On sut depuis que le fusil n'était pas même chargé
LE CfJIÉKlL Al^HKÉ JA<:£5<01 9»
Tootdroîs, ni h feniKté dt rjtdtiHle du |n»ërai JacksoD^ ni les TÎoienœs pins on rootns calcalées de son langage n^aiaienl soffi i rétablir d'une manièfe doraUe la discipline dans son armée. Chaque jour amenait des difficoltés nouvelles. Les Tolontaires ne s'étaient engagés que pour un an, ely comme ils étaient entrés an service le 10 décembre 181 j, ils annoncèrent Fintention de quitter le camp le 10 décembre 1 8 1 â ' . Rien n'était plus contestable que cette prétention ; si les volontaires avaient été à la disposition du gouvernement pendant un an, ils avaient passé la moitié de ce temps dans leurs foyers et n'avaient en réalité donné que six mois de service effectif. Jackson refusa donc, non sans raison, de les considérer comme libérés de leur
1. Nous avons dit que les volontaires de la guerre de Sécession montrèrent les mêmes exigences en face de Tennemi. 11 en avait été de même des volontaires de la guerre de Tlndépendance qui, engagés pour trois ans ou pour la durée do la guerre, avaient prétendu que, dans aucun cas, leur engagement ne devait excéder une durée de trois années. « II fallut, dit M. le comte de Paris, se rendre aux exigences des volontaires et leur interprétation fut adoptée ; mais rattointo portée à la discipline fut profonde et durable. »
engagement. Ce n'en était pas moins une étrange et critique situation que celle de ce général contraint de discuter avec ses soldats sur la durée et sur l'étendue de leurs obligations, impuissant à les contraindre au respect de leurs engagements et condamné tout au moins, en admettant qu'il pût les retenir pour un temps, à suspendre jusqu'à nouvel ordre toute action militaire. Prières, menaces, adjurations solennelles, appel aux sentiments de patriotisme et d'honneur militaire, tout fut inutile. Jackson obtint à grand'peine que les volontaires attendissent pour partir l'arrivée de nouveaux renforts qu'il faisait réclamer en toute hâte par des officiers investis de sa confiance. Mais le recrutement était devenu difficile : il eût fallu du temps et d'énergiques efforts pour lever, équiper, exercer ces nouveaux soldats . et les amener à 150 milles de leur pays au milieu d'un territoire occupé par les tribus indiennes. Les officiers chargés de cette tâche délicate réunirent à grand'peine quelques centaines de volontaires mal vêtus, incapables de supporter les fatigues
d'une campagne d'hiver, et séparés par quelques mois seulement du terme de leur engagement.
Au mois de décembre, Jackson n'avait à sa disposition que quatorze cents hommes ; huit cents d'entre eux ne devaient plus qu'un mois de service ; les six cents autres appartenaient à la milice et avaient été appelés sous les drapeaux par un acte de la législature pour un temps indéterminé à la nouvelle du massacre du fort Mims ; mais, comme la durée habituelle du service de la milice était de trois mois seulement, ils entendaient bien rester dans les conditions du droit commun et ils déclaraient qu'ils quitteraient le camp le A janvier suivant. Cependant les nouvelles de la guerre devenaient de plus en plus graves. Les Anglais étaient en force . dans la Floride devant Pensacola, et menaçaient Mobile et la Nouvelle- Orléans : on craignait qu'ils ne fissent parvenir à leurs alliés des tribus indiennes des armes et des munitions, et le général Pinckney, qui commandait dans le Sud les troupes américaines, envoyait à Jackson l'ordre de maintenir
à tout prix sa position afin de rendre impossible une jonction des Creeks avec les Anglais.
Jackson, dont la situation devenait chaque jour plus critique, adressait au gouverneur du Tennessee les plus pressantes dépêches pour solliciter l'envoi de renforts. Mais ce dernier, préoccupé de sa responsabilité, restait sourd à ces réclamations répétées ; il déclarait qu'après avoir appelé les troupes que le Congrès et la législature de l'État l'avaient autorisé à lever, il ne pouvait faire davantage sans excéder ses pouvoirs, et il engageait le général à ramener ses troupes au plus vite sans chercher à prolonger une résistance devenue inutile. Le patriotisme de Jackson se révolta à cette pensée :
« Vous n'avez, répondit-il au gouverneur Blount, qu'à agir avec la décision et l'énergie que nous commande cette crise, et tout ira bien : envoyez-moi des troupes engagées pour six mois, et je réponds du résultat. Refusez-les, et tout est perdu, l'honneur de rÉtat, le vôtre et le mien, j»
Blountse laissa toucher : il réunit le 27 janvier à Fayetteville 2400 hommes levés pour six mois.
