‹ La Démocratie devant l'enseignement catholique Cas de conscience. Seconde sérieChapitre 9 sur 14 · SI · texte numérisé non relu

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y a presque partout aujourd’hui un tel respect pour ce livre divin, que les hommes les moins délicats en ^ait de croyance, verraient dans ce rapprochement insensé un intolérable blasphème.

Ne cherchons pas à trouver dans des souvenirs encore récents si, plus d’une fois cependant, ce rapprochement n’aurait pas été fait, môme hélas! par des écrivains catholiques. Établissons seulement que ce serait un crime affreux si ce n’était pas une monstrueuse erreur, et qu’il n’y a rien de plus dissemblable, de plus antipathique au monde que les débordements révolutionnaires et la liberté de l’Évangilo.

Mais, est-ce seulement dans ce sens et avec de tels excès que la démocratie nous offre et nous recommande la liberté, dont elle se prétend en possession?

Il y aurait injustice à le dire. S’il y a des hommes pour qui la démocratie n’est qu’une révolution permanente, il y en a d’autres dans la pensée de qui c’est un gouvernement stable et régulier.

Nous n’avons pas affaire aux premiers, puisque, évidemment, avec eux la liberté est impossible; car jamais il n’y a moins de liberté que sous la violence. Nous allons donc répondre seulement aux seconds, et, sans examiner si la forme démocratique est vraiment, comme on l’assure, dans les désirs, dans les convenances et dans les intérêts des peuples modernes, nous allons examiner : 1° quelles sont les libertés spéciales que la démocratie donne aux peuples;

2° quels sont les résultats de ces libertés pour la liberté humaine en général ; 3 U quels rapports elles ont avec la liberté donnée au monde par l’Évangile.

1° Les partisans de la démocratie prétendent qu’elle favorise la liberté des peuples en deux manières : d’abord , en ce que , sous son règne, les peuples, à certaines époques, peuvent à leur gré changer leurs chefs suprêmes et modifier le pouvoir de ces chefs; ensuite, en ce que, par son organisation, elle tend à diminuer le nombre de ceux qui sont placés sous l’autorité d’autrui , et à rendre leur dépendance moins absolue.

Pour le premier point, les démocrates font remarquer que, sous la monarchie héréditaire, le pouvoir reste toujours aux mains de la même famille, dont, bon gré, mal gré, il faut subir le joug, quelque répugnance que l’on ait pour celui qui porte la couronne, quelque antipathique qu’il soit aux mœurs et aux habitudes du pays. Ils disent qu’il en est de même sous des aristocraties constituées , puisque alors il faut aussi, quoi que l’on fasse, et pour toute sa vie, dépendre d’uue classe privilégiée. Au contraire , ajoutent-ils, sous la démocratie, le peuple choisit luimême ses chefs à son gré , détermine lui-même les bornes de leurs pouvoirs, et fixe le temps pendant lequel ils les exerceront ; puis , quand ce temps est expiré , le même peuple change lui-même encore les chefs qu’il a faits , et règle par ses mandataires la

constitution et les lois d’après lesquelles ils devront se conduire.

Sur le second point, ils soutiennent que les mœurs démocratiques, en relevant la dignité de l’homme, donnent à chacun le goût de no dépendre que de luiméme , diminuent le nombre de ceux qui vivent sous l’autorité d’un maître, et rendent surtout moins pesant, dans la classe innombrable des ouvriers, le joug d’une dépendance étrangère toujours si dur pour la liberté.

Voilà ce que les plus chauds amis du régime républicain entendent par la liberté démocratique , et c’est ce que nous avons à juger.

Le premier point no saurait être contesté , puisqu’il tient à l’organisation même de la démocratie : seulement, nous verrons s’il en résulte pour tout l’ensemble de la vie des peuples une plus grande somme de liberté.

