‹ La démocratie autoritaire aux États-Unis: le général André JacksonChapitre 5 sur 31 · Quarante ares environ · texte numérisé non relu

Quarante ares environ

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des principaux propriétaires fonciers de cet État.

D'autres liens l'avaient, à cette époque, définitivement attaché à ce pays. Lorsqu'à son arrivée à NashvHle, il avait eu à faire choix d'un logement, il avait pris pension chez une dame Donelson, veuve d'un des plus hardis pionniers de la contrée, qui avait, quelques années auparavant, trouvé la mort dans une embuscade d'Indiens. Mistress Donelson vivait avec sa fille, mariée à un habitant du Kentucky, nommé Louis Robarts. Cette dernière était une jeune femme vive, alerte, enjouée et accoutumée dans son enfance à suivre son père à cheval au travers des montagnes du Tennessee ou à manier le gouvernail lorsqu'il descendaitle cours du Cuinberland pour diriger quelque expédition contre les Indiens. Jackson se plaisait dans la société de sa jeune hôtesse, et,quoique leurs relations eussent conservé un caractère irréprochable, si l'on s'en rapporte au témoignage digne de foi du juge Overton, alors pensionnaire de mistress Donelson, elles éveillèrent la jalousie de l'ombrageux Kentuckien. Il

partit pour son pays après une scène violente et donna bientôt à sa l'emme l'ordre de l'y rejoindre. Celle-ci manifesta une véritable terreur à l'appel de son mari et, au lieu d'y répondre, elle alla s'embarquer sur le Mississipi pour demander un asile à des amis qui habitaient Natchez. Elle se fit accompagner dans ce long et pénible trajet par un vieux colonel, ami de sa famille, et par Jackson, qui devait protéger les voyageurs contre les attaques des Indiens. Ce dernier revint aussitôt à Nashville, se montrant fort contrarié d'un incident qui défrayait toutes les conversations, et manifestant le regret d'avoir involontairement compromis une jeune femme pour laquelle il professait autant d'estime que d'affection. Le bruit se répandit peu de temps après que la législature de l'État de Virginie, dont le Kentucky faisait alors partie, avait prononcé le divorce des époux Robarts. Les habitants du Tennessee, peu familiers avec la législation et la jurisprudence des États voisins, ignoraient que, d'après les lois de la Virginie, la décision par laquelle la législature accueillait une demande de divorce n'avait

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qu'un caractère préparatoire el subordonnait la dissolution définitive du mariage à la vérification par une cour de justice des faits allégués par répoux demandeur. Un tint donc pour une sentence pure et simple de divorce la décision qui accueillait la demande de Louis Robarts à la charge par lui de faire la preuve légale de Tinfidélilé dont il accusait sa femme. Jackson, qui, en sa qualité de légiste, aurait dû se montrer plus éclairé ou plus circonspect, partagea Terreur commune ; il se rendit, sans autre vérification, à Natchez, demanda la main de Rachel Donelson, « épouse divorcée de Louis Robarts >, l'épousa dans l'été de 1792 et la ramena à Nashville sans que personne songeât à mettre en doute la régularité de leur union. On fut fort étonné d'apprendre, plus de deux ans après ces événements, que Louis Robarts s'était présenté, le 27 septembre 1793, devant la cour de justice du comté de Mercer, qu'il avait offert de prouver que sa femme l'avait abandonné pour vivre avec Vattorney al law André Jackson, que le jury avait déclaré les Itiits constants et que la dissolution

du mariage avait été en conséquence définitivement prononcée. Le juge Overton, qui reçut le premier cette nouvelle, en fit aussitôt part à son ami ; mais il eut grand'peine à le décider à faire régulariser une union que la bonne foi des parties ne suffisait pas à légitimer. Jackson se rendit cependant à ses représentations et consentit, au mois de février 1794-, à la célébration d'un nouveau mariage.