LE GfiNÊRAL AHDRÉ JACKSON 53
Le secrétaire de la guerre ratifia ces mesures et autorisa de nouvelles levées. Il était temps de venir au secours de la poignée d'hommes que commandait Jackson : les miliciens Pavaient quitté le 4 janvier et avaient été suivis dix jours apresparleplusgrandnombredesvolonlaires.il ne restait au camp que 900 jeunes soldats récemment engagés pour une durée de deux mois, disposés à faire une promenade militaire sur le territoire indien et à rentrer chez eux au plus vite pour y raconter leurs exploits. Le général se décida à les conduire à l'ennemi, et partit avec eux le 46 janvier pour une expédition de douze jours. A la première rencontre, la petite troupe fit son devoir et repoussa les Indiens. Après ce succès, les volontaires regagnèrent leur pays, tout fiers de leur marche triomphale sur le territoire ennemi, et comblés d'éloges par leur général dans une proclamation d'adieux.
Leur retour ranima l'enthousiasme un peu attiédi des habitants du Tennessee, et facilita les enrôlements. Le 3 février, la partie orientale de l'État envoya au fort Strother 2000 hommes :
un nombre égal arriva deux jours après de la partie occidentale, et, le 6 février, le 35* régiment d'infanterie des États-Unis vint compléter la petite armée. Pendant que les troupes se rassemblaient, le major William B. Lewis, l'un des plus fidèles amis de Jackson, veillait au ravitaillement et faisait réparer les chemins défoncés qui conduisaient au camp à travers des forêts marécageuses. Au bout de six semaines, Tapprovisionnement était assuré, les communications rétablies, et 5000 hommes étaient au fort Strother.
Ce résultat était l'œuvre de Jackson,'; il était dû h rénergie avec laquelle il avait lutté contre l'esprit de révolte, à ses qualités d'organisateur, à l'ascendant qu'il avait conquis sur ses troupes, à la patriotique ardeur avec laquelle il avait combattu et vaincu les hésitations du gouverneur du Tennessee. Le général Pinckney n'hésita pas à le reconnaître dans une dépêche adressée le 6 février au secrétaire de la guerre :
(( Je prends la liberté, écrivait-il, d'appeler votre attention sur les communications que vous
alkz reœfoir el s»r cdies qiie vous îiTi^jt |\r^N?^ dannieat reçues do ^èml J,tcJv$on. Siiii$ l\^ n^vîe perscMiiidle, U pc^ularilé ^ ld$ dTori^ do cet officier génën]^ la guerre contre los lndii>n$ da Tennessee aurait été abandonniV au moins oKHOftentanément* >
Le moment était venu de commencer U cimipagne. Mais, avant de donner le signal du dA» part, Jackson crut nécessaii^e do provenir, p«r un exemple d'une impitoyable rigueur, lo retour dePesprit d'indiscipline dont il venait do constater les funestes conséquences, Unjouno soldai de dix-huit ans qui avait abandonm^ son poste et insulté son chef fut passé par les nrmcs devant les troupes assemblées. Ce fait n'est pas In seul du même genre que nous devions rencon trer dann la carrière militaire de Jackson. Lo 22 février 1815, en vertu d'un ordre signé par lui au lendemain de la victoire de la Nouvelle-Orléans, six hornmofi de la milice, dont l'un était père de neuf enfant», furent fusillés à Mobile en présence de 15()0 hommes de la garnison sous les armes. 11k avaient été condamnés pour une révolte au fort
Jackson en septembre 4814. Appelés pour six mois sous les drapeaux, ils avaient refusé de servir au delà du terme ordinaire de trois mois, prétendant, peut-être avec raison, qu'ils ne pouvaient être tenus légalement à une plus longuedurée de service. Le souvenir de l'indiscipline de la milice au fort Strolher et le ressentiment qu'en avait conservé Jackson l'avaient rendu inaccessible à la pitié, et il ordonna cette exécution, qui lui fut souvent reprochée comme un acte de barbarie dans le cours de sa vie publique.