Quant au second point, nous pourrions formellement nier que la démocratie ait le droit de se l’attribuer, surtout exclusivement. Non, il n’est pas vrai que la forme démocratique contribue toujours à donner plus de dignité et de vraie indépendance aux classes inférieures de la société. Il faut, pour le soutenir, avoir oublié que toutes les républiques de l’antiquité païenne avaient d’innombrables troupeaux d’esclaves.

Non , il n’est pas vrai surtout que la démocratie ait exclusivement ce privilège. Et pourquoi donc une

institution monarchique ne pourrait-elle pas donner aux ouvriers, et môme aux domestiques , des droits en vertu desquels ils se maintiendraient dans une liberté convenable, malgré les exigences oppressives de leurs patrons ou de leurs maîtres? Ce qui assure à chacun la liberté civile, ce sont les lois, et les lois ne peuvent-elles pas lui être favorables aussi bien sous une monarchie que sous une république? et, au contraire, ne peuvent-elles pas lui être funestes sous une république comme sous une monarchie? Nous pourrions donc abandonner ici cette question qui ne repose que sur des prétentions chimériques. Cependant, admettons qu’elles soient fondées, et voyons :

2° Quels sont en fait les résultats de la liberté démocratique, considérée à ce double point de vue, sur la liberté humaine en général.

Et d’abord, les peuples sont-ils en somme plus libres, quand ils choisissent et changent à des époques déterminées leurs chefs suprêmes, que quand ils n’ont ni ce souci ni cette faculté? Sans doute, il y a quelque chose de séduisant dans cette pensée : Si mes chefs no me conviennent pas, je serai libre de m’en donner d’autres.

Mais d’abord , celte pensée est-elle toujours vraie dans celui qui l’exprime? Cette puissance des majorités, qui détermine le sort de l’élection , ne froisset-elle pas souvent bien des volontés particulières; et ceux mêmes qui composent ces majorités, ne sont-

ils pas obligés rte sacrifier plus ou moins quelque chose de leur volonté personnelle pour se prêter à toutes les combinaisons politiques qui déterminent les choix?

Mais admettons que ce droit d’élire les chefs de la nation soit en effet l’exercice véritable d’une pleine liberté. Qu’en résulte-t-il, en somme, en faveur de la liberté humaine dans tout l’ensemble de la vie ? Essayons de nous en rendre compte.

Une condition essentielle, fondamentale, indispensable de la liberté des individus, c’est la stabilité, la sécurité, la prospérité des Etats. Qui oserait se dire libre quand le sol tremble , et que l’on est en proie à d’irrésistibles secousses? Qui pourrait se dire libre quand des commotions révolutionnaires , en effrayant toutes les âmes, arrêtent tous les projets, suspendent toutes les affaires , bouleversent tous les calculs? Assurément, personne ne voudrait le prétendre.

Donc , les chances de liberté , pour tous les sujets d’un État, augmentent ou diminuent selon que cet État est plus ou moins solidement constitué. S’il est souvent agité, il en résultera des désordres, des injustices, des violences, des catastrophes, c’est-à-dire, tout ce qu’il y a de plus contraire à la liberté.

Pour que la démocratie ait le droit de prétendre accorder plus de liberté aux hommes que les autres formes de gouvernement, il faudrait donc qu’elle donnât plus qu’elles à la .société des garanties de sû-

reté , d’ordre et de paix. Or, qui oserait le soutenir ? ou plutôt, qui ne sait, qu’en appelant, à des époques rapprochées les unes des autres , une grande nation à se reconstituer du sommet à la base, on la jette dans un état fébrile, qui sc prolonge longtemps encore après les opérations électorales, pour se renouveler ensuite, et sans fin.

S’il se rencontre néanmoins des peuples qui vivent heureux et libres sous ce régime agité, c’est parce qu’ils se trouvent dans des conditions qui remédient à cet inconvénient, mais ce n’est certainement pas , et ce ne peut pas être le résultat naturel d’un système qui, par sa nature, est si remuant, si changeant, si inquiétant, que sous son empire la lilierté individuelle est toujours plus ou moins en alarmes , et que dans cette mobilité perpétuelle les projets, quels qu’ils soient, ne peuvent se faire qu’à trèscourte échéance.