Ce fut une des plus pénibles épreuves de sa vie. Le tendre et profond attachement qu'il conserva toujours pour sa femme lui rendait particulièrement odieuses les allusions outrageantes à ces incidents auxquelles se livrèrent souvent ses ennemis. Dans la lutte de 1828 pour l'élection présidentielle, les journaux qui combattaient sa candidature représentèrent sous un jour odieux les circonstances de son mariage, et la polémique qui s'engagea à ce sujet fut empreinte de cette impitoyable grossièreté que portent les Américains dans la discussion de la vie privée aussi bien que de la conduite politique de leurs hommes d'État. Ce fut alors qu'il

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ioYoqua le témoignage respeclé de $00 vieil ami Ofertoo et qu'il obtint de lui la publication du récit auquel nous avons emprunté les détails qui précédent

Sa considération et son influence sur ses concitoyens n'en reçurent d'ailleui^ aucune atteinte, et, en 1 796, il fut le premier représentant envoyé au Congrès des États-Unis par TÉtat de Tennessee. Au début de la session, Washington, qui touchait au terme de sa présidence, prononça un discours d'adieux empreint d'une patriotique et religieuse émotion, dans lequel, avant de quitter le pouvoir, il appelait les bénédictioDS divines sur Tindépendanee et les libertés de sou pays. Une adresse en réponse à ce discours fut votée par le Congrès : douze membres seulement refusèrent de s'associer à ce témoignage de reconnaissance nationale et répudièrent ainsi avec éclat les doctrines et la politique du glorieux fondateur de la République américaine. Le nom alors obscur du représentant du Tennessee figure dans cette minorité. Ce fut le premier acte de sa vie publique.

L'année suivante, Jackson siégeait au sénat des États-Unis. En 1798, il donna sa démission et fut appelé, par le vote delà législature de son État, aux fonctions de juge à la cour suprême, les plus élevées après celles du gouverneur. Il les exerça pendant six ans, allant successivement, suivant l'usage, tenir ses assises dans les divers districts. Le souvenir de ses décisions judiciaires ne paraît pas s'être conservé, mais il eut l'occasion de déployer, dans des circonstances qui sont demeurées légendaires, la rare énergie qui fut toujours le trait dominant de son caractère. Dans une petite ville où il siégeait, on l'avertit que des propos injurieux pour la cour venaient d'être tenus par un plaideur mécontent, dont la stature herculéenne, la violence et les armes qu'il brandissait inspiraient à la population une véritable terreur. Jackson donna l'ordre de l'arrêter, mais l'intimidation était si grande que ni le shérif ni les hommes qui l'accompagnaient ne parvinrent à s'emparer de ce dangereux personnage. Le juge descendit alors tranquillement de son siège ; il marcha, le pis-

tolel au poing, sur le rebelle et lui imposa tellement par son air résolu, son sang-froid et son accent d'autorité qu'il l'obligea à déposer ses pistolets et son bowie-knife et à se rendre en prison sans résistance.

En 1804-, Jackson dut abandonner ses fonctions judiciaires et se retirer pour un temps de la vie publique afin de se consacrer exclusivement à ses intérêts privés. Nous avons dit que, pendant les dix années qu'il avait passées au barreau, il avait acquis une des fortunes les plus considérables du pays. En 1798, il ne possédait pas moins de 50,000 acres de terre, et, depuis son arrivée à Nashville, le sol avait décuplé de valeur. 11 vivait alors à quelques milles de cette ville , dans une importante plantation nommée Huniers Hill, au centre de laquelle il avait fait construire une maison qui se distinguait dés log houses environnants par le luxe alors assez rare d'une charpente équarrie et correctement ajustée.

