inauguration deVan Buren qui se termina par ces mots : « Après avoir été associé aux conseils de mon illustre prédécesseur et témoin quotidien de son dévouement sans bornes aux intérêts de la patrie, uni à lui dans les sentiments qu'ont chaleureusement approuvés ses concitoyens, tonoré si largement de sa confiance, je puisespérerobtenirquelque chose
de cette chaleureuse approbalioQ. Quant à lui, je ne fais en le disant qu'exprimer les vœux de tous, puisse-t-ii vivre longtemps pour jouir du brillant couchant d'Qne vie si bien remplie ! » La vie politique de Jackson était terminée. Il prit à petites journées le chemin de Nashville, accueilli partout sur sa route par des manifestations bruyantes et sympathiques. Réinstallé avec les siens dans son domaine de l'Hermitage qui avait souffert de sa longue absence, il se remit avec une activité que n'avait ralenti ni Tâge ni la maladie à la direction de son exploitation agricole. Il suivait de loin la marche des affaires publiques, entretenait avec ses amis politiques une correspondance fréquente, les dirigeait de ses conseils et recevait les nombreux visiteurs qui venaient le trouver de tous les points de TAmérique. Les désastres qu'ir avait si témérairement provoqués et dans lesquels sombraient à la fois le crédit public et la fortune privée n'avaient* point ébranlé sa popularité. Dans sa retraite, ainsi que l'a dit un de ses historiens, il était encore une puissance. Son
dernier acte poUtique fat une sorte de manifeste que Ton obtint de loi en iSiâ sous la forme d'une Lettre en faveur de I annexion immédiate du Texas, Calhoun et ses amis réclamaient cette annexion qui impliquait une déclaration de guerre au Mexique ; les démocrates modérés cherchaient au contraire à gagner du temps.
C'était un coup de maître que de jeter dans la balance le poids de Topinion de Jacison. Les partisans de Tannexion obtinrent aisément son adhésion en faisant appel à ses anciens projets d'agrandissement et de conquêtes, et en rappelant les encouragements qu'il avait donnés luimême aux entreprises des flibustiers qui avaient arraché le Texas à la domination mexicaine.
Tenue secrète pendant un an, la lettre de Jackson fut habilement produite au moment des élections présidentielles et elle contribua, contre le gré de son auteur, à faire écarter, en 1844, la candidature de Van Buren au profit de celle de Polk. Cette question du Texas fut Tune des plus vives préoccupations de ses derniers jours ; il y portait la passion et l'obstination de sajeu-
35() LA DËMOGRATIE AUTORITAIRE
nesse et, la veille de sa mort, il fit un suprême effort pour dicter une lettre par lequelle il sollicitait du nouveau président une action prompte et énergique. La situation intérieure fut également le sujet de ses derniers entretiens : il constatai I avec orgueil le triomphe de sa politique dans les récentes élections qui venaient de consommer la défaite du parti whig; il se gloriliait d'avoir assuré la prédominance des classes laborieuses qui formaient, disait-il, (( les nerfs et les os de la nation ». « C'est d'elles, ajoutait-il, que le pays tire sa prospérité et sa grandeur. Donnez-leur un gouvernement honnête, affranchissez-les des monopoles et des classes privilégiées, donnez-leur des espèces métalliques et non du papier en paiement de leurs rudes labeurs et tout ira bien. »
Dans la matinée du 8 juin 1845, la famille et les serviteurs du vieux président s'aperçurent que ses forces diminuaient et que son état s'aggravait. Il réunit les siens, s'entretint longuement avec eux et leur donna des instructions détaillées pour la direction de sa ferme et pour
le règlement de ses funérailles. Vers le milieu de la journée, il fermales yeux commepour s'endormir; sa lête tomba sur sa poitrine sans que son visage trahit l'anxiété ni la douleur. II était mort.
Quelques mois auparavant, le commodore EUiott lui avait offert pour lui servir de tombeau un sarcophage qu'il avait rapporté de Palestine, et qui passait pour avoir contenu les restes de l'empereur Alexandre Sévère. Jackson avait refusé ce présent, alléguant que ses principes républicains ne lui permettaient pas de consentir à ce que ses dépouilles mortelles fussent déposées dans un tombeau destiné à un empereur ou à un roi. « J'ai préparé, ajoutait-il, un humble tombeau auprès de celui de ma femme bien-aimée; c'est là que j'ai demandé à être conduit sans pompe et sansparade, quand mon Dieu m'appellera à dormir du sommeil éternel avec mes aïeux. »
Cette tombe, élevée dans le jardin de l'Hermitage, réunit, en effet, suivant sa volonté suprême les restes du rude dictateur à ceux de la femme qu'il avait tendrement aimée.
