‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 39 sur 161 · Weismann, loc, cit, p · texte numérisé non relu

Weismann, loc, cit, p

LE LAMARCKISME ET L'HÉRÉDITÉ DES QUALITÉS 63 de causes actuelles pourrait alors expliquer la réédition des vocations'au sein d’une même famille.

Par exemple, on a remarqué que des familles de savants

se rencontrent beaucoup plus souvent en Suisse que partout

ailleurs. Les lois de l’hérédité auraient-elles donc plus de

puissance en Suisse! Non, mais les Universités locales y!

sont très nombreuses: pour pousser jusqu'au bout leurs

études supérieures, les enfants n’ont pas besoin de se déra-

ciner. Les fils peuvent plus longtemps rester sous la tutelle de leur père, utiliser ses conseils, ses matériaux, ses instruments ; ils sont, par suite, plus disposés et mieux préparés à marcher dans sa voie’. La fréquence des dynasties de musiciens ne s’expliquerait-elle pas d’une manière analogue? Weismann a justement observé? qu'il faut, pour former le talent d’un musicien moderne, une quantité considérable de traditions, de procédés, d'instruments même qui représentent un capital nullement biologique, mais social, enregistré dans les esprits et dans les choses, mais non dans les organismes. S'il s’est rencontré en effet nombre de musiciens « de race », cela

ne ient-1l pas surtout à ce qu'ils trouvaient, dès leurs pre-

mières années, ce capital à leur portée ? Sur seize musiciens

célèbres d'Allemagne, nous trouvons huit fils d’organistes et huit fils de paysans ; il est remarquable que presque tous, jeunes garçons, ils ont fait partie des chœurs d’église et passé leur première enfance entre lorgue et le clavecin. La pente du milieu ne rendrait-elle pas souvent compte, ainsi, de ce qu'on est d’abord tenté d’attribuer à la seule poussée de l’hérédité ?

Il resterait peut-être un moyen de décider entre les deux « facteurs »: si l’on pouvait par exemple constater la vocation avant l’éducation, surprendre la nature au prime saut,

1. Cf, Durkheïm, Division du travail, p. 350. (Paris, F. Alcan). 2. Essais sur l'héréd., p. &go sqq.

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dans son premier jet, avant toute pression sociale? On l’a essayé. Galton a interrogé’ sur leurs goûts premiers et leurs dispositions natives un bon nombre de savants anglais, naturalistes ou ingénieurs. Beaucoup répondent en effet: « Jai toujours aimé les plantes. — Autant que je puis m'en souvenir, j'ai toujours aimé la nature et désiré en connaître Îles secrets. — Très tôt je me suis adonné à des recherches de mécanique. — À l’école mon sobriquet était Archimède, j'ai toujours aimé construire, — etc...» Mais, quand elles seraient multipliées à linfini, est-il besoin de démontrer combien de pareilles réponses sont peu concluantes ? Sans parler des illusions de toutes sortes auxquelles est sujette la mémoire des intéressés, 1l faut craindre, dans les enquêtes de ce genre, cet oubli des cas défavorables qui est le père des sophismes inducüfs. Tous ces goûts d'enfants changent, remarque de Candolle?, et « les seuls importants pour la carrière d’un homme sont ceux qui persistent. Dans ce cas, individu qui se distingue dans une science ou qui continue de la cultiver avec plaisir ne manque jamais de dire que c’est chez lui un goût inné. Au contraire ceux qui ont eu des goûts spéciaux dans lenfance et n’y ont plus pensé n’en parlent pas ». En réalité, fussent-ils absolument sincères et aussi objectifs que possible, les examens de conscience d’autant de spécialistes éminents que l’on voudra ne sauraient suffire à démontrer la doctrine biologique des prédestinations professionnelles. Comme cachée sous un entrelacs de branches, la source profonde de nos goûts et de nos aptitudes est encore plus obscure à nos propres yeux qu'aux yeux du prochain.

À vrai dire nous préférons d'ordinaire expliquer nos capacités par l’hérédité plutôt que par l'éducation ; c’est sans

doute que l'opération de celle-là nous paraît plus mystérieuse,

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