‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 130 sur 161 · V. Woltmann, op. cit., p · texte numérisé non relu

V. Woltmann, op. cit., p

Papplication de la sélection naturelle peut être totalement faussée. Des privilégiés seront sauvés peut-être par l’organisation sociale, que la nature aurait indubitablement condamnés ; l’inégale distribution des propriétés troublera le juste concours des facultés,

« Dans le monde animal, disait Laveleye‘, la destinée de chaque être est déterminée par ses qualités personnelles. Dans les sociétés civilisées, un homme obtiendra la premire place ou la plus belle femme parce qu’il est noble et riche, quoiqu'il puisse être laid, paresseux ou imprévoyant, et c'est lui qui perpétuera l'espèce. Le riche mal constitué, incapable, maladif, jouit de son opulence et fait souche sous la protection des lois. » En un mot, il est douteux que l’organisation sociale réserve toujours ses faveurs aux mieux doués, et proportionne exactement les puissances extrinsèques et transmissibles aux facultés congénitales ; bien plutôt | il est à craindre qu’elle ne se prête à la conservation et à la multiplication d'individus qui devraient être éliminés dans l'intérêt de l’espèce, s’il est vrai, comme l’expérience semble le prouver, que le privilège même est l’amorce de la dégénérescence ?.

L’appauvrissement physiologique de la plupart des aristocraties nous a démontré qu'une situation privilégiée, tendant au monopole des divers moyens de défense, abâtardit les races au lieu de les fortifier. Lors même que cette situation serait la conséquence d’une supériorité originelle, elle risque, en passant de génération en génération, de devenir une cause d’infériorité croissante. Elle soustrait à la sélection certaines familles, qu’elle fait survivre aux dépens de l’ensemble. Les phénomènes qui se déroulent alors rappellent de singulièrement près, nous fait-on observer, les effets fâcheux du

. Socialisme contemp., Appendice, p. ne et 2. V. plus haut, p. 88.

Boucré. — Démocratie, 16

parasitisme. Quand:un organisme vit en parasite d'un autre, c’est le plus faible qui triomphe, sans qu'il y ait amélioration ni: d’une espèce ni de l’autre. Tout de même, suivant M: Loria!, là où lés possédants vivent aux dépens des non possédants, ils ne progressent pas, ils n’acquièrent pas de forces, ils en perdent au contraire dans l’inaction, tandis que ceux qui les nourrissent en perdent par le surmenage. Quand des classes:luttent dans ces conditions, il y a peu de chances pour que les supériorités individuelles, où qu’elles se trouvent, se dégagent, se développent et se propagent, tandis que les infériorités individuelles, où qu’elles se trouvent, s’élimineraient, comme il le faudrait pour:le bien de l’espèce. L'excès de l'inégalité économique empêche les inégalités naturelles: de se:mesurer utilement. Et il semble que tout le résultat d’une distribution aussi disproportionnée.des moyens de lutte :soit de hâter la dégénérescence par les deux ‘bouts, et : aussi biemau haut qu’au bas de l'échelle sociale. Bien loin d'entraîner mécaniquement le progrès, comme dans la nature livrée: à elle-même, une lutté ainsi poursuivie ne saurait entrainer, etaussi-mécaniquement, que la décadence. Pessimisme excessif sans doute. Il faut du moins, pour que:la lutte pour la vie-dans l'humanité produise précisément l'inverse dece: qu’elle produit dans la nature; une sorte de cristallisation des privilèges qui doit se réaliser: rarement. Mais: il n'importe : un optimisme encore plus paradoxal pourrait seul prétendre que les facultés sociales se trouvent toujours distribuées proportionnellement aux facultés naturelles des individus. Le seul fait dé l'accumulation héréditaire des biens rend les disproportions: probables. Or, partout où elles:.se. rencontrent, on comprend comment le mécanisme dela civilisation peut, non plus seulement limiter, atténuer ou retarder, mais systématiquement troubler Popé-

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