Thirty years' vieWf by a senator of tliirty years
2. « Qui donc, s'écriait lord Chatham dans son grand discours de 1777 sur la guerre d'Amérique, a osé associer à nos armes le tomahawk et le couteau à scalper du sauvage?... On jette sur nos anciens amis, nos anciens alliés, un cannibale sans pitié, altéré du sang des hommes, des femmes, des enfants! On fait appel à un sauvage infidèle! Kt contre qui? Contre nos frères protestants; pour dévaster leur pays, pour désoler leurs demeures, pour faire disparaître leur race et jusqu'à leur nom, on déchaîne ces chiens d'enfer de la guerre sauvage. » (Pari, hist., vol. XIX, col. 368-370.)
contre les États-Unis, fait appel au concours des tribus indiennes. Un héros de la race sauvage, Tecumseh, avait prêché la guerre sainte contre les blancs qui voulaient, disait-il, réduire en esclavage la race indienne connme la race noire; il avait parcouru le pays, accompagné de prophètes qui annonçaient la victoire et qui promettaient aux combattants la protection du grand Esprit. Tué sur le champ de bataille, Tecumseh avait légué à un de ses lieutenants, brave et intelligent, le métis Weatherford, le soin de continuer son œuvre et de venger sa mémoire.
Le 30 août 1813, une troupe de mille guerriers appartenant à la tribu des Creeks et commandée par Weatherford, surprit le fort Mims situé sur les bords du lac Tensaw, dans la partie méridionale de l'état actuel d'Alabama. Ce fort était occupé par cent soixante-quinze volontaires, soixante-dix hommes de la milice, cent six esclaves et un certain nombre d'Indiens alliés des États-Unis; des femmes et des enfants s'y étaient également réfugiés. Les Creeks massacrèrent la garnison, mirent le feu aux cabanes dans
lesquelles s'étaient retirés les enfants et les femmes, et emmenèrent les esclaves.
L'émotion causée dans les États voisins par la nouvelle de ce massacre fut immense .: il semblait que ce fût le signal d'une extermination générale des blancs. C'était, du moins, si l'on en croyait les esprits les plus calmes, le prélude d'une incursion des Indiens sur le territoire de la Géorgie et du Tennessee. Dépourvu de tout moyen de résistance, le Mississipi, dont PAlabama faisait alors partie, dut réclamer le secours des états limitrophes. Le Tennessee répondit avec empressement àcet appel. Le 25 septembre, la législature de cet État autorisa le gouvernement à lever 3500 volontaires en sus des 1500 déjà enrôlés au service des États-Unis. L'Étal leur garantissait leur paie et leur entretien dans le cas où le gouvernement fédéral refuserait d'y pourvoir.
Jackson souffrait encore cruellement de sa blessure et n'avait pas quitté son lit. Ceux mêmes qui connaissaient la puissance de sa volonté et son empire sur lui-même n'osaient espérer qu'il
fût de longtemps en état de tenir la campagne. [1 veilla cependant à l'exécution des mesures adoptées par la législature, dirigea de loin les préparatifs de Texpédilion et adressa aux volontaires une énergique proclamation, dans laquelle il les invitait à s'armer, à se rendre au fort Saint- Stephens et leur promettait de les y retrouver bientôt:
« Je regrette, disait-il, qu'une indisposition, qui vraisemblablement toucheàsafin,m'empêche de prendre, dès à présent, le commandement; mais je me plais à espérer que je partagerai avec vous le danger et la gloire d'écraser les chiens d'enfer qui sont capables de telles barbaries. »
Il fut fidèle à sa promesse. Le 7 octobre, il rejoignit les volontaires au lieu fixé pour leur réunion à Fayetteville, sur la frontière de l'Alabama. Son visage pâle et amaigri conservait l'empreinte de la souffrance : il portait encore en écharpe son bras gauche entouré de bandages; mais il n'avait perdu ni sa prodigieuse activiténisonindomptable énergie; En quelques jours, il eut organisé les régiments, exercé les
nouveaux venus et opéré sa jonction sur les bords du Tennessee avec la cavalerie dont son vieil ami Coffee, devenu général, avait pris le commandement.
Au moment où il allait s'engager à la poursuite des Indiens, il se montrait particulièrement préoccupé des difficultés que devait offrir, danjs cette région déserte, le ravitaillement de sa petite armée. « Il y a, écrivait-il, un ennemi que je redoute beaucoup plus que les Creeks; et je crains bien que ce soit celui dont nous aurons à éprouver les premières atteintes : c'est le monstre maigre^ c'est la famine. »
Il allait avoir à lutter bientôt contre un autre ennemi non moins redoutable. L'esprit d'indiscipline est le vice originel et, pour ainsi dire, la condition naturelle de ces armées improvisées que la légende démocratique a si longtemps proposées à notre admiration. La république des Étals-Unis en a fait plus d'une fois la triste expérience.
M. le comte de Paris, dans sa belle Histoire de la guerre civile en Amérique, a rappelé les
is inouïs q«e du! faire W3isdiisi|:ti«i poor plier aux exî«r«Boes du n^èder mîlhair^ H pour reîeaîr dans le dereir ks prCTQîère> troupe de la guerre de rindêpendanoe c^ainposèes en partie de Tolonlaires enrôlés pour qndqnes mois el en partie de militaires reemtês dans les basfonds de la société, qui portai^it dans les camps Tesprit de réTolte et qui cédaient à la première panique sur le champ de bataille. Quatre- vingts ans après ces premières épreuves, il a retracé, avec une vérité saisissante et avec rautorité d'un témoin, l'étrange aspect de ces volontaires qui, au début de la guerre de la Sécession, répondirent au premier appel d'Abraham Lincoln :
€ Ramassés parmi les gens désœuvrés des villes et des campagnes , indisciplinés , parce que le terme trop court de leur engagement ne leur permettait pas de prendre leur profession au sérieux , ils ne se faisaient, dit-il, aucune idée des épreuves et des fatigues auxquelles tout soldat doit être préparé... On on vit même quelques-uns quitter leur poste la veille du combat, parce que l'heure précise où
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expirait leur engagement venait de sonner*. » C'était à la tète de pareils soldats que Jackson allait ouvrir la campagne : il semblait avoir eu le pressentiment des difficultés qu'il allait rencontrer lorsque, dans la proclamation adressée à ses troupes au moment du départ, il leur recommandait, comme la première condition du succès, la rigoureuse observation de l'obéissance et de la discipline.
Les débuts de l'expédition furent heureux : le 3 novembre, le général Coffee s'empara de la petite ville de Talluschatches : quatre jours après, Jackson délivra à Talladega, sur les bords de la rivière la Goosa, une centaine d'Indiens, appartenant à des tribus amies, qui s'y trouvaient bloqués et à la veille d'être massacrés par les Creeks ; à la suite de ce combat , il envoya le premier drapeau pris sur l'ennemi aux dames du Tennessee, qui avaient offert aux volontaires un étendard brodé au retour de leur dernière campagne.