‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 7 sur 161 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

tions qui inspirent la Politique tirée de l'Écriture Sainte. De Bonald veut à toute force retrouver partout une organisa- | ton trinitaire. Et c’est à l’image du Père Céleste que le roi doit, par l’intermédiaire des ministres, commander à des sujets qui sont en même temps ses enfants.

Cette sociologie aurait-elle exercé de notre temps une influence durable si elle n’avait pu invoquer que l'autorité des livres saints? C’est au livre de la nature que le xix° siècle veut demander des lecons. C’est le développement des sciences naturelles qui fournit aux penseurs, en matière politique, des exemples et des arguments d’une autorité nouvelle. Beaucoup d’esprits ont cru, devant les progès de ces sciences, qu'une « physique sociale » allait se constituer aisément, qui n'aurait guëère qu'à transposer à l’usage des sociétés les lois | révélées par l'étude des organismes. Sainte-Beuve songeait à une science de ce genre lorsqu'il déclarait que sur le labarum du nouveau Constantin qui transformerait « en lois sociales les lois de la physiologie » un scalpel brillerait à la place de la croix.

Mais n’y aurait-il pas moyen de réconcilier la croix et le scalpel, les dogmes catholiques et les inductions des natuturalistes ? En particulier, ne pourrait-on faire converger ces deux feux contre les aspirations démocratiques? On a paru le croire, et que chaque terme de la devise léguée par la Révolution française à la démocratie verrait « se dresser contre lui quelques-unes des données saisissantes de ce qu'on appelle la science moderne ? » Les uns invoquant les lois de la lutte pour la vie, d’autres celles de la différenciation, d’autres enfin celles de l’hérédité, les apôtres du monarchisme pourront se croire autorisés à conclure, triomphalement, que la démocratie n’était pas seulement anti-théologique, mais antiphysique”.

1. C'est le point sur lequel aime à insister Ch. Maurras dans l'Enquête sur la Monarchie.

PRÉFACE xXY

Nous avons essayé, dans le livre que nous rééditons aujourd’hui, de dissiper les nuées d’équivoques sur lesquelles cette conclusion repose. La différenciation n’est pas, même dans l’ordre biologique, le seul critère du progrès. La lutte n’est pas, même entre espèces animales, la règle unique. L’hérédité est loin de transmettre tous les caractères acquis. Enfin et surtout, quand on passe du monde animal au monde humain, des fins nouvelles apparaissent, de nouveaux moyens s'offrent : tant et si bien que de l'étage inférieur à l'étage supérieur, on ne peut transposer qu'avec la plus grande prudence.

Ces diverses thèses ont-elles été ruinées ? Ont-elles suscité seulement des contradictions sérieuses ? Avant la guerre nous avions pu voir s'épanouir — en Allemägne surtout, au pays où la tradition hégélienne, toujours puissante, reparaît sous yes formes les plus diverses, — toute une littérature scientifique dont les leitmotive étaient des hymnes à l’idée de race, l'apologie des castes dominatrices, la justification en somme des méthodes d'autorité, sinon de brutalité. Il ne semble pas qu’on ose après la guerre reprendre ces thèmes avec autant d’ardeur, ni surtout que l’on cherche à les orchestrer à l’aide de notions biologigues. C’est le fonds scientifique, ici, qui manque le plus.

La meilleure preuve en serait aisément fournie par une étude sur la notion qui est pour nos royalistes de science la notion centrale par excellence, le pilier d’airain de tout leur système : la notion d’hérédité. Croire à la vertu du « sang », et que les capacités comme les vertus s'accumulent dans les | races, telle est la caractéristique de l’état d’esprit royaliste ; par cette croyance seulement peut se justifier le prosternement devant le prince, même au berceau. On prenait donc pour accordé que les qualités acquises par les rois, durant exercice de leurs fonctions, se transmettaient telles quelles à leur lignée : bref que l’hérédité psychologique accompagnait comme une ombre l’hérédité physiologique.

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