Le besoin de changer ses chefs à des époques déterminées est encore , pour une autre raison , peu favorable à la liberté d’un peuple.

Pour qu’un pouvoir souverain puisse être libéral , il faut qu’il soit fort et qu’il ait sa force en lui-même. x Or, un pouvoir électif possède rarement cette force, parce que, presque toujours, il vit en face d’une opposition dont la puissance s’accroît par suite de mécontentements inévitables, et qui déjà s’occupe de le renverser alors qu’il ne fait que de naître.

Collectif ou individuel, up tel pouvoir a besoin de

se hâter pour agir, et presque toujours il a besoin d’êire violent pour se hâter. Il n’est pas nécessaire de remonter jusqu’à la Convention pour en avoir la triste preuve : notre histoire contemporaine nous la fournit abondamment.

Au contraire, la monarchie héréditaire n’offre par elle-même aucun de ces inconvénients. Elle peut facilement être modérée si elle le veut, parce que, forte de sou principe, elle n’a rien à craindre pour son existence : et jamais elle n’éprouve pour elle-même le besoin de rien hâter violemment, parce qu’elle trouve dans sa perpétuité le moyen de toujours tout faire en son temps.

Seulement, et c’est ici surtout que la déraocratio se prétend plus favorable à la liberté que toutes les autres formes de gouvernement, il est à craindre que, par suite de sa sécurité môme, la monarchie n’abuse de son pouvoir pour opprimer les peuples.

Oui , cef[ abus de pouvoir peut être à redouter si la monarchie est absolue, mais non pas si elle est entourée d’institutions qui , en contre-balançant et en limitant son autorité, l’obligent à la modération et à la justice.

Et, pour expliquer cette pensée par un fait bien notoire, je me demande si, à cette heure môme, la Belgique constitutionnelle n’est pas aussi libre que la France démocratique , et je trouve qu’elle l’est davantage. Je me demande si le roi des Belges pourrait en ce moment plus facilement abuser de sa puissance

pour opprimer les peuples que le gouvernement républicain de France, et je trouve qu’eu égard aux deux situations, il le pourrait moins.

Or, pour le dire en passant, il ne faut pas croire que ces tempéraments apportés à la puissance absolue soient en rien contraires à l’enseignement catholique. 11 suffit de consulter nos plus grands théologiens, et de parcourir les principaux faits de l’histoire de l’Église, pour se convaincre qu’ils lui sont parfaitement conformes (1).

(1) Voir les opinions de saint Thomas sur les diverses formes de gouvernement (1% 2* <]. 95 et q. 105.) et tout son traité de Begimine principum. On en jugera par le passage suivant : « Distinguuntur leges humante sccun- «dum diversa regimina civitatis , quorum unum est regnum... Aliud vero « regiinen est aristocratia... aliud oligarchie... aliud regimen populi quod « nominalur democratia... Est eliara aliquod regimen ex istiscommixtum, « Qion est optimum , cl secundum hoc sancitur lex quam majores uatu si- « mul cum plebibus sauxerunt. « (1*, 2* q. 95, art. 4.)

Saint Antouin exprime exactement la même opinion et dans les mêmes termes.