Pendant qu'il siégeait comme sénateur à Phi-

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ladelphie *, il avait vendu un lot de terres assez considérable à un négociant de cette ville, nommé David Allison, qui lui avait donné en paiement des effets de commerce payables à diverses échéances. Il avait négocié ces effets et en avait employé le produit à acheter des marchandises de diverse nature qu'il avait rapportées à Nashville pour en faire le commerce. Il avait continué à se livrer à ces lucratives opérations, tout en exerçant les hautes fonctions judiciaires dont il avait été revêtu, et il en espérait un notable accroissement de sa fortune, lorsque la faillite de la maison Allison l'obligea à acquitter les billets mis en circulation el lui créa de sérieux embarras pécuniaires. Il résolut alors de se donner tout entier à la liquidation de ses affaires, se démit des fonctions déjuge, vendit sa propriété de Hunier' s Hill, ainsi que 25 000 acres de terres non cultivées, situées dans d'autres parties du Tennessee, et se retira au lieu dit VHermitage, situé aux portes dé

1. Ce n'est qu'en 1800 que la ville de Washington estdeve« nue le siège du gouvernement.

Nashville, pour y créer une plantation nouvelle. Ce domaine, cultivé par des esclaves et dont sa femme partageait avec lui la direction, ne tarda pas à devenir florissant : il s'y livrait avec un grand succès à la culture du coton, à Télève du bétail et des chevaux et se montrait fort jaloux «ide sa réputation d'habile fermier. En même temps, il installait à Glover-Bottom, à quatre milles de l'Hermitage, une maison de commerce sous la raison sociale Jackson, Goffee et Hutchings. Son actif et intelligent associé Goffee entra dans sa famille en épousant une nièce de mistresé Jackson, devint quelques années plus tard son compagnon d'armes et s'illustra comme général de cavalerie dans la campagne de 1814. Les opérations commerciales auxquelles se livraient Jackson et ses associés étaient multiples. Ils vendaient aux gens du pays du sel, de la poudre, de la toile etdu calicot qu'ils faisaient venir de Philadelphie; ils recevaient en paiement

du coton, du blé, du tabac, du porc, des four-

rures qu'ils faisaient vendre sur le marché de la Nouvelle-Orléans. On assure même que, dans

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quelques circonstances, Jackson, qui n'éprouva jamais le moindre scrupule au sujet delalégilimilé de l'esclavage, joignit à ces diverses branches d'industrie le commerce des esclaves.

Soit que les résultats de ces opéralions n'eussent pas répondu pleinement à ses espérances, soit qu'il voulût se consacrer d'une manière exclusive au développement de son exploitation agricole, il abandonna au bout de quelques années son établissement de Glover Botlom pour se fixer définitivement àTHermitage. Sa modeste demeure se composait à l'origine d'un block'house de deux étages qui contenait trois pièces ; il y ajouta une autre maison de plus petites dimensions qu'il rattacha à la première par un passage. Ces constructions primitives firent place, en 1819, à la spacieuse et confortable habitation dans laquelle il passa les vingtcinq dernières années de sa vie et que l'État de Tennessee acheta en 1856 pour l'offrir au^ États- Unis.

L'existence qu'y menait Jackson dans la période qui nous occupe a été décrite par un de

ses amis et de ses hôtes, le colonel Thomas Ben- Ion. « Jackson, dit-il, s'était à cette époque retiré de la vie publique ; il était dans une disposition d'esprit bien connue des hommes d'un talent supérieur qui ne trouvent pas de théâtre propre au développement de leurs facultés.

C'était alors un vigilant agriculteur, surveillant par lui-même tous les détails de son exploitalion, s'assurant personnellement du bon état de ses champs et de ses clôtures, veillant à ses approvisionnements et s'occupant avec sollicitude des besoins de ses esclaves. Sa maison était hospitalière ; elle était constamment ouverte à ses amis et à ses relations; tous les étrangers qui visitaient l'État y recevaient le meilleur accueil, et le séjour en était rendu particulièrement agréable par la parfaite harmonie du caractère de mistress Jackson avec le sien ^ »

Les deux époux vivaient, en effet, étroitement unis dans ce paisible intérieur. Ils s'occupaient en commun de l'administration du domaine; le

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