XII PRÉFACE
l’apologie; ce sont les méthodes propres aux monarchies légitimes, c'est la politique de la royauté héréditaire.
Les tenants obstinés de cette politique ne consentent pas pourtant à désarmer : ils ne veulent point s’avouer vaincus. Ils ne peuvent nier sans doute que la victoire des alliés a été un coup dur pour leur idéal politique. Ceux-là mêmes qui prophétisaient avant la guerre que l’Europe était « en route pour trente ans de réaction », ont dû accorder que cette réaction « a d’abord subi une éclipse par le triomphe des puissances libérales, par l’écroulement de trois grandes monarchies, et par le principe de la démocratie universelle qui domine les traités de paix ». Ajoutons que la défaite de l’organisation impériale allemande — le modèle de l’organisation politique aux yeux de nos penseurs royalistes : ils l’ont déclaré à maintes reprises — devait les induire à la modestie. Réjouissante pour leur patriotisme, n’était-elle . alarmante pour leur philosophie?
Mais ce triomphe de la démocratie, ce n’est, assurent-ils bientôt, qu'un mauvais moment à passer. Le penseur rOyaliste peut contempler d’un œil serein la chute des régimes où s’incarnait le mieux son idéal : ëmpavidum ferient ruinae. Il sait de science certaine que les monarchies doivent se relever comme les démocraties s’abaisser. En dépit des agitations les plus intenses, les sociétés ne peuvent pas ne pas revenir aux conditions naturelles de leur équilibre. Les réveries des utopistes, fussent-elles partagées par des millions d'hommes, n’y changent rien. Erreurs françaises, s’écriait naguère M. Paul Bourget en parlant de la doctrine des Droits de l'Homme. Lui remontre-t-on que le monde entier aujourd’hui, après les secousses de la guerre, s'engage dans la