Quant à l’action de l’Eglise sur les gouvernements, elle se manifeste surtout, pendant le cours des siècles, par l’intervention des papes contre le despotisme des princes dans l’intérêt des peuples et pour le respect des traités convenus entre les uns et les autres. Bornons-nous à signaler un fait qui n’est peut-être pas assez connu : c’est que la fameuse bulle In corna Domini, qui a été l’objet de tant d’indignation et de tant d’attaques de la part de ceux qui se disent les défenseurs et les amis du peuple, prononce (art. v) une excommunication contre ceux [gui établiraient sur Imtrs terres certains nouveaux impôts, ou augmenteraient ces impôts déjà existants , hors des cas marqués par le droit. « Excommunicamus et analhematisax mus omîtes, qui in terris suis nova pedagia seu gabcllas , præterquam in x casibus sibi a jure permissis , iraponunt vel augent , seu imponi vel augeri « prohibita exigunt. »

Pendant bien des siècles , c'est le saint-siège qui était invoqué et admis comme arbitre dans ces grandes querelles entre les gouvernants et les gouvernés. Depuis que, par l’influence du proleslaniisme et par celle de la philosophie incrédule, cet arbitrage a été rejeté, ce sont les gouvernés qui se rendent justice à eux-mêmes. Et , comme jils le font le plus souvent par des

Ainsi, l 'électivité des chefs suprêmes d’une nation est, sous plusieurs rapports, contraire à la jouissance paisible do la liberté que nous avons reçue de Dieu ; et si, comme nous en convenons, elle lui est, d’un côté , plus favorable en droit que la monarchie absolue , elle peut ne l’être pas beaucoup plus que la monarchie tempérée.

Voyons maintenant, sur le second point , si ce que la démocratie prétend faire pour l’affranchissement des classes inférieures procure à l’humanité, considérée dans son ensemble, une plus grande somme do liberté.

On peut d’abord rendre à la démocratie cette justice que, par ses déclamations incessantes contre les riches de tous genres, contre les maîtres do toute classe , contre tout l’ensemble de l’organisation sociale , elle a répandu , parmi ce qu’on appelle les classes inférieures, des mécontentements et des désirs nouveaux ; que ces mécontentements sont souvent allés jusqu’à la haine, et ces désirs jusqu’à l’insubordination ; qu’enfin l’ordre public en a été , depuis longtemps, et en est encore inquiet et troublé.

Or, d’après ce que nous avons établi comme principe incontestable , que la tranquillité générale importe extrêmement à la liberté individuelle, il est évident déjà que cette fermentation surexcitée dans une partie nombreuse de la société, a du y diminuer

révolutions et des bouleversements, nous ne voyons pas ce que la liberté de personne y ait gagné.

la somme totale des libertés dont cette société jouissait.

D’une autre part , il est très-évident encore que , plus les inférieurs ont de prétentions , plus ils sont insubordonnés et arrogants , et moins les supérieurs sont libres. Il est bien sûr que, par suite de cet esprit d’exigence et de révolte , ce sont souvent vis-à-vis des domestiques , et surtout vis-à-vis des ouvriers , les maîtres eux-mémes qui se trouvent dans la plus dure dépendance.

Nous savons bien que les démocrates sont peu sensibles à cet inconvénient, qui pourtant est un grave désordre, puisqu’il déplace le centre légitime de l’autorité; nous savons qu’autant ils sont jaloux delà liberté des inférieurs, ce que nous trouvons très-louable, autant ils font bon marché de celle des supérieurs, ce qui l’est beaucoup moins. Mais, comme il s’agit ici d’évaluer ce que la démocratie apporte do concours et de tribut en général à la liberté humaine, il est indispensable de faire remarquer que, de ce côté, elle lui fait, de nos jours et sous nos yeux , un très-notable tort.

Maintenant, contribue-t-elle au moins à donner vraiment plus de liberté aux classes dont elle se dit exclusivement le défenseur et l’ami? et du moins compense-t-elle largement de ce côté le tort qu’elle fait, comme nous l’avons dit, d’une part à la liberté générale, par l’inquiétude que sa propagande occasionne; et de l’autre à la liberté des maîtres, par la

domination de leurs subordonnés ? Examinons attentivement ce point extrême de la question.

Qu’est-ce que la liberté humaine considérée dans la jouissance de son exercice? C’est, à ce qu’il nous semble , la facilité de faire ce qui convient et d’obtenir ce qu’on veut.