L'armée de Jackson rencontra l'ennemi à 55 milles du fort, sur les bords de la Tallapoosa et de la Goosa, qui se réunissent pour former l'Alabama supérieur. Neuf cents guerriers Creeks y étaient enfermés avec leurs femmes et leurs enfants dans une sorte de camp retranché établi à la hâte. Le général fît cerner la position, coupa la retraite aux Indiens et les força dans leurs retranchements. Le combat, commencé à dix heures du matin, se prolongea jusqu'à la nuit; ce fut une lutte acharnée et meurtrière :
les Américains eurent cinquante-cinq morts et cent quarante-six blessés; plus de cinq cents Indiens trouvèrent la mort sur le champ de bataille; les autres périrent dans la rivière en cherchant à s'échapper.
Le seul point où les tribus indiennes eussent conservé une attitude hostile était la portion de territoire qu'on nommait le Sol sacré {Holy ground)y situé au confluent de la Tallapoosa et de la Caoosa. Jackson s'y dirigea avec le projet d'y faire sa jonction avec l'armée du Sud. 11 y arriva à la fin d'avril, après une marche longue et difficile, trouvant les roules coupées et les ruisseaux transformés en rivières par des pluies torrentielles. Ce relard permit aux Indiens de sedisperser; mais leur puissance était irrévocablement brisée et toute lutte était désormais inutile. Leurs chefs vinrent demander la paix au vainqueur. Jackson exigea qu'avant tout, on livrât Wealherford, qui avait été l'âme de la résistance. Le chef indien se présenta luimême au camp, demandant, pour toute faveur, qu'on épargnât les femmes et les enfants, qui
i LA DÉMOCRATIE AUTORITAIRE
talent réfugiés dans les bois et qui étaient menacés d'y mourir de faim. Jackson le reçut dans sa tente avec les égards dus à son courage et à son malheur, il lui fit accepter les conditions de la paix et lui laissa la liberté. Weatherford se retira dans une petite plantation, où il vécut paisiblement jusqu'en 4836. Les clauses du traité étaient les suivantes : les Creeks abandonnaient aux États-Unis, à titre d'indemnité de guerre, un vaste territoire qui comprenait presque tout l'état actuel d'Alabama; cet abandon, qui les forçait à se concentrer sur un territoire restreint, les éloignait des frontières du Tennessee, de la Géorgie et de la Floride, et ouvrait, sur ime vaste étendue, un libre passage de l'ouest du Tennessee au golfe du Mexique. Ils s'engageaient à ne conserver aucune relation avec les villes et les garnisons espagnoles et à n'admettre chez eux d'autres agents ou d'autres commerçants que ceux qu'autoriseraient les États- Unis. Enfin ils reconnaissaient au gouvernement américain le droit d'ouvrir des routes et d'établir des postes militaires et des comptoirs dans
le territoire qu'ils se réservaient. Ces stipulations furent définitivement consacrées par le traité de Fort-Jackson signé le 48 août 1814.
Ces résultats étaient considérables. C'était, non seulement dans le présent, mais dans l'avenir, l'anéantissement de la puissance des Indiens, qui ne tentèrent plus désormais contre les États-Unis aucune démonstration sérieuse. Le territoire du Mississipi, jusqu'alors inhabitable pour les blancs, était pacifié. L'action commune combinée entre les généraux anglais et les chefs des tribus était frappée d'impuissance, et la milice, qui n'était plus nécessaire à la défense de la frontière des Etats, pouvait se porter sur tous les points que menacerait l'ennemi extérieur.
Jackson avait dirigé et terminé en huit mois cette laborieuse campagne. Il avait créé, organisé, discipliné et ravitaillé sa petite armée, et il l'avait conduite à la victoire. Au sortir d'une convalescence à peine terminée, épuisé par une maladie d'entrailles qui lui causait d'intolérables souffrances, mais montrant, comme le vaillant
soldat dont parle Bossuet, « qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime », il était parvenu, par la persévérance et la puissance de sa volonté, à triompher de tous les obstacles. Le gouvernement reconnut ses services en le
nommant major-général de l'armée des Etats- Unis en remplacement du général Harrisson, qui venait de donner sa démission. Il le plaça en cette qualité à la tête de la division du Sud et lui confia la défense de la Louisiane.
Défense de la Nouvelle-Orléans. — Défaite et retraite de Farinée anglaise. — Paix avec l'Angleterre. — Dictature militaire du général Jackson. — Détention illégale d'un membre de la législature et arrestation d'un juge. — Condamnation de Jackson par une cour de justice de la Nouvelie-Orléans.
