‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 9 sur 161 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

massue qui frappe à la tête la sociologie monarchiste, parce que abusivement naturaliste.

Si l’œuvre d'Auguste Comte a porté des fruits, si la socio- Jogie a pris chez nous, depuis vingt ans, le développement que l’on sait, c’est précisément parce qu’on a fouillé ce champ que les penseurs monarchistes, imbus de théologie et férus de biologie, ont systématiquement négligé: c’est qu’on a étudié, dans ses caractéristiques, le milieu qui se superpose aux données physiques ; c’est qu’on s’est montré attentif à Pévolution comme à la genèse des institutions humaines : c’est par suite qu’on a rendu sensible à tous les yeux l’incompressible variété des forces que la société ajoute à celles de Ja nature.

Veut-on apprécier ce progrès? Que l’on confronte par exemple les œuvres de deux maîtres de la sociologie française récemment disparus, Espinas et Durkheim; que l’on mesure la distance qui sépare les Sociétés animales des Formes élémentaires de la vie religieuse.

Espinas, en attirant l'attention sur le soubassement biologique des sociétés humaines, en rappelant que dans le monde ammal déjà l'association fait son office, a rendu un service incomparable. I nous a aidés à nous délivrer de cette manière de voir exclusivement individualiste à laquelle la philosophie de l’instrospection nous avait trop habitués. Mais s'il a vu les racines, il n’a pas vu l'épanouissement des sociétés humaines. Îl tient que en dehors de la théorie qui assimile les sociétés aux organismes il n’y a pas de salut pour la sociologie. Utile à son heure, cette analogie devait être dépassée : une fois entendu que les faits sociaux sont eux aussi à obser- dl ver sans prénotion, « comme des choses » il ne fallait pas craindre de préciser leurs caractères spécifiques ; 1l fallait étudier comparativement en elles-mêmes, sans vouloir les faire rentrer à toute force dans les cadres préparés par la biologie, les institutions diverses — juridiques ou morales, écono-

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miques ou religieuses — qui n’ont point leurs pareilles dans le monde animal, il fallait analyser le rapport de ces institutions avec les « représentations collectives » dont elles traduisent chacune à leur manière les exigences ; 1l fallait montrer à l’œuvre enfin les formes « hyperspirituelles » que la vie en commun dégage. On a reconnu les grands traits de l’œuvre de Durkheim et de ses collaborateurs. Et l’on devine qu’une œuvre de ce genre, par la masse même des institutions, des représentations, des valeurs proprement humaines qu’elle met en avant, nous écarte du Muséum organiciste où la sociologie monarchiste aurait aimé à nous enfermer.

De l’œuvre qu’accomplit ainsi la sociologie française contemporaine pareille l'inspiration de Bonald n’est certes pas absente. On lui est reconnaissant de son effort pour substituer la philosophie du nous à celle du moi : Et on n'oublie pas qu’il a contribué à éveiller la vocation sociologique de Saint-Simon d’abord, d’Auguste Comte ensuite. Mais, trop proche encore et trop parent de ce dix-huitième siècle qu'il combattait, Bonald pensait découvrir d’un coup les conditions universelles et éternelles de l’ordre social : conditions valables pour tous les temps comme pour tous les pays. Il n’oubliait qu'un point : qu’il peut y avoir des espèces sociales de types différents comme il y a des moments différents de l’évolution sociale elle-même. Bref, le relativisme manque par définition à la sociologie de Bonald, absolue en même temps qu’absolutiste, un relativisme dont, après les leçons d’Auguste Comte, notre sociologie n’avait plus le droit de s’exempter. La démocratie est chose inapplicable et comme inconcevable à telles phases de l’évolution, devant telles formes de sociétés, mais il y a peut-être aussi des conditions historiques qui la rendent possible et même néces- saire, c’est-à-dire à la fois inévitable et indispensable. Des changements dans la structure même des sociétés travaillent à aplanir les voies pour le succès des idées libérales et égali-

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