Or, les classes inférieures , depuis que l’esprit démocratique les a travaillées, font-elles mieux qu’auparavant ce qui leur convient, et obtiennent-elles mieux ce qu’elles désirent?

Ah ! quand leurs goûts étaient raisonnables, quand leurs désirs étaient modestes , et quand avec cela leur vie s’écoulait dans une société ferme et calme, rarement leur liberté trouvait d’obstacles sérieux à se satisfaire.

Mais depuis qu’on leur a communiqué un dégoût inquiet de leur position et une envie haineuse de la position des autres, depuis qu’on leur a fait rêver l’impossible et conspirer le chaos, qu’est devenue leur liberté ?

Au lieu de s’exercer paisiblement dans les limites naturelles fixées par la main de la Providence à la vocation de chacun, la liberté des peuples a franchi toutes les bornes; elle a poursuivi des chimères, elle s’est heurtée contre des montagnes, elle s’est précipitée dans des abîmes; et, comme le dit l’Écriture, elle s’est fatiguée vainement dans les voies de la perdition et de l’iniquité (1), rencontrant pour chà-

(1) Lassati sumns in via iniquitaUs et perdilionis, et ambulavimus vias difliciles. (Sap., v, 7.)

timent, non le despotisme d’aucune volonté étrangère, mais la tyrannie de ses propres désirs et l’insurmontable résistance de la nature même des choses.

Sans doute on nous dira que ce n’est pas là l’état normal de la démocratie. Nous répondrons que, comme il s’agit ici, non de raisonner sur des abstractions , mais d’apprécier des faits , et de prendre vis-à-vis d’eux une position consciencieuse , nous devons considérer la démocratie, non pas telle qu’elle pourrait être et telle que des théoriciens se la représentent, mais telle qu’elle est en réalité, vivant et agissant sous nos yeux; telle qu’elle fonctionne depuis plus d’un an parmi nous, à la face du ciel et de la terre ; nous devons la juger, non d’après ses discours et ses vanteries, mais d’après ses œuvres. Eli bien , nous disons que, jusqu’ici, ses œuvres ont été fatales à la liberté même des classes pour lesquelles il semble qu’elle est spécialement faite, et qu’en résumé elle ne leur a donné que la liberté d’un surcroît de fureur au dedans , et do misère au dehors.

Voilà les faits, et cependant nous voulons bien ue pas en tenir compte dans l’examen de la troisième question posée.

3° En prenant dans leur plus favorable acception les libertés spéciales que la démocratie prétend donner, et qu’en effet elle peut procurer aux peuples, quels rapports ces libertés ont-elles avec la liberté donnée au monde par l’Évangile ?

-ea-

ii est, avant tout, très-essentiel do reconnaître et d’établir que la liberté , qui est le fruit de la rédemption du Fils de Dieu, appartient à l’ordre surnaturel. La foi nous enseigne que, parle péché, nous devenons esclaves, c’est-à-dire assujettis à une puissance mauvaise ; et que cette puissance nous tiendrait irrésistiblement enchaînés dans le plus grand des maux, la disgrâce do Dieu , pendant la vie présente , et la séparation éternelle de Dieu durant la vie future, si le Fils de Dieu fait homme ne nous eût donné, dans les mérites ineffables de son sacrifice volontaire, le moyen de nous racheter, c’est-à-dire de sortir du mal, de purifier nos âmes, de redevenir justes aux yeux de Dieu, et de reconquérir nos droits à l’héritage éternel.