La situation générale était critique ; les États delà Nouvelle-Angleterre protestaienthautement contre la prolongation de la guerre; le parti fédéraliste, qui était l'âme de la résistance, se livrait à d'imprudentes manifestations que ses adversaires affectaient déconsidérer comme des actes de trahison; cette opposition croissante paralysait l'action du gouvernement, dont les
ressources étaient épuisées, et le secrétaire d*État,Monroe, était cçntraint deprendre, envers les banquiers, des engagements personnels pour obtenir l'avance des fonds nécessaires à la défense de la Nouvelle-Orléans. Ces embarras étaient d'autant plus graves que la chute de Napoléon I"" permettait aux Anglais de poursuivre avec une vigueur nouvelle la guerre engagée contre les États-Unis.
Dès le mois de mai 1814, un corps de troupes recruté parmi les vétérans qui venaient de servir dans la péninsule sous le duc de Wellington s'était embarqué pour TAmérique; et, tandis qu'une division commandée par le général Ross entrait dans la baie de Chesapeake, s'emparait de la ville de Washington et livrait aux flammes l'arsenal, le Gapitole et la demeure du président*, la flotte qui portait le corps expéditionnaire se dirigeait sur le golfe du Mexique.
La Nouvelle-Orléans, qui compte aujour-
1. On répara à la hâte les édifices incendiés et Ton blanchit les murS) noircis par la fumée, de la demeure du président. De là le nom devenu historique de la Maison Blanche,
d'hui 200 000 habitants, n'avait alors qu'une population de 20 000 âmes. Ce n'était pas une place forte, mais c'était le grand entrepôt de coton du Sud, et ses magasins renfermaient la récolte de deux années évaluée à plus de 12 millions. Cette ville domine d'ailleurs le cours du Mississipi, le plus grand fleuve du monde, qui amène au golfe du Mexique les produits de Test, de l'ouest et du nord de l'Amérique, et cette circonstance suffisait pour donner à sa possession une importance considérable.
Un corps de troupes anglaises commandé par un brave et aventureux officier, le colonel Nichols, venait déjà de faire une première tentative sur les bords du golfe. Il était débarqué à Pensacola, dans les possessions espagnoles de la Floride, et avait occupé, malgré les protestations plus ou moins sincères du gouverneur, cette ville, qui devait lui servir de base d'opérations. Nichols avait distribué des armes et des munitions aux Indiens, et avait adressé aux habitants de la Louisiane une proclamation dans laquelle il les exhortait à secouer le joug
des Étals-Unis. Jackson accourut aussitôt, se dirigea sur Mobile, dont il s'assura, chassa les Anglais de Pensacola, y installa une garnison et partit pour la Nouvelle-Orléans, où il arriva le 1®" décembre suivant.
La capitale de la Louisiane est située sur une langue étroite de terre que bornent d'un coté les lacs formés par le Mississipi et de l'autre d'immenses terrains marécageux déposés par les eaux du fleuve. Mais en dehors de ces défenses naturelles, elle n'était alors protégée par aucun ouvrage d'art, elle était dépourvue de troupes, et les dispositions mêmes de la population pouvaient inspirer quelque inquiétude, à raison des divisions qui existaient dans son sein et de la diversité des éléments dont elle se composait. La majorité était formée de créoles français amis du luxe et des plaisirs; on y comptait également un certain nombre d'Espagnols, et beaucoup d'Américains généralement énergiques et résolus, mais parmi lesquels on eût' pu signaler plus d'un aventurier hardi forcé pour des motifs peu avouables de quitter son
pays d*origine. Les haines politiques s'ajoutaient aux antipathies de races, et le gouverneur Claibome, dont l'ardent patriotisme ne négligeait rien pour assurer la défense de la ville, élait en lutte ouverte avec la législature de l'État, qui se montrait inûniment moins disposée à la résistance.
Jackson avait été mis au courant des difficultés de la situation par un des habitants les plus distingués de la Nouvelle-Orléans qui avait été son collègue au Congrès et qui devait être pour lui, dans la tâche qu'il allait entreprendre, un précieux collaborateur. Edward Livingston, qui fut, sous le gouvernement de Juillet,minislre des États-Unis à Paris et membre de l'Institut de France, et dont M. Mignet a apprécié dans une de ses éloquentes notices la vie et les travaux*, était originaire de New- York. Il avait débuté au barreau, y avait conquis une importante situation et avait été en 1794 élu membre de la Chambre des représentants. Il avait pris place