PRÉFACE XIX
. taires. Et l’ardeur avec laquelle elles sont embrassées par la conscience collective est au moins un avertissement qu'on n’a pas le droit de négliger.
Une analogie éclairera peut-être l'attitude que prend notre sociologie devant ces idées impératives, véritables jugements de valeur qui visent à imposer leur forme à la réalité. On l’a justement remarqué : les théories de Durkheim sur les représentations religieuses, formes primitives des représentations collectives, sont méthodiquement respectueuses du fait reli-- gieux. Très éloignées en cette matière de l'esprit du xvrn® siècle, elles prétendent ne pas déprécier ce qu’elles essaient d’expli-
quer. Que reproche en effet Durkheïm à ses prédécesseurs, À ceux qui essaient de rendre compte des croyances par des rêves mal interprétés ou par des métaphores prises à la lettre ÿ Ils se condamnent à ne voir dans ces croyances qu'illusions et erreurs, dont la vitalité même devient un problème. Au contraire, rendons-nous compte que les croyances portant sur les choses sacrées sont des forces spirituelles sut generis, naissant du rapprochement des consciences, s'imposant à chacune d'elles, et servant à entretenir par les rites qu’elles commandent la vie du groupement dont elles émanent. Dés lors nous comprenons la réalité spéciale que ces représentations collectives traduisent et servent à leur manière. Nous les tenons au moins pour des symboles efficaces, pour des phénomènes bien fondés dans la nature sociale.
Ce qu’on dit de ces formes primitives de la pensée collective, il faut le répéter, mutatis mutandis, de ses formes évo- Juées. L'unité sociale n’a plus chez nous pour condition l’uniformité des croyances religieuses ; la cité moderne admet et rassemble les fidèles de confessions différentes, et les librespenseurs comme les croyants. La conscience collective tolère la différenciation des consciences individuelles. Est-ce à dire qu'il n’y ait plus, dans ce monde qui tend à la liberté et à l'égalité, un système de valeurs révérées en commun ? Nulle-