‹ La démocratie devant la science; études critiques sur l'hérédité, la concurrence et la différenciation. 3. éd. augm. d'une préf. sur la sociologie monarchiste 1923Chapitre 8 sur 161 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

Mais rien n’est moins démontré: Ou en tout cas pour le démontrer il faudrait des enquêtes, des analyses, des statistiques qui sont à peine ébauchées'. Une chose est sûre en attendant : c’est que des qualités comme celles qu’exige le gouvernement d’une nation sont des composés très complexes, et instables parce que complexes. La génération peut transmettre des aptitudes très simples et indéterminées. Mais on ne naît pas roi, pas plus qu'on ne naît cordonnier. Mais la part de l’acquis, dans le métier de gouvernant commedans tous les métiers, l'emporte démesurément sur celle de l’inné.

D'une manière plus générale, ce qui manque à la sociologie monarchiste, c’est le sens du « règne humain », c'est l’exacte appréciation des acquêts.de toute espèce qu’une civilisation comporte et qui sont bien loin de s’incorporer tous dans les organismes. Auguste Comte, que nos royalistes aiment à tirer à eux, pensait avec raison que la sociologie avait à étudier par-dessus tout dans l'humanité ce qui passe d’une génération à l’autre. L’homme est à ses yeux par excellence l’animal qui hérite. Mais cela ne veut pas dire, bien loin de là, qu’il porte tout le passé dans ses moelles, ni que les organismes seuls soient les véhicules de la civilisation La tradition nécessaire au progrès peut se transmettre autre ment que par la reproduction. Et même plus on va, moins on se fie à la transmission corporelle. En ce sens, Guizot soutenait un paradoxe, lorsque pour justifier la pairie il affirmait que la marche progressive de la civilisation humaine tend nécessairement à augmenter sans cesse l’influence sociale et politique de l’hérédité.

Véritable hallucination, répond Auguste Comte : caril est trop facile d'établir, en constatant comment et pourquoi les diverses professions ont cessé d’être héréditaires, que « l'influence de l'hérédité est constamment décroissante à mesure que l'évolution humaine s’accomplit. » Argument- 1. V, G. Poyer, Les problèmes généraux de l’hérédité psychologique.

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