‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 155 sur 161 · LS · texte numérisé non relu

LS

Mais encore une fois il importe, quand il s'agit de doctrines qui s’essaient, de réserver l’avenir. Quel effet produira sur les consciences, une fois que la socrologie l’aura constituée, la morale scientifique? Et reconduira-t-elle dès lorsaux frontières de nos sociétés, comme totalement inutile, toute philosophie morale? Au vrai personne ne peut apporter aujourd’hui, sur ce point, une réponse certaine. Aussi est-ce sur la morale scientifique que nous connaissions, sur celle qui se constituait sous nos yeux avec des « lois » fournies par les sciences naturelles, que nous avons concentré nos efforts.

1. C’est à des conclusions analogues qu’arrivent, par -des chemins différents, M. Fouillée et M. H. Michel, dans leurs ouvrages sur la politique et la pédagogie,

Contre celle-ci nous pouvons maintenir, après expérience, nos conclusions fermes. Nous la connaissons désormais à ses fruits. Et après un si patient examen, nous espérons avoir établi définitivement que tous les traits qu'on lui emprunte pour en accabler les sociétés démocratiques en réalité passent à côté ou au-dessous d’elles : te/um imbelle sine ictu…

Conclusions négatives encore, dira-t-on ? — Il est vrai que nous n'avons pas démontré directement que les idées égalitaires sont Justes, ni même que leur succès est certain. Il semble cependant que nous ayons gagné quelque chose à les soumettre à cette épreuve.

Dans une précédente étude‘, nous avions découvert les raisons profondes de leur omnipotence et fait ressortir l’espèce de nécessité interne qui les impose aux esprits dans notre civilisation. Mais, nécessaires ou non, devait-on nous dire, le fait est qu'il est impossible de réaliser leurs exigences et qu’il est dangereux de le tenter. Écoutez plutôt les leçons de la nature.

Cest cette objection préalable que nous avons levée. Nous avons paralysé, en brisant les équivoques qui étaient ses armes, cet adroit effort pour mettre aux prises les deux grandes forces contemporaines et pour exploiter, contre l'attraction de la démocratie, le prestige de la science.

Nos conclusions, si elles ne sont pas impératives, sont donc au moins émancipatrices. Elles affranchissent nos sociétés de l’obsession naturaliste. Elles leur rappellent que personne w’a le droit de décourager, au nom d’une morale soi-disant

scientifique, les ambitions de l'esprit : la voie est libre.

1, V Püinirod. p. 4, note r.

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