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vulgaire, et se peut-il qu’il y ait des hommes honnêtes que de tels sophismes séduisent et que de telles déclamations subjuguent?
Non, la démocratie n’est pas la liberté; sans doute elle, ne lui est pas, en droit, antipathique; mais, comme l'a dit un illustre orateur, il arrive qu’en fait souvent c’est son antipode (1); et nous n’avons besoin , pour preuve , que de citer les démocraties actuelles de Rome et d’Ancône (2).
Non, la démocratie n’est pas la liberté, pas plus que la monarchie n’est la tyrannie. Toutes les formes de gouvernement peuvent être oppressives, non par leur nature, mais par les passions humaines qui se mêlent à leur gouvernement; et toutes peuvent être libérales dans le vrai sens du mot, c’est-à-dire, douces , bienveillantes et paternelles ; c’est-à-dire, laissant à chaque homme le développement libre de toutes les facultés et de toutes les puissances qu’il a reçues de Dieu, pour les exercer, selon les intérêts du bien, dans toute la plénitude de sa spontanéité.
Car c’est là la liberté, la liberté mise en rapport avec l’autorité sociale, c’est-à-dire la volonté indivi-
(I) Quelques jours avant la révolution de février, lo 14 janvier 1848, M. de Montalembert, à l’occasion du triomphe du radicalisme en Suisse, déplorant avec son éloquence ordinaire l’oppression de la vraie liberté, s'écriait dans la Chambre des pairs : « Qu’on ne vienne pas dire, comme ccr- « tains esprits généreux mais aveugles , que le radicalisme (aujourd’hui on « dit la démocratie) c’est l’exagération du libéralisme; non, c’en est l’an- « tipode, c’est l’extrême op|iosé : le radicalisme n’est que l’exagération du « despotisme, rien autre chose! »
(J) 1 avril 1849.
duelle agissant en toutes choses dans les conditions fixées par les institutions publiques qui reçoivent d’elle leur valeur. En effet, moins ces institutions la gênent, plus elles sont en harmonie avec la dignité humaine ; et plus, sans la gêner, elles la font incliner vers le bien, plus elles sont en harmonie avec la loi de Dieu.
C’est uniquement en ces termes que, dans la première série de nos Cas de conscience et dans tous nos écrits précédents, nous avons défendu la liberté, soutenu ses droits, expliqué ses intérêts divers et déterminé ses limites.
Or, nous le répétons, parce qu’on ne saurait trop le rédire, les formes de gouvernement, quelles qu’elles soient, ne doivent être considérées à son égard que comme un instrument, un pur instrument, avec lequel ceux qui sont au pouvoir peuvent tout aussi bien la blesser, et la blesser à mort , que la servir.
Lors donc que l’on nomme la liberté démocratique, ce dont on veut parler ce ne peut pas être la liberté proprement dite, la liberté telle qu’elle appartient à notre nature dans la généralité des actes de la vie; ce doit être autre chose.
Qu’est-ce donc? Qu’est-ce au juste que la liberté démocratique? Nous avons absolument besoin de le savoir, puisque, pour répondre à la question, il s’agit de juger si ce genre spécial de liberté est vraiment placé sous le divin patronage de l’Évangile ; et que, pour la juger de la sorte, il faut la conuaitre.
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Commençons encore ici par dégager la question de tout ce qui, évidemment, ne lui appartient pas. Et d’abord, convenons que lorsqu’une révolution éclate, surtout au nom de la démocratie , les cris de liberté qu’elle fait entendre ne sont le plus souvent, dans la bouche et dans le cœur d’un grand nombre, que ceux de la plus effrénée licence.
Oh ! quand une multitude est déchaînée par une de ces commotions effroyables qui , en renversant les pouvoirs suprêmes, met tous les autres pouvoirs en arrêt et la société tout entière en question, et qu’alors elle se dit : Je vais être libre; ne l’oublions pas, dans sa pensée cela veut dire : Tout me sera permis, je pourrai obéir à tous mes instincts, satisfaire à tous mes désirs, assouvir toutes mes passions. Cela veut dire encore : Je n’aurai plus de maître, je. vais être le maître de moi et des autres ; je vais commander à mon tour; les richesses, les plaisirs, les délicatesses que j’ai enviés, je vais les avoir, je vais eu jouir pleinement, librement, sans obstacle ni mesure.
Oui, qu’on en soit bien certain : quand, de nos jours surtout, un peuple est en proie à la fièvre révolutionnaire, et que, dans l’ivresse de ses succès dévastateurs, il crie : Vive la liberté! ce mot, en résumant tous les sentiments qui le produisent, signifie: Vive la satisfaction de toutes mes convoitises!
Assurément, nous n’avons pas à craindre que personne ose prétendre que c’est là la liberté selon l’Évangile. Malgré l’affaiblissement général de la foi, il