‹ La Démocratie devant l'enseignement catholique Cas de conscience. Seconde sérieChapitre 7 sur 14 · LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ

Peut-on, sans manquer à l’Évangile, qui a donné la liberté au monde, ne pas être partisan de la liberté démocratique ?

DOUTE

Il est écrit dans le Nouveau Testament : « Partout « où est l’esprit de Dieu, là est la liberté (1); » et ailleurs : « Vous ôtes appelés à la liberté, c’est là votre « vocation (2) ; » et ailleurs encore : « Celui qui aura « les yeux toujours fixés sur la loi parfaite de la « liberté, celui-là sera vraiment heureux dans sa con- « duite (3). n II résulte évidemment, de ces paroles, que la liberté vient de l’Évangile : or, la vraie liberté est toujours la même, quel que soit l’objet de son application ; tous les genres de liberté viennent donc de la môme source et sont de la môme nature ; on ne peut donc pas en violer une sans manquer à l’Évangile, qui en a doté le genre humain.

(I) Ubi gpiritus Dei, ibi libertas. (II Cor., m, 17.)

(7) Vos in libertatem vocati estis. (Gai., v, 13.)

(3) Qui pergpexerit in legem perfectam libertatis et permanserit in ea... t Idc beatus in facto suo erit. (Jac., 1, 35.)

RÉPONSE

Ici nous avons encore, avant tout , besoin de signaler, pour nous y soustraire, une autre confusion de mots qui se rencontre fréquemment dans le langage des républicains de nos jours. Ils identifient la démocratie, non plus avec la souveraineté du peuple, mais avec la liberté ; au point que l’idée de liberté et l’idée de république se confondent dans leur esprit et dans leur langage. A les entendre, partout où la forme républicaine existe dans le gouvernement d’un peuple, ce peuple, par cela même , est libre; et partout au contraire où c’est une autre forme, le peuple est opprimé, dégradé, esclave.

Il ne faut pourtant qu’un peu de réflexion au plus simple bon sens pour faire voir jusqu’à l’évidence, d’une part , que la forme de gouvernement est tout à fait distincte de la liberté, et, de l’autre, que la liberté est parfaitement indépendante de cette forme. Est-ce que sous une monarchie , aussi bien que sous une république, il ne peut pas y avoir, et pour les communes, et pour les familles, et pour les individus, toutes les libertés désirables dans tous les actes de la vie eu privés ou collectifs, ou publics ou secrets, ou religieux ou profanes? Est-ce que, au contraire, sous une république, aussi bien que sous une monarchie, il ne peut pas y avoir pour tous et en toutos choses l’oppression , la vexation, la terreur?

Lors donc qu’à la chute de chaque trône ou à la

fuite de chaque prince, certains hommes s’écrient avec enthousiasme que c’est un pas de plus pour l’affranchissement des peuples, comment ne remarquentils pas qu’à la place du maître qui tombe ou qui s’éloigne, il s’élève des maîtres nouveaux, souvent plus absolus, pour mille raisons, que ceux qu’ils remplacent ?

Qu’importe que ces nouveaux maîtres se trouvent mêlés à des institutions qui confèrent à chaque citoyen le droit d’être, plusieurs fois par an , détourné de ses affaires personnelles pour aller déposer son bulletin dans une urne électorale? Est-ce que c’est en cela , est-ce que c’est dans un tel acte isolé que consiste la liberté humaine?

Quoi ! lors même qu’il serait d’ailleurs gêné dans toutes ses relations, opprimé dans tous ses intérêts, froissé dans l’éducation de ses enfants et dans l’exercice de son culte, un citoyen serait libre, par la seule raison que ses tyrans s’appelleraient démocrates, et qu’il pourrait aller exercer le droit si souvent impuissant et dérisoire do son vote?

Et si, au contraire, il n’était entravé sur aucun point dans ses désirs et ses affections légitimes ; s’il ne souffrait des institutions publiques ni dans sa fortune, ni dans sa famille, ni dans sa conscience, ni dans rien de ce qui lui est légitimement cher, malgré ce plein usage de toutes ses libertés , il serait esclave parce qu’il vivrait sous un roi ?

Vraiment, n’est-ce pas insulter à la raison la plus

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