Sur la pierre qui la recouvre on a gravé cette simple inscription :
LE GÉNÉRAL AiNDRÉ JACKSON
Né le 15 mars 1767, mort le 8 juin 1845.
Quarante années ont passé sur cette tombe; elles ont été remplies, pour la nation américaine, par de tragiques vicissitudes et par des transformations profondes. A cette distance qui offre déjà les lointaines perspectives de l'histoire, la singulière figure que nous avons essayé d'esquisser sa détache en pleine lumière et l'on peut juger l'homme et son œuvre.
Les premiers présidents des États-Unis, inégaux par le caractère et par les talents, appartenaient tous à rélite intellectuelle du pays ; leur pratique assidue des afiaires publiques, la culture supérieure de leur esprit, les études qui avaient rempli leur vie les avaient préparés à diriger le gouvernement d'un grand peuple.
L'élection de Jackson interrompt cette tradition. Pour la première fois, le suffrage ou, pour
parler plus exactement, racciamation populaire élève à la magistrature suprême un soldat violent et illettré, ignorant des notions les plus élémentaires de l'histoire, de la jurisprudence, de l'économie politique, des sciences usuelles, de tout ce qui fait, dans une nation civilisée, la base de l'éducation des classes éclairées. On sent fermenter en lui toutes les passions, toutes les rancunes, tous les préjugés des masses dont il est l'idole : il croit à l'infaillibité du peuple et il prétend en être le mandataire et L'organe. 11 est inébranlable dans ses résolutions, indomptable dans ses colères, implacable dans ses ressentiments, passionné pour la lutte et le péril, inaccessible au scrupule comme à la crainte, aussi incapable de résister à un flatteur que de cédera un adversaire. Les contrastes abondent dans cette étrange nature. Ce soldat brutal possède à un rare degré le don de séduire et de charmer; ce planteur illettré étonne parfois par la promptitude de son coup d'œil et, lorsque la colère ne l'aveugle point, par la sagacité naturelle de son esprit inculte ;
ce malade dont le corps esl brisé par trente années d'incessantes souffrances ne connait ni la fatigue ni le repos, et domine le mal par la puissance de sa volonté; ce dictateur qui n*a ni le sentiment de la liberté ni le respect du droit n'en a pas moins Tâme d'un patriote, comme tant d'autres grands despotes qui ont confondu la cause de leur patrie avec la leur et qui l'ont aimée de toutes les forces de leur égoïsme et de leur ambition. Il a par-dessus tout les qualités maîtresses qui subjuguent un peuple hardi et entreprenant comme le peuple américain : il sait agir et oser.
C'est sous ces traits que l'ont connu ses contemporains et qu'ils ont subi son prestige; c'est sous ces traits que, dans la génération qui l'a suivi, sa physionomie est restée légendaire; c'est ainsi qu'il nous apparaît dans des poésies populaires publiées au début de la guerre de la Sécession et dont l'auteur se plait à opposer sa rude énergie aux hésitations qu'il reproche au gouvernement de Lincoln :
« Ce n'est pas, dit-il, le vieux bois de fer qui
eût ainsi Vergh^rBé en se d^oaiidaiit et quli fallait faire jasqu^à ce qu'il ne fiit phis leiupd'agir. Il eût, au jour dudaagei, bii^ ks tabiede la Loi, pour en (Axar^er ses tafiOBS. 11 ne p&s^ vait voir qu'un seul côté des càjosts. lûiûsqiuuEKi il avait fait son dioix, ce qu*il voaiail, i>ieu k voulait, et c'était assez. Et quauid il avait dit : « En avant ! h il avait deii3^ fois décupi^: ia krri>. d'une armée K h
Les sociétés déniocmliques ne jMmt que irépp portées à s'éprendre des ïtomnt^ qui ^ ^st$i î^nét du danger brisent les table.*^ de k Loi /. li ^ft du moins permis de demanda atu ;MiiH;at!ei^^ de la force et de l'audace iieitre»!^*^ . û ^^iu audace, cette activité, celle s^html^ ^ '^^ qui brisait tous les xAfSiMÏ^. tmi J%ii^ Mv p^