Or, comme ces moyens de libération spirituelle sont, par l’effet permanent de la rédemption, toujours entre nos mains, comme nous sommes toujours maîtres de nous en servir, et qu’aucune puissance au monde ne peut nous empêcher d’en recueillir les fruits; comme ensuite, une fois que nous sommes spirituellement rachetés, personne ne peut, malgré nous, faire retomber nos âmes dans leur premier esclavage, il est clair que, pour cette grande affaire de notre salut, nous sommes véritablement libres, puisque nous pouvons, tant que nous le voulons sincèrement, tenir nos ennemis sous nos pieds en vertu de la victoire que Jésus-Christ a remportée sur eux par

sa mort (1). Et c’est là ce que, dans le langage de l’Église, on appelle la liberté des enfants de Dieu : ils sont libres, puisque sur ce point capital ils ne dépendent que d’eux-mêmes.

C’est dans ce sens qu’il faut avant tout comprendre les passages que l’on invoque pour une tout autre thèse, et quelquefois dans un sens tout opposé, que nous éprouvons le besoin de signaler ici.

Non, il n’est pas vrai, comme ose le prétendre et le soutenir systématiquement certaine école socialiste, que le sens vrai de la doctrine de la rédemption (2) soit l’avénement du bonheur parfait en ce monde par une nouvelle organisation de la société humaine : il n’est pas vrai surtout que la liberté produite par la divine mort du Rédempteur soit l’émancipation de tous les désirs naturels : c’est le contraire qui est vrai, qui est certain, qui est divinement incontestable.

Oui, nous le savons bien, il est dit dans l 'Évangile « que nous sommes appelés à la liberté, que c’est là « notre vocation ; » mais aussitôt l’apôtre ajoute : «Pre- « nez bien garde d’abuser de cette liberté pour cn- « courager des inclinations charnelles (3). » Oui, il est dit encore que « partout où est l’esprit de Dieu,

(!) Christus pro nobis niortuus est : multo igitur magis nunc justiOcati in sanguine ipsins, salvi criinus ab ira per ipsum. (Rom., v, 9.)

(2) Tel est le litre et l’esprit du dernier ouvrage d’un des chefs de l’ccole socialiste, et c’est au fond l’esprit de toutes les publications de cette école puissante et nombreuse, qui se recrute par toutes les sympathies qu'elle rencontre dans les passions déréglées du coeur humain.

(.1) Vosinlibertatem vocaticstis, fratres : tantum ne hbertalem inoccasionom delis carnis, sed per cbaritatem spiritus servite invicem. (Gai., v, 13 )

« là est la liberté. » Mais ces paroles sont précédées par celles-ci : « Dieu est esprit (1); » d’où il résulte évidemment qu’il s’agit ici de la liberté spirituelle dominant et maîtrisant les inclinations charnelles,, bien loin qu’elle doive être livrée à toutes leurs licences. Oui enfin , il est dit que « celui qui aura les « yeux, fixés sur la loi parfaite de la liberté, sera vrai- « ment heureux dans sa conduite; » mais c’est à la condition expresse « que par sa conduite il se main- « tiendra dans cette loi ; qu’il ne se contentera pas de « l’entendre pour l’oublier, mais qu’il la pratiquera et « la fera passer dans ses œuvres (2) : » ce qui comprend tout l’ensemble de la vie chrétienne et surnaturelle.

Et c’est sur ces saintes et chastes paroles que l’on se fonde pour oser dire que l’Évangile bien compris conduit à l’affranchissement de toutes les convoitises; que les attraits sensuels sont des lois divines qu’aucune autorité humaine n’a le droit de comprimer; et que la société, accomplissant sous l’influence du christianisme la loi du progrès, ne sera parfaitement constituée que lorsque tous les hommes seront entrés par la libre satisfaction de tous leurs penchants dans les lois infâmes de je ne sais quelle harmonie.

Nous demandons pardon à nos lecteurs d’avoir un

(1 ) Dominus aulem spirilus est : ubi autem spiritus Dotnini , ibi libertas. (2 Cor., in, 17.)

(2) Qui autem perspexerit in legem perfectam libertatis, et permanserit in ea, non auditor obliviosus factor, sed factor operis: liic beatusin facto auo erit. (Jac., i, 26.)

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