‹ La démocratie et le régime parlementaireChapitre 13 sur 21 · S6 LA DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

S6 LA DÉMOCRATIE

<le la violence des passions et malgré le choc furieux des partis, la modération des prétentions populaires. Ici encore, l'analogie avec l'accession aux affaires de la plèbe romaine est frappante.

Pas plus que la plèbe de Rome, la démocratie du moyen âge ne demandait l'anéantissement des patriciens, elle se contentait de demander la reconnaissance de son droit à elle; pas plus que la plèbe de Rome, elle n'abusait de ses victoires; elle se contentait de transiger avec les vaincus sur l'enjeu du combat, c'est-à-dire sur le pouvoir public. Elle désirait renforcer et non ébranler, acquérir et non pas renverser; elle désirait réformer à son profit, et non pas détruire de fond en comble, un' régime où elle trouvait pour elle-même des éléments de grandeur et de prospérité. Quand, au \if siècle, les gildes marchandes obtiennent l'ascendant que les anciennes familles leur refusaient, elles ne suppriment pas celles-ci et partagent avec elles le pouvoir communal. Quand, au \iif siècle, les artisans abaissent la haute bourgeoisie, ils se montrent, généreux; ils se gardent bien de rejeter de l'administration urbaine ceux qui l'avaient si longtemps exercée et dont l'expérience pouvait être utile ; ils constituèrent généralement des corps mixtes composés des deux ordres et où souvent même les patriciens gardaient la majorité. Quand, au xiv^ siècle, enfin les ouvriers, à leur tour, se rangent en Fraternités et sentent leur puissance, ils ne songent pas à annihiler les corps' de métiers ; ils apprécient la valeur d'un système qui les relève et ils le respectent chez l'adversaire.

En France, l'histoire du droit public nous fournit un exemple célèbre de cet esprit politique : c'est l'ordonnance cabochienne rédigée à la suite du grand mouvement démagogique de 1412, par des délégués du peuple de Paris et do l'Université. C'est un code d'administration qui cherche à tempérer l'action de la monarchie par le <îontrôle de trois corps politiques : le Grand Conseil, le Parlement, la Chambre des comptes, et à assurer l'indépendance de ces deux dernières institutions par l'essai du principe électif. Chéruel l'appelle « un monument de sagacité politique». L'ordonnance de 1413 est une des dernières preuves de la maturité que peut donner, même au peuple le plus passionné, au milieu des agitations les plus farouches, l'organisme corporatif('). La masse laissée à elle-même est un torrent lâché qui ne se possède plus. Les corporations sont les digues qui retiennent et régularisent le courant populaire. Elles donnent aux hommes le sentiment de la propriété, l'amour du chez soi, l'instinct de la légalité, un ensemble de qualités solides qui les empêchent d'aller aux extrêmes.

(') « Les cabochiens, dit Levasseur, n'ont fait qu'une chose utile : Tordonnance de 1413. « Histoire des classes ouvrières, vol. I, p. 415.

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