PRÉFACE X1IL
même voie, que lui importe? L'erreur devient mondiale, et voilà tout. Un antidémocrate « scientiste » ne saurait se laisser troubler par les divagations de la majorité. Gar il connaît les lois de la nature, qui finissent toujours par être les plus fortes. A l'opinion, il peut opposer une science. Bref il est en possession d’une sociologie qui lui permet de dominer la politique.
Cette sociologie s’esttelle beaucoup enrichie depuis la guerre? Il ne semble pas. Le monarchisme ne gagne pas plus de terrain dans l’ordre théorique que dans l’ordre pratique. On n’a guère vu paraître d’étude scientifique qui renforce le naturalisme social auquel il avait jugé bon de s’adosser. Les idées ont pris un autre cours, moins favorable aux réquisitoires anti-démocratiques.
La sociologie anti-démocratique a été un effort pour amalgamer traditions théologiques et théories biologiques. De Bonald demeure son ancêtre incontesté; mais pour mieux accommoder ses idées au goût du jour, volontiers elle les complète ou les corrige avec du Lamarck ou du Darwin*.
Les révolutions, avait dit de Bonald, sont comme ces tempêles qui soulèvent les mers au point qu’on aperçoit « l'indestructible lit de rochers sur lequel tout repose »; elles révèlent ce qu’elles méconnaissent: les lois éternelles de l’ordre.social. De Bonald formule ces lois en prenant le contrepied des revendications et des méthodes révolutionnaires. Il proteste contre un individualisme atomisie qui parait croire qu'on peut défaire et refaire les sociéiés à coups de décrets, à coups de hache, et qui oublie la solidarité des générations. Contre le régime des individus, il faut maintenir ou restaurer le régime des familles. Et il importe qu’une famille d’une race élue par Dieu, une dynastie, continue de dominer la hiérarchie des familles. À la base de cette construction, on distingue aisément les mêmes tradi-
r. Voir D. Parodi, Tradilinalisme et démocratie, 1° partie, chap. 1v.